Maison-Blanche 2008 : un show anti-démocratique

29 05 2008

repris du Réseau Voltaire:

par Sandro Cruz* L’élection du président aux États-Unis, tous les quatre ans, est l’occasion d’un grand spectacle médiatique qui tient le monde en haleine. Ce système électoral fort complexe est contrôlé par l’oligarchie et donne l’illusion d’une souveraineté populaire contre laquelle il a été conçu. Thierry Meyssan répond à nos questions sur le fonctionnement méconnu de la « démocratie » made in USA

Sandro Cruz : Les États-Unis sont en pleine campagne électorale présidentielle. Trois candidats sont en lice. Quel regard portez-vous sur eux ?

Thierry Meyssan : En premier lieu, il importe de noter qu’il n’y a pas que trois candidats à la candidature (McCain chez les républicains, Clinton et Obama chez les démocrates), car de petits partis auront aussi leurs candidats, et des indépendants peuvent se présenter dans certains États. Il y avait dix-sept candidats en 2004, alors que les médias européens n’en ont cité que trois.

En 2008, il y aura au moins un candidat libertarien, un vert et deux trotskistes (le « vrai » Roger Calero et le « faux » Brian Moore, appointé par la CIA), un prohibitionniste (le pasteur Gene Amondson), un représentant du parti des contribuables (désormais dénommé parti de la Constitution), plus un indépendant (Ralph Nader)

Toutefois, ces petits candidats ne sont pas autorisés à se présenter sur tout le territoire et ne totaliseront probablement pas 5 % des voix. Le républicain et le démocrate rafleront la mise. C’est pourquoi les médias non-US ne s’intéressent qu’à MM. McCain, Obama et Mme Clinton. Ils ont tort, car si les petits candidats n’ont pas de crédibilité pour accéder à la Maison-Blanche, leur activisme laboure la société états-unienne et influence à terme le discours politique.

Vous me demandez ce que je pense des grands candidats c’est-à-dire ce que cela changera dans la politique des États-Unis si c’est l’un plutôt que l’autre qui est élu. Je pense que vous posez la question à l’envers. Vous conviendrez que l’actuel président, George W. Bush, n’a pas les capacités pour gouverner. C’est une marionnette derrière laquelle se cache le vrai pouvoir. Et si la politique des États-Unis ne se décide pas aujourd’hui dans le Bureau ovale, pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement l’an prochain ?

L’oligarchie est maintenant face à un dilemme :
- 1. Soit continuer la politique coloniale actuelle ;
- 2. Soit revenir à une forme d’impérialisme plus présentable.
Compte tenu de l’emballement de la crise financière et des échecs militaires, la poursuite de l’aventurisme peut conduire à la chute, mais aussi, pourquoi revenir en arrière quand on n’y est pas directement forcé ?

Si McCain correspond au premier terme de l’alternative et Obama au second, Clinton peut s’adapter à l’un comme à l’autre. C’est le sens de son maintien dans la course alors qu’elle aurait dû jeter l’éponge depuis longtemps. En réalité, après des mois de luttes intestines, l’oligarchie états-unienne vient de choisir. Comme on le voit avec les négociations en cours et divers accords de paix au Pakistan, en Irak, au Liban, en Syrie et en Palestine, elle a renoncé au « clash des civilisations » et au « remodelage du Grand Moyen-Orient ».

Obama offre deux qualités : d’une part, il a fait campagne sur le thème du changement et peut donc facilement incarner un renouveau en politique étrangère ; d’autre part, l’oligarchie majoritairement blanche préfère laisser à un noir la responsabilité d’annoncer la faillite du pays et d’affronter les inévitables révoltes sociales qui suivront.

Sandro Cruz : Pouvez-vous nous expliquer maintenant comment fonctionne ce scrutin ? Ce système électoral ?

Thierry Meyssan : C’est un casse-tête que l’immense majorité des citoyens ne comprend pas. Dès la fondation des États-Unis, les choses ont été volontairement embrouillées et elles ont été complexifiées avec le temps. La Constitution des États-Unis a été conçue en réaction à la Déclaration d’indépendance. Il s’agissait d’arrêter un processus potentiellement révolutionnaire et de créer une oligarchie nationale qui se substitue à l’aristocratie britannique. Alexander Hamilton —le principal père de la Constitution— a imaginé un système pour empêcher toute forme de souveraineté populaire : le fédéralisme.

Ce mot est équivoque. Dans la vieille Europe, on l’utilise pour désigner une forme d’union politique démocratique qui respecte les identités particulières et maintient des souverainetés partielles. On pense à la Confédération helvétique par exemple. Hamilton, quant à lui, a pensé le système non de bas en haut, mais de haut en bas. Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales. C’est cette ambigüité qui est l’origine de la Guerre de Sécession (laquelle je vous le rappelle n’a aucun rapport avec l’esclavage qui a été aboli par le Nord au cours de la guerre pour enrôler les noirs en masse). (…)

Sandro Cruz : Ne nous emballons pas, je vous arrête-là… Effectivement ce système est d’une grande complexité et nous devons aller doucement pour bien décortiquer la chose. J’aimerais que cette interview reste aussi un manuel pour les profanes. Vous venez de dire qu’ : « Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales. » J’ai de la peine à saisir la deuxième partie de votre phrase. Tout de même, il y a quelqu’un à la tête de ces États. Et ce quelqu’un vient d’une communauté locale. Alors, qui détient le pouvoir politique dans ces États ? Est-ce que à ce niveau il y a une vrai choix démocratique ?

Thierry Meyssan : Alexander Hamilton était obsédé par sa hantise de la « populace » et sa volonté de créer une oligarchie états-unienne équivalente à la gentry britannique. Au cours du temps, son courant politique a imaginé toutes sortes de verrous pour tenir le peuple loin de la politique.

Comme toujours, chaque État dispose de ses propres lois. D’une manière générale, elles visent à limiter la possibilité de créer un parti politique et de présenter des candidats aux diverses élections. Dans la plupart des scrutins locaux, il est interdit de se présenter sans l’investiture d’un parti et il est impossible en pratique de créer un nouveau parti.

Le système le plus caricatural est celui du New Jersey où il faut réunir 10 % des électeurs pour pouvoir créer un nouveau parti, une condition que chacun sait irréalisable et qui interdit définitivement aux petits partis états-uniens de disposer d’une section au New Jersey.

C’est un système entièrement fermé sur lui-même dans lequel, au final, la vie politique a été confisquée par les responsables des deux grands partis au niveau de chaque État. Il est impensable de pouvoir jouer un rôle si l’on n’est pas au préalable coopté par ces gens là.

Je reviens à l’élection présidentielle. Alexander Hamilton a donné le pouvoir aux États fédérés. Ils désignent des grands électeurs, dont le nombre est fixé en fonction de leur population. Ce sont ces grands électeurs qui élisent le président des États-Unis, pas les citoyens. Au XVIIIe siècle, aucun État ne consultait sa population à ce sujet, aujourd’hui chaque État procède à une consultation. Lorsqu’en 2000, Al Gore a saisi la Cour suprême à propos de la fraude électorale en Floride, la Cour a rappelé la Constitution : c’est le gouverneur de Floride qui désigne les grands électeurs, pas la population de la Floride, et les problèmes intérieurs de la Floride ne regardent pas Washington.

Comprenez bien : les États-Unis ne sont pas, n’ont jamais été et ne veulent pas, être un État démocratique. C’est un système oligarchique qui accorde une grande importance à l’opinion publique pour se prémunir d’une révolution. À de très rares exceptions, comme Jessie Jackson, aucun politicien US ne demande de réforme de la Constitution et de reconnaissance de la souveraineté populaire. C’est pourquoi il est particulièrement plaisant d’entendre M. Bush annoncer qu’il va « démocratiser » le monde en général et le Grand Moyen-Orient en particulier.

Sandro Cruz : Précisez s’il vous plaît, électeurs et grand électeurs sont-ils les mêmes personnages ? Les mêmes cadres du parti ?

Thierry Meyssan : : Non, non. Il y a une confusion qui provient du langage. Dans un système à deux degrés, la terminologie des sciences politiques distingue les électeurs de base, des grands électeurs. Mais aux États-Unis, le mot « électeur » ne s’applique qu’aux grands électeurs, car dans les premières décennies des États-Unis, le peuple ne participait pas aux consultations électorales.

Ainsi, le président des États-Unis est élu par un « Collège électoral » de 538 membres. Chaque État dispose d’autant de grands électeurs qu’il a de sièges de parlementaires (députés et sénateurs) au Congrés. Les colonies, comme Porto Rico ou l’ile de Guam sont exclues du processus.

Chaque État choisit ses propres règles pour désigner ses grands électeurs. Dans la pratique, elles tendent à s’harmoniser. Aujourd’hui, tous les États —sauf le Maine et le Nebraska qui ont inventé des systèmes complexes— considèrent que les grands électeurs représentent la majorité de leur population.

Dans le cas où les grands électeurs ne parviendraient pas à dégager une majorité et que l’on aurait deux candidats ex-aequo, c’est la Chambre des représentants qui élirait le président et le Sénat qui élirait le vice-président.

Sandro Cruz : Les primaires permettent-elles ou non aux électeurs de choisir les candidats ? Quel est le rôle des super-délégués ?

Thierry Meyssan : Les primaires et des conventions ont deux objectifs. En interne, elles permettent de tâter le pouls de l’opinion publique et d’évaluer ce que l’on peut lui infliger. En externe, elles donnent au reste du monde l’illusion que cette oligarchie est une démocratie.

On croit souvent que les primaires permettent d’éviter les combines d’état-major et de laisser les militants de base des grands partis choisir leur candidat. Pas du tout. Les primaires ne sont pas organisées par les partis politiques, mais par l’État local ! Elles sont conçues, dans la lignée d’Hamilton, pour garantir le contrôle oligarchique du système et barrer la route aux candidatures dissidentes.

Chaque État a ses propres règles pour désigner ses délégués aux Conventions fédérales des partis. Il y a six méthodes principales, plus des méthodes mixtes. Parfois, il faut être encarté au parti pour voter, parfois les sympathisants peuvent voter avec les militants, parfois tous les citoyens peuvent voter aux primaires des deux partis, parfois ils peuvent tous voter mais uniquement à la primaire du parti de leur choix, parfois les deux partis tiennent une primaire commune à un tour, d’autres fois encore à deux tours, Toutes les combinaisons de ces méthodes sont possibles. Chaque primaire, dans chaque État, a donc un sens différent.

Et puis il y a des États qui n’ont pas de primaires, mais des caucus. Par exemple, l’Iowa organise des scrutins distincts dans chacun de ses 99 comtés, qui élisent des délégués locaux, lesquels tiennent des primaires au second degré pour élire les délégués aux Conventions nationales. C’est très exactement le système du prétendu « centralisme démocratique » cher aux Staliniens.

Traditionnellement, ce cirque commence en février et dure six mois, mais cette année le parti démocrate a modifié son calendrier. Il a avancé le début et voulu répartir les dates pour faire durer le plaisir presque une année complète. Cette décision unilatérale n’a pas été facile à mettre en œuvre et a provoqué beaucoup de désordre car, je le répète, les primaires et caucus ne sont par organisés par les partis, mais par les États.

À la fin, les délégués se retrouvent à la Convention de leur parti. Ils y sont rejoints par les super-délégués. Lesquels, contrairement à ce que leur dénomination laisse croire, ne sont délégués par personne. Ce sont des membres de droit, c’est-à-dire des notables et des apparatchiks. Les super-délégués représentent l’oligarchie et sont suffisamment nombreux pour faire pencher la balance dans un sens ou l’autre, en passant outre le résultat des primaires et causus. Ils seront environ 20 % à la convention démocrate et presque 25 % à la convention républicaine (mais là ce ne sera qu’une formalité puisque McCain reste le seul en lice).

Sandro Cruz : À quoi servent les primaires et caucus par État ? Comment doit-on les interpréter ?

Thierry Meyssan : Je viens de vous le démontrer, ils ne servent à rien. Tout au moins pour ce qui concerne la désignation des candidats. Par contre, ce grand show permet de réduire la conscience politique des États-Uniens à presque zéro. Les grands médias nous tiennent en haleine en comptabilisant les délégués et les dons. On parle désormais de la « course » à la Maison-Blanche et de records, comme s’il s’agissait d’un téléthon ou de la Star Academy.

On maintient artificiellement un « suspens » pour capter l’attention des foules et marteler le plus grand nombre de fois possible un message. Avez vous observé le nombre de fois où les grands médias nous ont annoncé que ce mardi serait décisif ? Mais à chaque fois, un résultat inexplicable permet au candidat en difficulté de rebondir pour que le show continue. En réalité, le spectacle est truqué. Dans 17 États, des machines à voter ont été installées sans aucune possibilité de vérification des résultats électroniques [1]. Autant ne pas voter du tout et laisser les organisateurs se débrouiller tout seuls pour inventer les résultats.

Tout cela s’accompagne de messages subliminaux douteux. Par exemple, McCain a choisi comme slogan la « défense de la liberté et de la dignité ». Ce qu’il explicite comme la liberté religieuse et l’abolition de l’esclavage. On a quand même du mal à croire que ce soit là les préoccupations premières des citoyens de base. À qui s’adresse donc ce slogan ?
Mme Clinton affiche : « Chacun a une place ». Elle veut dire que, si elle était au pouvoir, personne ne serait laissé sur le bord du chemin. Mais cela signifie aussi que les gens doivent rester à leur place et qu’ils ne doivent pas s’aviser d’en changer et se de mêler des affaires de l’oligarchie.
Obama, quant à lui, apparaît avec le slogan « Change » écrit sur son pupitre. Cela veut dire que les États-Unis ont besoin de changement, mais cela fait aussi bureau de change. Le mot « change » en anglais désigne la monnaie que l’on rend. En pleine crise financière, c’est assez distrayant.

Sandro Cruz : Dans un article récent [2], vous avez écrit que le président des États-Unis est toujours l’homme du complexe militaro-industriel. Dans cette optique, pensez-vous que John McCain sera élu ?

Thierry Meyssan : Là encore, vous posez la question à l’envers. Les trois principaux candidats en lice sont en train de multiplier les signes d’allégeance au complexe militaro-industriel. C’est une mise aux enchères dans laquelle McCain n’a effectivement pas besoin de faire ses preuves, mais où ses concurrents ne sont pas en reste. Ainsi, nous avons entendu Obama se proposer pour bombarder le Pakistan et, il y a quelques jours, nous avons vu Clinton menacer l’Iran d’être « enlevé » de la carte par le feu nucléaire. Qui peut dire mieux ?

Après des mois de campagne, ces trois candidats sont arrivés à un consensus absolu sur les principaux points de politique étrangère et de défense :
Ils considèrent que la défense d’Israël est un objectif stratégique des États-Unis ; ils n’ont aucun plan de sortie d’Irak ; ils présentent l’Iran et le Hezbollah libanais comme une menace majeure pour la stabilité internationale.

Cependant, il existe une différence entre ces candidats et elle correspond au débat qui vient de se clore au sein du complexe militaro-industriel. McCain et son conseiller Kissinger soutiennent le principe de l’affrontement direct tandis qu’Obama et son conseiller Brzezinski proposent la domination par proxies interposés. Clinton et sa conseillère Albright incarnent un impérialisme normatif qui n’est plus de mise. J’écris souvent sur Voltairenet.org à propos de ce débat stratégique (notamment au moment du rapport des agences de renseignement sur l’Iran [3] et de la démission de l’amiral Fallon [4]) et c’est de lui que dépend la désignation du prochain président.

Dans l’article que vous citez, j’ai noté que Clinton n’avait pas la confiance du complexe militaro-industriel. Je n’ai pas changé d’avis. Sa thématique n’intéresse plus l’industrie d’armement. Et ses contorsions, qu’il s’agisse de sa fréquentation secrète de la Fellowship Foundation ou de ses déclarations maximalistes sur l’Iran, n’y changeront rien. Au moment où vous m’interrogez, dire que « Clinton est cuite » n’est pas original, c’était le titre d’un quotidien new-yorkais la semaine dernière. Mais je l’ai écris alors que la presse européenne la portait encore au pinacle.

Ne nous laissons pas submerger par les problématiques que nous imposent les grands médias. Savoir si les États-Unis vont maintenir avec McCain 100 000 GI et 200 000 mercenaires en Irak ou s’ils vont avec Obama diminuer le nombre de GI’s et augmenter celui des mercenaires ne change pas grand chose. La vraie question, c’est de savoir si les États-Unis ont encore les moyens de leurs ambitions et peuvent gouverner le monde —comme les néoconservateurs persistent à la prétendre— ou s’ils sont minés de l’intérieur et doivent abandonner leur rêve impérial pour éviter l’effondrement —comme l’a déjà expliqué la Commission Baker-Hamilton—. Or, la vertigineuse baisse du dollar a sonné la fin de l’empire. Il fallait 8 dollars, pour acheter un baril de pétrole il y a dix ans. Il en faut 135 aujourd’hui et il en faudra probablement 200 dans deux mois. En outre, la débandade des milices du clan Hariri, qui ont pris la fuite et abandonné le terrain au Hezbollah en quelques heures en jetant leurs armes dans les poubelles, montre qu’il n’est plus possible de sous-traiter la police de l’empire.

Dans ces conditions, McCain n’offre plus aucun intérêt pour l’oligarchie. Obama et Brzezinski sont les seuls porteurs d’un projet alternatif : sauver l’empire en privilégiant l’action secrète (peu onéreuse) sur la guerre (trop coûteuse).

Sandro Cruz : Effectivement, c’est très étonnant de voir que Barak Obama qui dit vouloir un changement dans la société états-unienne ait choisi comme conseiller Brzezinski, quand on sait que ce dernier est un idéologue qui s’est impliqué dans des opérations secrètes sordides, des coup d’États, des sabotages divers et d’autres actions criminelles.

Thierry Meyssan : : J’ai rencontré Zbignew Brzezinski [5], il y a trois semaines [6], je l’ai entendu développer un discours déjà parfaitement rodé du renouveau US. Il a condamné tous les excès visibles de la politique bushienne, de Guantanamo à l’Irak, et habilement rappelé ses succès contre l’Union soviétique.

Cependant je ne pense pas que le prochain président des États-Unis aura le loisir de mettre en œuvre une nouvelle « grande stratégie ». Il est déjà trop tard. Barak Obama sera confronté à la cessation de paiement de plusieurs États fédérés, qui ne pourront plus verser les salaires de leurs fonctionnaires, ni assurer les services publics [7]. Il sera trop occupé par le chaos intérieur pour réaliser les plans de Brzezinski.

Sandro Cruz
Vice-président du Réseau Voltaire et directeur de l’Agencia informe de prensa internacional (IPI).

 

Sandro Cruz : Les États-Unis sont en pleine campagne électorale présidentielle. Trois candidats sont en lice. Quel regard portez-vous sur eux ?

Thierry Meyssan : En premier lieu, il importe de noter qu’il n’y a pas que trois candidats à la candidature (McCain chez les républicains, Clinton et Obama chez les démocrates), car de petits partis auront aussi leurs candidats, et des indépendants peuvent se présenter dans certains États. Il y avait dix-sept candidats en 2004, alors que les médias européens n’en ont cité que trois.

En 2008, il y aura au moins un candidat libertarien, un vert et deux trotskistes (le « vrai » Roger Calero et le « faux » Brian Moore, appointé par la CIA), un prohibitionniste (le pasteur Gene Amondson), un représentant du parti des contribuables (désormais dénommé parti de la Constitution), plus un indépendant (Ralph Nader)

Toutefois, ces petits candidats ne sont pas autorisés à se présenter sur tout le territoire et ne totaliseront probablement pas 5 % des voix. Le républicain et le démocrate rafleront la mise. C’est pourquoi les médias non-US ne s’intéressent qu’à MM. McCain, Obama et Mme Clinton. Ils ont tort, car si les petits candidats n’ont pas de crédibilité pour accéder à la Maison-Blanche, leur activisme laboure la société états-unienne et influence à terme le discours politique.

Vous me demandez ce que je pense des grands candidats c’est-à-dire ce que cela changera dans la politique des États-Unis si c’est l’un plutôt que l’autre qui est élu. Je pense que vous posez la question à l’envers. Vous conviendrez que l’actuel président, George W. Bush, n’a pas les capacités pour gouverner. C’est une marionnette derrière laquelle se cache le vrai pouvoir. Et si la politique des États-Unis ne se décide pas aujourd’hui dans le Bureau ovale, pourquoi voulez-vous qu’il en soit autrement l’an prochain ?

L’oligarchie est maintenant face à un dilemme :
- 1. Soit continuer la politique coloniale actuelle ;
- 2. Soit revenir à une forme d’impérialisme plus présentable.
Compte tenu de l’emballement de la crise financière et des échecs militaires, la poursuite de l’aventurisme peut conduire à la chute, mais aussi, pourquoi revenir en arrière quand on n’y est pas directement forcé ?

Si McCain correspond au premier terme de l’alternative et Obama au second, Clinton peut s’adapter à l’un comme à l’autre. C’est le sens de son maintien dans la course alors qu’elle aurait dû jeter l’éponge depuis longtemps. En réalité, après des mois de luttes intestines, l’oligarchie états-unienne vient de choisir. Comme on le voit avec les négociations en cours et divers accords de paix au Pakistan, en Irak, au Liban, en Syrie et en Palestine, elle a renoncé au « clash des civilisations » et au « remodelage du Grand Moyen-Orient ».

Obama offre deux qualités : d’une part, il a fait campagne sur le thème du changement et peut donc facilement incarner un renouveau en politique étrangère ; d’autre part, l’oligarchie majoritairement blanche préfère laisser à un noir la responsabilité d’annoncer la faillite du pays et d’affronter les inévitables révoltes sociales qui suivront.

Sandro Cruz : Pouvez-vous nous expliquer maintenant comment fonctionne ce scrutin ? Ce système électoral ?

Thierry Meyssan : C’est un casse-tête que l’immense majorité des citoyens ne comprend pas. Dès la fondation des États-Unis, les choses ont été volontairement embrouillées et elles ont été complexifiées avec le temps. La Constitution des États-Unis a été conçue en réaction à la Déclaration d’indépendance. Il s’agissait d’arrêter un processus potentiellement révolutionnaire et de créer une oligarchie nationale qui se substitue à l’aristocratie britannique. Alexander Hamilton —le principal père de la Constitution— a imaginé un système pour empêcher toute forme de souveraineté populaire : le fédéralisme.

Ce mot est équivoque. Dans la vieille Europe, on l’utilise pour désigner une forme d’union politique démocratique qui respecte les identités particulières et maintient des souverainetés partielles. On pense à la Confédération helvétique par exemple. Hamilton, quant à lui, a pensé le système non de bas en haut, mais de haut en bas. Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales. C’est cette ambigüité qui est l’origine de la Guerre de Sécession (laquelle je vous le rappelle n’a aucun rapport avec l’esclavage qui a été aboli par le Nord au cours de la guerre pour enrôler les noirs en masse). (…)

Sandro Cruz : Ne nous emballons pas, je vous arrête-là… Effectivement ce système est d’une grande complexité et nous devons aller doucement pour bien décortiquer la chose. J’aimerais que cette interview reste aussi un manuel pour les profanes. Vous venez de dire qu’ : « Il n’a pas fédéré des communautés locales pour créer un État, mais il a divisé l’État en utilisant des communautés locales. » J’ai de la peine à saisir la deuxième partie de votre phrase. Tout de même, il y a quelqu’un à la tête de ces États. Et ce quelqu’un vient d’une communauté locale. Alors, qui détient le pouvoir politique dans ces États ? Est-ce que à ce niveau il y a une vrai choix démocratique ?

Thierry Meyssan : Alexander Hamilton était obsédé par sa hantise de la « populace » et sa volonté de créer une oligarchie états-unienne équivalente à la gentry britannique. Au cours du temps, son courant politique a imaginé toutes sortes de verrous pour tenir le peuple loin de la politique.

Comme toujours, chaque État dispose de ses propres lois. D’une manière générale, elles visent à limiter la possibilité de créer un parti politique et de présenter des candidats aux diverses élections. Dans la plupart des scrutins locaux, il est interdit de se présenter sans l’investiture d’un parti et il est impossible en pratique de créer un nouveau parti.

Le système le plus caricatural est celui du New Jersey où il faut réunir 10 % des électeurs pour pouvoir créer un nouveau parti, une condition que chacun sait irréalisable et qui interdit définitivement aux petits partis états-uniens de disposer d’une section au New Jersey.

C’est un système entièrement fermé sur lui-même dans lequel, au final, la vie politique a été confisquée par les responsables des deux grands partis au niveau de chaque État. Il est impensable de pouvoir jouer un rôle si l’on n’est pas au préalable coopté par ces gens là.

Je reviens à l’élection présidentielle. Alexander Hamilton a donné le pouvoir aux États fédérés. Ils désignent des grands électeurs, dont le nombre est fixé en fonction de leur population. Ce sont ces grands électeurs qui élisent le président des États-Unis, pas les citoyens. Au XVIIIe siècle, aucun État ne consultait sa population à ce sujet, aujourd’hui chaque État procède à une consultation. Lorsqu’en 2000, Al Gore a saisi la Cour suprême à propos de la fraude électorale en Floride, la Cour a rappelé la Constitution : c’est le gouverneur de Floride qui désigne les grands électeurs, pas la population de la Floride, et les problèmes intérieurs de la Floride ne regardent pas Washington.

Comprenez bien : les États-Unis ne sont pas, n’ont jamais été et ne veulent pas, être un État démocratique. C’est un système oligarchique qui accorde une grande importance à l’opinion publique pour se prémunir d’une révolution. À de très rares exceptions, comme Jessie Jackson, aucun politicien US ne demande de réforme de la Constitution et de reconnaissance de la souveraineté populaire. C’est pourquoi il est particulièrement plaisant d’entendre M. Bush annoncer qu’il va « démocratiser » le monde en général et le Grand Moyen-Orient en particulier.

Sandro Cruz : Précisez s’il vous plaît, électeurs et grand électeurs sont-ils les mêmes personnages ? Les mêmes cadres du parti ?

Thierry Meyssan : : Non, non. Il y a une confusion qui provient du langage. Dans un système à deux degrés, la terminologie des sciences politiques distingue les électeurs de base, des grands électeurs. Mais aux États-Unis, le mot « électeur » ne s’applique qu’aux grands électeurs, car dans les premières décennies des États-Unis, le peuple ne participait pas aux consultations électorales.

Ainsi, le président des États-Unis est élu par un « Collège électoral » de 538 membres. Chaque État dispose d’autant de grands électeurs qu’il a de sièges de parlementaires (députés et sénateurs) au Congrés. Les colonies, comme Porto Rico ou l’ile de Guam sont exclues du processus.

Chaque État choisit ses propres règles pour désigner ses grands électeurs. Dans la pratique, elles tendent à s’harmoniser. Aujourd’hui, tous les États —sauf le Maine et le Nebraska qui ont inventé des systèmes complexes— considèrent que les grands électeurs représentent la majorité de leur population.

Dans le cas où les grands électeurs ne parviendraient pas à dégager une majorité et que l’on aurait deux candidats ex-aequo, c’est la Chambre des représentants qui élirait le président et le Sénat qui élirait le vice-président.

Sandro Cruz : Les primaires permettent-elles ou non aux électeurs de choisir les candidats ? Quel est le rôle des super-délégués ?

Thierry Meyssan : Les primaires et des conventions ont deux objectifs. En interne, elles permettent de tâter le pouls de l’opinion publique et d’évaluer ce que l’on peut lui infliger. En externe, elles donnent au reste du monde l’illusion que cette oligarchie est une démocratie.

On croit souvent que les primaires permettent d’éviter les combines d’état-major et de laisser les militants de base des grands partis choisir leur candidat. Pas du tout. Les primaires ne sont pas organisées par les partis politiques, mais par l’État local ! Elles sont conçues, dans la lignée d’Hamilton, pour garantir le contrôle oligarchique du système et barrer la route aux candidatures dissidentes.

Chaque État a ses propres règles pour désigner ses délégués aux Conventions fédérales des partis. Il y a six méthodes principales, plus des méthodes mixtes. Parfois, il faut être encarté au parti pour voter, parfois les sympathisants peuvent voter avec les militants, parfois tous les citoyens peuvent voter aux primaires des deux partis, parfois ils peuvent tous voter mais uniquement à la primaire du parti de leur choix, parfois les deux partis tiennent une primaire commune à un tour, d’autres fois encore à deux tours, Toutes les combinaisons de ces méthodes sont possibles. Chaque primaire, dans chaque État, a donc un sens différent.

Et puis il y a des États qui n’ont pas de primaires, mais des caucus. Par exemple, l’Iowa organise des scrutins distincts dans chacun de ses 99 comtés, qui élisent des délégués locaux, lesquels tiennent des primaires au second degré pour élire les délégués aux Conventions nationales. C’est très exactement le système du prétendu « centralisme démocratique » cher aux Staliniens.

Traditionnellement, ce cirque commence en février et dure six mois, mais cette année le parti démocrate a modifié son calendrier. Il a avancé le début et voulu répartir les dates pour faire durer le plaisir presque une année complète. Cette décision unilatérale n’a pas été facile à mettre en œuvre et a provoqué beaucoup de désordre car, je le répète, les primaires et caucus ne sont par organisés par les partis, mais par les États.

À la fin, les délégués se retrouvent à la Convention de leur parti. Ils y sont rejoints par les super-délégués. Lesquels, contrairement à ce que leur dénomination laisse croire, ne sont délégués par personne. Ce sont des membres de droit, c’est-à-dire des notables et des apparatchiks. Les super-délégués représentent l’oligarchie et sont suffisamment nombreux pour faire pencher la balance dans un sens ou l’autre, en passant outre le résultat des primaires et causus. Ils seront environ 20 % à la convention démocrate et presque 25 % à la convention républicaine (mais là ce ne sera qu’une formalité puisque McCain reste le seul en lice).

Sandro Cruz : À quoi servent les primaires et caucus par État ? Comment doit-on les interpréter ?

Thierry Meyssan : Je viens de vous le démontrer, ils ne servent à rien. Tout au moins pour ce qui concerne la désignation des candidats. Par contre, ce grand show permet de réduire la conscience politique des États-Uniens à presque zéro. Les grands médias nous tiennent en haleine en comptabilisant les délégués et les dons. On parle désormais de la « course » à la Maison-Blanche et de records, comme s’il s’agissait d’un téléthon ou de la Star Academy.

On maintient artificiellement un « suspens » pour capter l’attention des foules et marteler le plus grand nombre de fois possible un message. Avez vous observé le nombre de fois où les grands médias nous ont annoncé que ce mardi serait décisif ? Mais à chaque fois, un résultat inexplicable permet au candidat en difficulté de rebondir pour que le show continue. En réalité, le spectacle est truqué. Dans 17 États, des machines à voter ont été installées sans aucune possibilité de vérification des résultats électroniques [1]. Autant ne pas voter du tout et laisser les organisateurs se débrouiller tout seuls pour inventer les résultats.

Tout cela s’accompagne de messages subliminaux douteux. Par exemple, McCain a choisi comme slogan la « défense de la liberté et de la dignité ». Ce qu’il explicite comme la liberté religieuse et l’abolition de l’esclavage. On a quand même du mal à croire que ce soit là les préoccupations premières des citoyens de base. À qui s’adresse donc ce slogan ?
Mme Clinton affiche : « Chacun a une place ». Elle veut dire que, si elle était au pouvoir, personne ne serait laissé sur le bord du chemin. Mais cela signifie aussi que les gens doivent rester à leur place et qu’ils ne doivent pas s’aviser d’en changer et se de mêler des affaires de l’oligarchie.
Obama, quant à lui, apparaît avec le slogan « Change » écrit sur son pupitre. Cela veut dire que les États-Unis ont besoin de changement, mais cela fait aussi bureau de change. Le mot « change » en anglais désigne la monnaie que l’on rend. En pleine crise financière, c’est assez distrayant.

Sandro Cruz : Dans un article récent [2], vous avez écrit que le président des États-Unis est toujours l’homme du complexe militaro-industriel. Dans cette optique, pensez-vous que John McCain sera élu ?

Thierry Meyssan : Là encore, vous posez la question à l’envers. Les trois principaux candidats en lice sont en train de multiplier les signes d’allégeance au complexe militaro-industriel. C’est une mise aux enchères dans laquelle McCain n’a effectivement pas besoin de faire ses preuves, mais où ses concurrents ne sont pas en reste. Ainsi, nous avons entendu Obama se proposer pour bombarder le Pakistan et, il y a quelques jours, nous avons vu Clinton menacer l’Iran d’être « enlevé » de la carte par le feu nucléaire. Qui peut dire mieux ?

Après des mois de campagne, ces trois candidats sont arrivés à un consensus absolu sur les principaux points de politique étrangère et de défense :
Ils considèrent que la défense d’Israël est un objectif stratégique des États-Unis ; ils n’ont aucun plan de sortie d’Irak ; ils présentent l’Iran et le Hezbollah libanais comme une menace majeure pour la stabilité internationale.

Cependant, il existe une différence entre ces candidats et elle correspond au débat qui vient de se clore au sein du complexe militaro-industriel. McCain et son conseiller Kissinger soutiennent le principe de l’affrontement direct tandis qu’Obama et son conseiller Brzezinski proposent la domination par proxies interposés. Clinton et sa conseillère Albright incarnent un impérialisme normatif qui n’est plus de mise. J’écris souvent sur Voltairenet.org à propos de ce débat stratégique (notamment au moment du rapport des agences de renseignement sur l’Iran [3] et de la démission de l’amiral Fallon [4]) et c’est de lui que dépend la désignation du prochain président.

Dans l’article que vous citez, j’ai noté que Clinton n’avait pas la confiance du complexe militaro-industriel. Je n’ai pas changé d’avis. Sa thématique n’intéresse plus l’industrie d’armement. Et ses contorsions, qu’il s’agisse de sa fréquentation secrète de la Fellowship Foundation ou de ses déclarations maximalistes sur l’Iran, n’y changeront rien. Au moment où vous m’interrogez, dire que « Clinton est cuite » n’est pas original, c’était le titre d’un quotidien new-yorkais la semaine dernière. Mais je l’ai écris alors que la presse européenne la portait encore au pinacle.

Ne nous laissons pas submerger par les problématiques que nous imposent les grands médias. Savoir si les États-Unis vont maintenir avec McCain 100 000 GI et 200 000 mercenaires en Irak ou s’ils vont avec Obama diminuer le nombre de GI’s et augmenter celui des mercenaires ne change pas grand chose. La vraie question, c’est de savoir si les États-Unis ont encore les moyens de leurs ambitions et peuvent gouverner le monde —comme les néoconservateurs persistent à la prétendre— ou s’ils sont minés de l’intérieur et doivent abandonner leur rêve impérial pour éviter l’effondrement —comme l’a déjà expliqué la Commission Baker-Hamilton—. Or, la vertigineuse baisse du dollar a sonné la fin de l’empire. Il fallait 8 dollars, pour acheter un baril de pétrole il y a dix ans. Il en faut 135 aujourd’hui et il en faudra probablement 200 dans deux mois. En outre, la débandade des milices du clan Hariri, qui ont pris la fuite et abandonné le terrain au Hezbollah en quelques heures en jetant leurs armes dans les poubelles, montre qu’il n’est plus possible de sous-traiter la police de l’empire.

Dans ces conditions, McCain n’offre plus aucun intérêt pour l’oligarchie. Obama et Brzezinski sont les seuls porteurs d’un projet alternatif : sauver l’empire en privilégiant l’action secrète (peu onéreuse) sur la guerre (trop coûteuse).

Sandro Cruz : Effectivement, c’est très étonnant de voir que Barak Obama qui dit vouloir un changement dans la société états-unienne ait choisi comme conseiller Brzezinski, quand on sait que ce dernier est un idéologue qui s’est impliqué dans des opérations secrètes sordides, des coup d’États, des sabotages divers et d’autres actions criminelles.

Thierry Meyssan : : J’ai rencontré Zbignew Brzezinski [5], il y a trois semaines [6], je l’ai entendu développer un discours déjà parfaitement rodé du renouveau US. Il a condamné tous les excès visibles de la politique bushienne, de Guantanamo à l’Irak, et habilement rappelé ses succès contre l’Union soviétique.

Cependant je ne pense pas que le prochain président des États-Unis aura le loisir de mettre en œuvre une nouvelle « grande stratégie ». Il est déjà trop tard. Barak Obama sera confronté à la cessation de paiement de plusieurs États fédérés, qui ne pourront plus verser les salaires de leurs fonctionnaires, ni assurer les services publics [7]. Il sera trop occupé par le chaos intérieur pour réaliser les plans de Brzezinski.

 Sandro Cruz
Vice-président du Réseau Voltaire et directeur de l’Agencia informe de prensa internacional (IPI).
Les articles de cet auteur
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[1] « Comment truquer les primaires US », Réseau Voltaire, 3 février 2008.

[2] « La continuité du pouvoir US, derrière la Maison-Blanche », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 février 2008.

[3] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2007.

[4] « La démission de l’amiral Fallon relance les hostilités en Irak », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 mars 2008.

[5] « La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 22 octobre 2004.

[6] La princesse Dariga Nazarbayeva avait invité à Almaty (Khazakhstan) M. Brzezinski comme orateur du débat d’ouverture de l’Eurasian Media Forum et M. Meyssan comme orateur au débat de clôture. Cette conférence annuelle rassemble des analystes politiques et les grands médias de Russie, de Chine et d’Asie centrale.

[7] « USA : la crise des subprimes menace la moitié des États fédérés de faillite », Réseau Voltaire, 30 janvier 2008.

 



L’assassinat de Ghanem bénéficierait les phalangistes extrémistes

24 09 2007

Kataeb-flag.gifSelon le Réseau Voltaire, l’assassinat du parlementaire libanais Antoine Ghanem bénéficie la faction extrémiste des phalangistes:

Tendances et événements au Liban

L’assassinat du député phalangiste de la majorité, Antoine Ghanem, a suscité un vif émoi au Liban et provoqué un vent d’inquiétudes. Les analystes se sont interrogés sur le timing de cet attentat qui intervient moins d’une semaine avant la séance de l’élection présidentielle, prévue le 25 septembre.
Comme après chaque attentat, les ténors de la majorité (14-mars) ont accusé la Syrie —certains ont même ajouté le nom de l’Iran— de se tenir derrière l’assassinat. Le chef druze Walid Joumblatt a appelé la communauté internationale à intervenir dans l’échéance présidentielle, une attitude qui s’inscrit dans le cadre des allusions à peine voilées de l’adjoint de Ban Ki-Moon, Terje Rød-Larsen, qui avait lié l’élection présidentielle à la résolution 1559 dont il est chargé du suivi. Ce texte, voté en septembre 2004 par le Conseil de sécurité, stipule l’organisation de l’élection présidentielle conformément à la Constitution et, c’est le plus important, exige le désarmement de la Résistance libanaise. Quelques jours après ses déclarations, M. Larsen avait été désavoué par M. Ban. La 1559 avait également été évoquée à plusieurs reprises par des responsables américains.
Le chef de l’ancienne milice des Forces libanaises, Samir Geagea, a de son côté estimé que l’attentat de mercredi est le résultat de l’infiltration des services de sécurité. Saad Hariri, lui, a mis l’accent sur la nécessité de « sauver coûte que coûte » l’échéance présidentielle, faisant allusion à la possibilité d’ignorer les dispositions constitutionnelles, notamment la question qu quorum, qui fait l’objet d’un vif débat entre le 14-mars et l’opposition. Plus important encore, M. Hariri a déclaré que le Tribunal international jugera non seulement les coupables du meurtre de son père mais aussi ceux qui sabotent l’élection présidentielle au Liban.
L’opposition, elle, estime que l’assassinat d’Antoine Ghanem vise, en premier lieu, à torpiller l’initiative du président du Parlement Nabih Berri, qui avait été ouvertement rejetée par Geagea et Joumblatt, et indirectement par Hariri. L’attentat contre le député intervient à la veille d’une visite cruciale que devait effectuer M. Berri chez le Patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, qui avait montré avec le Conseil des évêques de sa communauté, des dispositions favorables à l’égard de la démarche du chef du Législatif. De nombreuses figurent du 14-mars avaient également exprimé leur soutien à cette initiative salvatrice, ce qui menaçait la cohésion de la coalition au pouvoir. L’assassinat de Ghanem remet en selle les faucons du 14-mars et leur permet d’étouffer les voix modérées.
Dans ce contexte, les milieux de l’opposition rappellent les menaces directes adressées par MM. Joumblatt et Geagea contre leurs alliés qui accepteraient un compromis avec l’opposition. M. Joumblatt avait carrément menacé d’« exécution politique et morale ceux qui, parmi nos alliés, rechercheraient une entente avec l’autre partie ».
Les analystes attendent les prochaines mesures que pourraient prendre les États-Unis pour exploiter l’assassinat de Ghanem. On parle déjà d’une internationalisation de l’élection présidentielle à travers son organisation à l’extérieur du Liban sous la houlette du Conseil de sécurité. Dans ce cas, le Liban ne sera plus un État indépendant mais une entité placée sous protectorat international.



Retour sur les relations Israélo-Syriennes

14 09 2007

Repris de Voltaire:

Quand Tzipi Livni écrit les réponses de Bernard Kouchner


Les ministres français et israélien des Affaires étrangères, Bernard Kouchner et Tzipi Livni ont donné une conférence de presse commune, le mardi 11 septembre 2007 à Jérusalem.

S’adressant à M. Kouchner, un journaliste a demandé : « Avez-vous un commentaire à propos de l’accusation de la Syrie sur une attaque israélienne en territoire syrien et pensez-vous que la région se trouve face de nouveau dans une situation délicate et dangereuse due à une nouvelle tension entre Israël et la Syrie ? »

Mme Livni a écrit un petit mot à son homologue français et lui a fait passer. L’ayant lu, M. Kouchner a déclaré avec aplomb au journaliste : « Je n’ai rien à vous répondre sauf que Israël doit protéger sa population et qu’il y a un contrat entre le gouvernement israélien et l’armée pour protéger, en priorité, cette population. Je n’ai pas connaissance d’une réaction ou d’une absence de réaction ».

Le lendemain matin, ayant eu le temps d’accorder son point de vue avec la ministre israélienne, M. Kouchner a déclaré : « Si en effet, comme on croit le savoir maintenant, ils ont bombardé un convoi d’armes qui se dirigeait vers le Liban, on peut comprendre pourquoi ils le font ».

En réalité, l’opération israélienne avait pour objectif de tester les nouvelles défenses syriennes. La Fédération de Russie aurait en effet installé des radars longue portée pour protéger le port de Latakieh où se poursuivent d’importants travaux en vue d’abriter la flotte russe de Méditerrannée. En outre, Moscou a commencé à livrer à la Syrie des batteries anti-aériennes Pantsyr-S1E montées sur camion, dont on peut penser qu’elles sont aujourd’hui les armes sol-air les plus efficaces, mais qui n’ont jamais été testées sur le champ de bataille.
C’est pourquoi, dans la nuit du 5 au 6 septembre 2007, six F-16 israéliens ont tenté de pénétrer en Syrie via la Méditerrannée, puis quatre autre appareils via la Turquie. Accrochés par les radars, les avions israéliens ont dû affrontrer les tirs syriens et ont été pris en chasse par six MiG-29SMT de la base d’Hamah. Ils ont été contraints de faire usage de leurs leurres thermiques, puis de larguer des conteneurs de kérosène pour prendre de la vitesse et de l’altitude, et se retirer.
Alors que les violations de l’espace aérien syrien sont légions depuis des années, Damas avait dénoncé cette intrusion et saisi le Conseil de sécurité de l’ONU. La presse israélienne s’était émue de cette opération manquée qui, loin de manifester la traditionnelle suprématie aérienne israélienne, rendait publique la nouvelle capacité syrienne de défense. Devant le tollé, un contre-feu avait été allumé par Tel-Aviv sous la forme d’un article de désinformation paru dans Assennara et prétendant que les avions israéliens avaient pénétré en Syrie pour détruire victorieusement un convoi d’armes à destination du Liban, mais sans témoins bien sûr.

Pour les observateurs au Proche-Orient, M. Kouchner a donc accepté de se laisser dicter son discours par Mme Livni.



Une nouvelle guerre se prépare-t-elle?

9 09 2007

Un chasseur-bombardier israélien F-16(photo: F-16 Israélien)

Nous avions mentioné dans un article précédent que la guerre livrée au Liban par Israël aurait pu être un stratagème raté pour leurrer la Syrie dans une guerre. La récente incursion de chasseur israéliens en Syrie pour repérer les nouvelles installations militaire syriennes et en même temps provoquer la Syrie pourrait-elle signaler un engagement israélien dans une guerre contre la Syrie (et sûrement le Liban en passant).

Le fait que la Syrie vient de se procurrer 1 milliard de dollars de MIG-31E et MIG-29M/M2 de la Russie est un bon indicateur qu’elle s’attend à devoir entrer en guerre.
source: Radio-Canada  et Réseau Voltaire et Defense Industry Daily



Saad Hariri voudrait une autre guerre au Liban?!

31 08 2007

Selon le Réseau Voltaire,  le politicien miliardaire libanais (et saoudien) Saad Hariri (fils de l’ancien premier ministre assassiné Rafiq Hariri), aimerait bien de débarasser des son adversaire politique qu’est le Hezbollah même si cela veut dire une nouvelle guerre au Liban. En réunion avec Ehud Olmert et l’ambassadeur de l’Arabie Saoudite au Liban dans le sud de la France, Hariri et Olmert auraient concluent une entente selon laquelle Hariri se chargerais de l’assassinat du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et ensuite Tsahal envahirait le Liban de nouveau pour en finir avec le Hezbollah.



Why did Israel attack Lebanon?

24 07 2007

According to the following article, it was a US proxy war that was intended to draw Syria to war as well as boost tensions in Lebanon to split up the country.

http://www.voltairenet.org/article149091.html



Pourquoi Israël a attaqué le Liban?

24 07 2007

Selon l’article suivant, c’était un plan étasunien pour déclencher une guerre contre la Syrie et pour augmenter les tensions intra-libanaises afin, ultimement, de diviser ce pays.

http://www.voltairenet.org/article149091.html




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