Derniers rebondissments de l’affaire Hariri

12 06 2008

repris du réseau Voltaire:

Répression politique

Un collaborateur du Réseau Voltaire incarcéré à Berlin

La répression contre le Réseau Voltaire se poursuit. Jürgen Cain Külbel, vient d’être incarcéré à Berlin. Les arguties juridiques employées pour le condamner ne masquent pas l’intention politique de cette décision : notre collaborateur avait démontré que le chef de la mission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de Rafic Hariri avait des liens financiers avec les assassins, et que son principal assistant est un agent de la CIA impliqué dans des enlèvements en Europe.

 

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La prison berlinoise où a été incarcéré le journaliste Jürgen Cain Külbel, coupable d’avoir révélé l’action de la CIA dans l’assassinat de Rafic Hariri, l’organisation de la fausse piste syrienne, et la manipulation de la Commission d’enquête de l’ONU.

 

 

Jürgen Cain Külbel, collaborateur du Réseau Voltaire, a été incarcéré à Berlin. Il lui est reproché d’avoir violé une décision du Tribunal des référés en maintenant un lien actif sur son site Internet vers un article de Voltairenet.org [1]

Cette affaire rocambolesque est une machination de plus de la CIA pour intimider Jürgen Cain Külbel et les collaborateurs du Réseau Voltaire. Voici le mécanisme de cette opération :

Ancien enquêteur de la police est-allemande, Jürgen Cain Külbel a conduit, en tant que journaliste, une enquête indépendante sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri. Il a publié ses conclusions dans un livre édité en allemand et en arabe : Le Dossier Hariri [2] . Il y reprend et approfondi des éléments déjà présentés par le Réseau Voltaire [3]. Thierry Meyssan avait montré qu’une association d’opposants libanais en exil, l’U.S. Committee for a Free Lebanon (USCFL), avait connaissance à l’avance du crime et avait immédiatement lancé une campagne de communication visant à détourner les soupçons vers la Syrie [4]. L’USCFL, que la CIA destinait à former un gouvernement fantôche au Liban en cas d’intervention militaire US, est donc complice, au moins passivement, du meurtre. Talaat Ramih avait montré que l’ancien procureur allemand Detlev Mehlis, devenu chef de la mission d’enquête des Nations Unies, avait été employé par le Washington Institute for Near East Policy (WINEP) [5]. En relevant que l’USCFL est une émanation du WINEP, Jürgen Cain Külbel a montré que le chef de la mission de l’ONU était un ancien employé de personnes impliquées dans le meurtre sur lequel il était chargé d’enquêter. Continuant sur sa lancée, il a établi le rôle de l’assistant principal de Detlev Mehlis, le commissaire principal Gerhard Lehmann, dans les enlèvements perpétrés par la CIA en Europe depuis 2001. M. Lehmann a ainsi été formellement reconnu par une des victimes, Khaled El-Masri [6]. Plusieurs éléments laissent à penser que M. Lehmann pourrait également être impliqué dans la « disparition » à Paris du témoin clé de l’affaire Hariri, Zuhair As-Siddik, le 13 mars dernier [7]

Dès la publication de son livre en allemand, Jürgen Cain Külbel a été approché par un militant palestinien connu résidant en Allemagne, Said Dudin, qui s’est proposé d’éditer l’ouvrage en arabe et d’en assurer la promotion. Mais lorsque M. Külbel est venu à Damas, donner une conférence à la Bibliothèque nationale syrienne, à l’invitation de Syria Alghad (institut de recherche politique membre du Réseau Voltaire), M. Dudin a fait son possible pour discréditer son auteur. L’éditeur a exhorté l’assistance à attaquer les ambassades occidentales et a multiplié les déclarations incendiaires pour déplacer l’attention des médias.

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Conférence de Jürgen Cain Külbel, le 8 mai 2006, à la Bibliothèque nationale syrienne (Damas).

De retour en Allemagne, Jürgen Cain Külbel a tenté d’en savoir plus sur ce saboteur. Il a alors découvert que le prétendu militant de la cause palestinienne était le fils de Mustafa Dudin, un agent secret israélien placé directement sous le commandement du général Ariel Sharon. Découvert, Mustafa Dudin avait été exécuté par la Résistance. Poursuivant ses recherches, Jürgen Cain Külbel découvrit dans les archives de la Stasi, l’ancienne police politique est-allemande, des documents attestant que Said Dudin lui-même était de longue date un agent de la CIA infiltré dans la gauche radicale allemande. Ces documents ont été publiés sur Voltairenet.org [8].

Introduisant une action juidiciaire en référé, Said Dudin a obtenu que le Tribunal de Berlin enjoigne M. Külbel de ne plus faire mention d’aucune manière que ce soit de l’incident survenu à Damas, des fonctions de son père dans les services israéliens et de ses fonctions personnelles à la CIA. Obéissant à la Raison d’État, le Tribunal n’a retenu que les témoignages produits par M. Dudin et a écarté ceux produits M. Külbel, y compris celui du prince Issa El-Ayoubi, vice-président du Réseau Voltaire et petit-neveu du fondateur de la République arabe syrienne, qui avait assisté à l’incident de Damas où il s’était opposé à M. Dudin. En outre, le Tribunal a écarté les documents de la Stasi en vertu d’une loi allemande d’amnistie qui fait interdiction de leur mention.

Or, Jürgen Cain Külbel ayant ultérieurement maintenu sur son site Internet personnel un lien actif vers celui du Réseau Voltaire qui contient les documents illégalement rendus publics de la Stasi, le Tribunal l’a condamné à 10 jours de prison ferme pour violation de son injonction.

 

[1] Page incriminée : « Le journaliste d’investigation face aux manipulations des services secrets », entretien de Jürgen Cain Külbel avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 30 juillet 2007.

[2] Mordakte Hariri, Unterdrückte Spuren im Libanon par Jügen Cain Külbel, édition Zeitgeschichte Band 34, 2006 (ISBN 3-89706-860-5).

[3] « Attentat contre Rafic Hariri : Une enquête biaisée ? », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 15 septembre 2006.

[4] « Les plans de l’US Committee for a Free Lebanon », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 8 mars 2005.

[5] « La commission Mehlis discréditée », par Talaat Ramih, Réseau Voltaire, 9 décembre 2005.

[6] Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe, rapport de Dick Marty au Conseil de l’Europe, 12 juin 2006, § 99 et 130.

[7] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.

[8] Ibid.

 



La convergeance médiatique et la presse indépendante au Québec

17 03 2008

repris de l’aut’e journal:

13 mars 2008

Pierre Dubuc

Au Québec, le poids exceptionnel de la concentration de la presse se fait de plus en plus sentir. Deux grands groupes, Power Corporation et Quebecor contrôlent tous les quotidiens sauf Le Devoir dont la part du marché – 2,5 % du tirage total – est insignifiante. Un troisième groupe, Transcontinental, se partage avec Quebecor la majorité des hebdos régionaux.

Mis à part quelques irréductibles indépendants marginaux, toutes les imprimeries du Québec sont propriété du Groupe Transcontinental et de Quebecor. Transcontinental imprime les journaux de Power Corporation, groupe avec lequel il est également en partenariat pour la production du journal Métro à Montréal. Quebecor est propriétaire de Messageries Dynamiques, la plus importante agence de distribution et Transcontinental possède Publi-Sac. Signalons que Le Devoir est imprimé par Quebecor. À cette concentration horizontale s’ajoute la convergence avec les médias électroniques.

Au Québec, c’est le marché qui est marginal

Face à ces géants, la presse indépendante doit en plus se développer dans le petit marché francophone du Québec. Si, dans des pays comme la France ou les États-Unis, il y a un marché pour ce qui est marginal, au Québec, c’est l’ensemble du marché qui est marginal. Autrement dit, si on peut trouver en France ou aux États-Unis un bassin suffisant d’abonnés ou de donateurs pour soutenir une publication indépendante, l’équivalent est très difficile au Québec à cause de l’exiguïté du marché.

Pour bien comprendre la signification de cette situation, il n’est pas inintéressant de comparer la situation des grands quotidiens français à celle leurs homologues québécois. Par exemple, le quotidien Le Monde a un tirage d’environ 540 000 exemplaires. Ramené à l’échelle du Québec, où la population francophone est dix fois inférieure à celle de la France, cela donnerait un tirage de 54 000 exemplaires, soit à peine plus que le tirage du Devoir (28 000 la semaine et 45 000 la fin de semaine), mais beaucoup moins que celui de La Presse (200 000 la semaine). Le tirage de Libération (150 000 exemplaires) ne serait que de 15 000 au Québec, soit moins que le tirage du Devoir en semaine.

Abonnement, distribution gratuite, ventes en kiosques

Mais à cause des économies d’échelle, Le Monde peut compter sur 320 journalistes dont 20 correspondants étrangers. Complication supplémentaire pour la presse indépendante, le public québécois, contrairement par exemple au public canadien-anglais, n’a pas une très grande habitude de l’abonnement. Les gens préfèrent acheter une publication en kiosque plutôt que de profiter d’offres d’abonnement à prix réduit.

Cette situation est aggravée par la distribution des journaux gratuits. Amorcé avec le journal culturel Voir, le phénomène touche les hebdos régionaux, les journaux de quartier, de même que les quotidiens avec le journal Métro et 24 heures de Quebecor à Montréal. Ajoutons que le Journal de Montréal et le Journal de Québec bénéficient également une large distribution gratuite dans tous les restaurants du Québec.

Après une désastreuse tentative de vente en kiosques échelonnée sur plusieurs années – expérience partagée par de nombreux autres journaux alternatifs dont le dernier en date est sans doute le journal de l’Union paysanne – suivant l’exemple de Recto-Verso, l’aut’journal a choisi la voie de la distribution gratuite.

Nous pourrions épiloguer longtemps sur les difficultés de la vente en kiosques (publications mal distribuées, mauvais placement) et nous plaindre du fait qu’il n’existe pas, comme en France, de législation qui oblige, par exemple, les marchands à bien positionner, à la vue de tous, un journal comme le Canard enchaîné. Au Québec, le placement est fait par le distributeur en fonction de critères de vente et de marketing.

Mais nous devons reconnaître qu’il y a des explications plus fondamentales à ces échecs. En plus de la petitesse du marché dont nous avons déjà parlé, il n’y a pas de tradition culturelle au Québec qui porte les lecteurs à acheter notre type de publication.

Pour qu’une publication puisse percer sur le marché de la vente en kiosques, il faut un gros tirage, de la publicité dans les autres médias (radio, télévision) pour faire connaître son existence. Tout cela coûte beaucoup de sous et ne peut être financé que par la publicité. Ce qui boucle la boucle et nous renvoie au problème de départ.

Une presse libre est une presse militante

L’histoire des médias nous a appris que la presse militante n’existe que par le soutien des militantes et des militants. Souvent la presse militante est produite et soutenue par un parti politique. Ce n’est pas notre cas au Québec. Malgré l’existence d’un important mouvement souverainiste, celui-ci n’a pas d’organe de presse propre, une situation sans doute unique au monde. Même lorsque son membership atteignait 300 000 membres, le Parti Québécois n’a jamais jugé bon de produire de publications pour ses militants, après l’échec du quotidien Le Jour.

La situation est similaire du côté du mouvement syndical. Après l’échec de l’hebdomadaire Québec-Presse, le mouvement syndical a décliné toute invitation à investir massivement dans un journal de masse. Au cours des années, le mouvement syndical a même supprimé ses publications à plus large rayonnement que ses rangs internes. Le revue Mouvement de la CEQ, aujourd’hui la CSQ, est disparue, tout comme l’hebdomadaire Nouvelles-CSN.

L’aut’journal et d’autres publications progressistes ont de la difficulté à obtenir un soutien régulier des principales organisations syndicales, même si celles-ci ne manquent pas à chacun de leurs congrès de dénoncer la concentration des médias et appeler au développement d’une presse libre et indépendante.

Il faut se cracher dans les mains et relever nos manches, comme disait Félix Leclerc. Le développement d’une presse libre et indépendante repose donc entre nos mains. Il nous faut relever le défi, malgré les conditions difficiles que nous venons de décrire, de produire une presse d’actualité, intéressante, professionnelle et militante.

L’aut’journal, 24 ans plus tard

Fondé en 1984, l’aut’journal se définit toujours 24 ans plus tard comme un mensuel québécois, indépendant et indépendantiste, ouvrier et populaire. Pour caractériser le journalisme que nous voulons pratiquer, nous avons inscrit dans le cartouche cette citation de Jacques Guay, aujourd’hui décédé, qui fut, avant de se joindre à l’équipe de l’aut’journal, de l’expérience de Québec-Presse et fondateur du département de journalisme de l’Université Laval. La citation se lit comme suit : « Informer, c’est mordre à l’os tant qu’il y reste de quoi ronger, renoncer à la béatitude et lutter. C’est croire que le monde peut changer ! »

Dans le premier numéro de l’aut’journal, nous faisions part en éditorial de notre parti-pris pour une information différente. Une information qui parle des luttes ouvrières et populaires, luttes qui ne trouvent pas leur place dans les grands quotidiens – combien ont de journalistes attitrés aux affaires syndicales ?

Nous exprimions aussi notre volonté de présenter un aut’point de vue sur les grandes questions de l’actualité dont le traitement est souvent biaisé par les conflits d’intérêts des propriétaires des médias. Prenons deux exemples pour illustrer notre propos.

Deux exemples de conflits d’intérêts

Depuis plusieurs années, la santé figure en première place des préoccupations des citoyennes et des citoyens et les grands médias ont noirci des centaines de milliers de pages sur le sujet. La privatisation est la solution le plus souvent avancée pour régler le problème des listes d’attente et faire face au défi du vieillissement de la population. Cependant, nos médias évitent soigneusement de mentionner qui seraient les principaux bénéficiaires de cette privatisation, c’est-à-dire les compagnies d’assurances.

Aux États-Unis, il est admis par tous les observateurs de la scène politique que c’est le lobby des compagnies d’assurances qui a coulé le projet du président Clinton, lors de son premier mandat, d’instaurer un système public de santé sur le modèle canadien. Au Canada, ce lobby ne semble pas exister. Du moins, les grands médias n’en parlent jamais. Serait-ce parce que Power Corporation, le propriétaire par l’entremise de Gesca des principaux quotidiens du Québec, est également le propriétaire des deux plus importantes compagnies d’assurances au Canada : la Great-West et la London Life ?

Un autre exemple du conflit d’intérêts dans lequel baignent les médias est la question du transport en commun. Il arrive souvent que la moitié des pages du Journal de Montréal et du Journal de Québec soient consacrées à de la publicité automobile. Dans le cas de La Presse, les seuls revenus de la publicité automobile dépassent les revenus des abonnements. Comment espérer que ces médias fassent la promotion du transport en commun ?

Les médias indépendants et les idées nouvelles

Les médias indépendants peuvent également être à l’origine d’idées nouvelles. C’est dans les pages de l’aut’journal qu’a été lancé l’appel qui allait donner naissance en 1997 au Rassemblement pour une alternative politique (RAP), l’ancêtre de l’Union des forces progressistes (UFP) et de Québec solidaire. Cet appel était accompagné d’un plaidoyer pour une réforme du mode de scrutin avec la publication par l’aut’journal du livre de Paul Cliche Pour un scrutin proportionnel. L’idée a si bien fait son chemin qu’elle a donné lieu à la tenue d’états généraux sur la réforme du mode de scrutin.

C’est également dans l’aut’journal que le concept de club politique a vu le jour, s’est développé et a été inscrit dans les statuts du Parti Québécois, à la faveur de l’action du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), une autre initiative de l’aut’journal.

Le concept de revenu de citoyenneté a d’abord été propagé au Québec par l’aut’journal qui a publié le Manifeste pour un Revenu de citoyenneté du professeur Michel Bernard et du syndicaliste bien connu Michel Chartrand.

Un succès avec des moyens de fortune

Au départ, l’aut’journal tirait à 1 500 exemplaires et, la distribution étant tributaire de manifestations ou d’événements publics, il arrivait souvent qu’à peine la moitié de ces copies soient distribuées. Aujourd’hui, notre tirage s’est stabilisé à 20 000 exemplaires. Près de 5 000 d’entre eux sont postés à chaque mois à nos abonnés, individuels ou de groupe, et les 15 000 autres exemplaires sont distribuées gratuitement à travers le Québec par les bons offices d’un petit distributeur privé.

Nous publions également, mais de façon irrégulière, la revue L’Apostrophe. Nous en sommes au dixième numéro. Nous avons édité neuf livres, la grande majorité d’entre eux en collaboration avec d’autres maisons d’édition.

Notre budget annuel est insignifiant. Il tourne autour de 130 000 $. Depuis trois ans seulement, nous avons un employé salarié, notre secrétaire Louis Bourgea. De façon un peu paradoxale, nous pouvons affirmer que notre principale source de financement réside dans le fait que toutes nos collaboratrices et collaborateurs ne reçoivent aucune rémunération pour leurs articles.

Nos autres sources de financement sont les abonnements, la vente de livres, la publicité – provenant presque exclusivement des organisations syndicales et des maisons d’édition – les spectacles-bénéfices. Le problème de sous-financement est commun à tous les médias indépendants. Au cours de nos 22 ans d’existence, nous avons essayé par différents moyens de nous sortir du sous-financement chronique et avons tiré des leçons de ces expériences.

Les grands médias vivent de la publicité

Les revenus publicitaires sont la principale source de financement des grands médias. Ils représentent 80% des revenus des quotidiens. Cette situation ne date pas d’hier. Le premier journal à voir le jour en Amérique, le Pennsylvania Packet and Daily Advertiser, fondé en 1784, consacrait plus de 60% de son espace à la publicité.

Quoi de plus normal alors que de chercher à obtenir ne serait-ce qu’une petite pointe de l’immense tarte des dépenses publicitaires, se disent les journaux communautaires et indépendants. Pour notre part, nous n’y avons pas cru un seul instant étant donné le caractère de notre publication. Mais les échecs récents et spectaculaires de magazines ou journaux communautaires – Recto-verso ou À cause au Saguenay-Lac Saint-Jean – ou d’expériences passées comme Québec-Presse ont confirmé notre analyse.

À ceux qui rêvent d’un quotidien progressiste, j’aime citer l’échec d’une expérience d’un journal… de droite ! Soit celle du National Post. Quand, en 1998, Conrad Black a publié le National Post à Toronto, il a déclaré qu’il n’aurait pu se lancer dans cette aventure s’il n’avait pas été propriétaire de Southam News, qui possédait des imprimeries, des réseaux de distribution et un bassin de journaux dans lequel Black a pu puiser des journalistes pour le Post.

Malgré cela, trois années plus tard, le Post était toujours déficitaire et Black lançait la serviette et vendait ses actions. Pourquoi ? Parce que les grandes agences de publicité que Black avait pourtant traité aux petits oignons, les propriétaires à coups de banquets, de voyages et de cadeaux n’avaient pas cru à son aventure. Ils étaient restés fidèles au Globe and Mail, au Toronto Star, tout en profitant de la concurrence du Post pour exiger de ces grands journaux des réductions des tarifs publicitaires. Comment pourrions-nous envisager la création d’un quotidien – progressiste de surcroît – sans posséder d’imprimeries, de réseaux de distribution et sans… recettes publicitaires?

Tirer les leçons de nos expériences

Examinons des expériences plus modestes, soit celles de Recto-Verso et le journal À cause au Saguenay Lac-Saint-Jean. L’équipe de Recto-Verso avait pressenti que la distribution gratuite était la voie de l’avenir et la seule façon de contourner les monopoles de la distribution. Elle a fait le pari qu’un magazine progressiste de belle tenue serait en mesure d’attirer, au même titre que les publications traditionnelles, de la publicité commerciale et gouvernementale pour financer ses activités.

Cependant, la publicité commerciale n’a jamais vraiment été au rendez-vous et la revue n’a pu combler un déficit accumulé de 200 000 $. La décision subite de Patrimoine Canada de retirer les subventions aux publications distribuées gratuitement a donné le coup de grâce au magazine en le privant annuellement de 30 000 $. Nous avons suivi avec intérêt, mais un certain scepticisme, les efforts du magazine dans sa recherche de commanditaires commerciaux. Nous ne partagions pas l’avis selon lequel de belles publications, avec un tirage important, réussiraient à attirer des commanditaires si le prix de la publicité était proportionnellement inférieur à ce qu’il en coûte dans des revues traditionnelles à grand tirage.

Selon la logique capitaliste pure, telle que formulée par Friedrich Hayek, le pape du néolibéralisme, une telle décision semblait fondée. Malheureusement, ça ne fonctionne pas ainsi. Le marché n’est pas constitué d’un agrégat d’individus, mais de classes sociales. Les propriétaires des grandes agences de publicité ont plus que de simples liens d’affaires avec les propriétaires des grands médias. Ils font partie du même réseau social et politique. Somme toute, les analyses de Karl Marx sont plus pertinentes que celle de Hayek.

Recto-Verso a pu compter pendant un certain temps sur la publicité gouvernementale pour financer la production du magazine et sur les programmes gouvernementaux d’économie sociale pour rémunérer son personnel. L’arrivée au pouvoir du gouvernement Charest et ses compressions budgétaires ont compromis ces deux sources de financement.

Comme dans le cas de la publicité commerciale, le système des relations entretenues avec le personnel politique est essentiel et l’équipe de Recto-Verso avait évidemment plus d’accointances avec le Parti Québécois qu’avec le Parti Libéral. Recto-Verso n’entretenait pas beaucoup de relations avec le Parti Libéral fédéral. Aussi Patrimoine Canada a pu couper d’un trait de plume sa subvention de 30 000 $, mais ne touchera jamais aux subventions de près de deux millions de dollars accordées annuellement tant à Quebecor qu’au Groupe Transcontinental pour leurs magazines.

Le journal À cause s’est buté essentiellement aux mêmes obstacles. Après un départ sur les chapeaux de roue, la publicité espérée n’était pas au rendez-vous et la suppression des programmes gouvernementaux jeunesse avec l’arrivée au pouvoir des libéraux sonnèrent rapidement le glas de la publication.

Nous venons de voir comment un changement de gouvernement a contribué à la faillite de deux publications avec la suppression des programmes gouvernementaux dont elles bénéficiaient. Notre expérience est encore plus éloquente.

L’aut’journal et les subventions gouvernementales (ou leur absence)

À la suggestion d’amis de la presse indépendante qui ne comprenaient pas pourquoi nous ne cherchions pas à obtenir ces subventions gouvernementales auxquelles, selon eux, nous avions parfaitement droit, nous avons présenté une modeste demande au chantier de l’économie sociale lors du lancement de la revue L’Apostrophe.

Après avoir dû consacrer un temps considérable à remplir les obligations et formulaires nécessaires, nous avons présenté une demande pour le financement de trois permanents. C’est beaucoup trop ! nous a-t-on répondu. Alors, nous avons retravaillé la demande pour ne demander le financement que d’une seule personne. Cette fois, la réponse a été : Ce n’est pas assez structurant pour l’industrie (sic!) !.

Mais de quelle industrie, parlait-on ? Nous ne l’avons jamais su. Toujours est-il qu’après de longs mois de discussion, le fonctionnaire responsable de notre dossier nous a dit, sur le ton de la confidence : Vous êtes très critique, vous savez . Autrement dit, ce n’est pas moi, ni aucun autre fonctionnaire qui va recommander l’acceptation de votre projet.

Une autre expérience encore plus explicite confirmait notre profond scepticisme quant à l’obtention de subventions gouvernementales. Au mois de mars 2001, nous comparaissions avec Recto-Verso devant la commission parlementaire chargée d’examiner la concentration de la presse. Notre mémoire dénonçait l’effet de cette concentration sur les médias indépendants et réclamait des mesures de soutien de l’État à la presse indépendante.

En pleine commission parlementaire, le député d’Outremont, Pierre Étienne Laporte se déclara publiquement opposé à toute subvention directe ou indirecte à l’aut’journal parce que en 1995, vous m’avez attribué le prix de la traîtrise, à l’aut’journal, pour une déclaration que j’ai faite alors que j’étais président du Conseil de la langue française. Et le député de dire devant ses collègues que le prix de la traîtrise était le prix Cugnet et de devoir expliquer, en se couvrant de ridicule, devant un auditoire abasourdi que le Prix Cugnet avait été instauré par l’aut’journal en déshonneur de Jean-Baptiste Cugnet qui avait guidé les troupes de Wolfe sur les plaines d’Abraham en 1759 !!!

Soulignons que Recto-Verso et l’aut’journal demandaient, entre autres, dans leur mémoire que le gouvernement autorise des fondations, mises sur pied pour recueillir des fonds pour la presse indépendante, à pouvoir émettre des reçus pour fins fiscales comme cela se pratique dans le cas des fondations de charité ou des partis politiques. Nous croyons toujours que ce serait la meilleure forme de financement pour la presse indépendante. Elle oblige les médias à faire eux-mêmes des efforts de financement et assure leur autonomie et leur indépendance à l’égard de l’État.

L’alternative aux grands médias : Internet

L’arrivée des nouveaux médias nous offre peut-être cette fenêtre tant recherchée si nous savons l’utiliser. Une lecture attentive de l’histoire des médias nous apprend qu’à chaque fois qu’une situation politique s’est trouvée bloquée par l’opposition des grands médias, la solution est toujours venue de l’utilisation d’un nouveau média.

Ainsi, dans les années 1930, Franklin Delano Roosevelt a contourné l’opposition des grands médias écrits à son New Deal avec ses causeries au coin du feu à la radio. À la fin des années 1950, de Gaulle a imposé sa solution à la guerre d’Algérie en ayant également recours à un nouveau média, la télévision, pour rejoindre le grand public et défier une presse hostile.
De même, au Québec, la télévision a joué un rôle de premier plan dans la lutte contre le duplessisme et le déclenchement de la Révolution tranquille. Maurice Duplessis abhorrait ce nouveau média, dont nous pouvons dire qu’il a produit le personnage politique le plus important de son époque : René Lévesque.

Sommes-nous aujourd’hui dans une situation historique comparable ? La solution à la concentration des médias réside-t-elle dans l’utilisation des nouvelles technologies ? Nous le croyons. Nous pouvons nous inspirer de réussites passées dont nous n’avons jamais pris réellement conscience. Par exemple, on peut affirmer que les souverainistes doivent une bonne partie de leur succès passé à l’utilisation intelligente qu’ils ont faite depuis trente ans du seul moyen de communication de masse à leur disposition pour la diffusion de leurs idées, le recrutement et le financement, soit le téléphone !

Aujourd’hui, un segment de plus en plus important de la population du Québec a accès à Internet, ce qui représente un bassin de population suffisant pour développer de nouveaux moyens de communication de masse.

Les nouveaux médias ont déjà démontré leur pertinence politique. En mars 2004, à quelques jours des élections générales, des attentats terroristes causaient la mort de près de 200 personnes en Espagne. Le gouvernement Asnar et les grands médias s’empressaient d’en attribuer la responsabilité à l’ETA basque, malgré les démentis de cette organisation. Rapidement, la société civile flaira l’arnaque et, au moyen d’Internet et de messages envoyés par cellulaires, démasqua les manœuvres du gouvernement. La vérité éclata au grand jour et le gouvernement Asnar fut défait aux élections.

Aux États-Unis, Howard Dean candidat à l’investiture au parti démocrate, opposé à la guerre en Irak, utilisa de façon fort habile Internet pour se faire connaître et recueillir des fonds pour sa campagne. Mais sa campagne s’écroula lorsqu’il poussa un grand cri ( Byaaahh ) lors d’une assemblée publique et que ce Dean Scream comme on l’appela fut diffusé en boucle par les grands médias hostiles à sa candidature. Cette fois-ci, les grands médias traditionnels remportaient la victoire sur les nouveaux médias. Mais Internet a quand même réussi à ébranler les colonnes de l’establishment du Parti démocrate.

Au Québec, nous sommes très en retard sur l’utilisation politique des nouveaux médias. Alors, pourquoi pas mettre sur pied un quotidien Internet ? Un quotidien qui ne nécessite ni imprimerie, ni réseaux de distribution ! C’est un projet auquel nous travaillons présentement avec la mise en ligne de l’aut’journal au-jour-le-jour.

Pierre Dubuc
Cet article est paru dans le numéro 10 (automne 2007) de la revue L’Apostrophe, la revue de l’aut’journal



Film de la semaine: The War on Democracy

27 10 2007

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Note: United Fruit a depuis changé de nom pour devenir Chiquita.



La clé du succès des Dumont, Harper, Sarkozy, Bush de ce monde

25 09 2007

Tintin ADQBeaucoup de gens (dont moi-même) se demander comment il se fait que Mario Dumont, Jean Charest, Stephan Harper, George Bush, Nicolas Sarkozy et  compagnie puissent récolter autant de votes. Il y a plus d’une semaine, quelque chose est arrivé qui m’a fait comprendre une partie de la réponse. Ces politiciens arrivent très bien à contrôler quels seront les sujets débattus. Bien entendu, ces politiciens ont un avantage naturel : vu que leurs programmes sont très favorables aux grandes entreprises, les enjeux qu’ils veulent débattre sont les enjeux qui sont naturellement poussés par les gros groupes médiatiques qui forment la majorité des médias (au Québec par exemple, presque tous les quotidiens sont la possession de seulement deux grandes entreprises : Power Corporation des Desmarais et Québecor des Péladeau), c’est normal. Mais la situation est en fait bien pire que ça. Le problème c’est que le reste des gens se laissent facilement emporter par la vague déferlante des conglomérats médiatiques. C’est facile a comprendre, les gens veulent donner leur avis sur le champs à propos du «sujet chaud» du jour et les gens le font sans se donner la peine trop penser au fond de l’affaire et en ayant fraîchement en tête l’opinion véhiculée par ces médias.

 

Pour illustrer mon propos j’aimerais donner le cas du vote des femmes voilées au Québec. Ce cas s’insère dans l’islamophobie croissante de l’«occident» (similaire à l’anti-sémitisme de naguère [qui n’était pas du tout limité à l’Allemagne] qui a conduit aux atrocités que l’on sait) qui au Québec se manifeste par l’hystérie des «accommodement raisonnables» attisée par les médias. Notons en passant que toute cette histoire des «accommodements raisonnables» a débuté par un fait divers insignifiant que certains médias ont insistés de mettre en premier plan : le givrage de fenêtres d’un YMCA afin d’«accommoder» une communauté juive voisine. Notons que quand ce fait divers fut révélé par les médias, il n’y avait aucun conflit, aucun antagonisme entre qui que se soit, le YMCA et la communauté juive avaient déjà réglé, en bon voisins, tout différent qui aurait put y avoir entre eux. Cela n’a pourtant pas empêché les journalistes des médias dominants de s’indigner à la une.

 

Mais revenons au cas du vote des femmes voilées. On est 4 jours avant les élections du Québec du 26 mars 2007.  La ville de Montréal vient de demander plus d’argent pour les logements sociaux anticipant une nouvelle crise du logement au printemps. Les étudiant(e)s se mobilisent contre le dégel des frais de scolarité et font campagne contre les candidats qui refusent de garantir qu’ils ne dégèleront pas les frais de scolarités. Tous ces enjeux vont bientôt être balayés sous le tapis, un journaliste demande au directeur des élections du Québec si une femme portant le niqab (voile couvrant toute la figure sauf les yeux) pourra voter aux élections sans se dévoiler. Le directeur répond que oui, selon la loi électorale du Québec il n’y a aucun problème à ce qu’une femme vote sans se dévoiler. L’hystérie s’empare des médias et de … Boisclair, alors chef du Parti québécois (!?!).  On ne parle plus que du niqab. Le jour de l’élection arrive et, l’ADQ de Dumont remporte 41 sièges à l’assemblée nationale, une performance époustouflante pour un parti n’ayant jamais remporté plus de 5 sièges!

 

Mais s’en était pas fini pour le niqab, oh non! Le 17 septembre dernier il y a eu des élections partielles fédérales dans trois comptés du Québec.  Que s’est-il passé moins de deux semaines avant ces élections? Un journaliste, encore, va demander aux directeur des élections du Canada si une femme portant le niqab pourra voter sans se dévoiler. La réponse du directeur est la même que celle qu’avait initialement donné son homologue québécois. Le feu prend aux poudres et les médias et les partis ne parlent plus que de cela. Quelques jours plus tard, surprise, on se réveille avec un député conservateur au Saguenay, bastion imprenable du Bloc québécois!

 

Le problème évidemment est que toute cette histoire du niqab n’est que fabrication des médias et n’a aucun fondement dans la réalité.  Aucune femme au Québec n’a jamais fait la demande de voter en portant un niqab.  Mais plus sérieusement encore, moi, un homme non musulman, j’ai le droit de voter sans montrer mon visage à la fois aux élections du Québec et aux élections fédérales, d’ailleurs, je l’ai déjà fait (et je ne suis pas le seul) sans aucun problème, alors pourquoi les femmes musulmanes serait-elles privée de ce droit simplement parce qu’elles sont musulmanes? Tou(te)s les Québécoises et Québécois peuvent voter sans montrer leur visage et plusieurs centaines d’entres eux le font à chaque élections sans que cela n’ait jamais causé aucun problèmes, pourquoi cela causerait-il un problème particulier avec les femmes musulmanes? En effet, il est possible de voter par correspondance, par courrier, sans même jamais se présenter dans un bureau de vote si on affirme être à l’extérieur du territoire durant les élections! Ceux et celles qui veulent empêcher les femmes portant le niqab de voter veulent-ils aussi empêcher les gens hors du Québec ou du Canada de voter sous prétexte qu’on ne peut les identifier adéquatement?

 

Avant de poursuivre j’aimerais prendre le temps de souligner ici que cette façon de créer de faux problèmes et ensuite de proposer de fausses solutions à ces «problèmes» fut, au cours de l’histoire,  une des méthodes les plus efficaces à l’instauration de dictatures. On peut par exemple mentionner le cas d’Hitler.  Selon les Nazi tous les maux de l’Allemagne trouvaient leur source chez les Juifs (le faux problème) et on devait donc enlever certaines libertés aux Juifs  (la fausse solution). Mais pour prendre le pouvoir absolu Hitler avait besoin de plus de ça, il mit le feu au Reichstag (parlement) et accusa les communistes du délit (le faux problème) et donc interdit les communistes et prit le pouvoir absolu (la fausse solution). On peut aussi penser au cas du Rwanda. Avant les Belges les Tutsis et Hutus vivaient en harmonie. Pour installer leur pouvoir les Belges dirent aux Tutsis que le problème avec l’organisation actuelle était que les Hutus étaient trop bêtes et stupides pour faire quoique ce soit d’important (faux problème). Seuls les Tutsis plus intelligents en était capable. La (fausse) solution était donc de créer un État d’apartheid avec les blancs à l’apex, les Tutsis au sommet et les Hutus à la base de la pyramide hiérarchique. Un autre exemple très élégant est celui du faux problème de «l’ivoirité» en Côte d’Ivoire.

 

Maintenant pour revenir au niqab, le plus choquant dans cette histoire, et c’est ce qui m’a incité à écrire le présent texte, est que même des gens normalement raisonnables, même des gens normalement opposés à une xénophobie aveugle se sont laissés entraînés par la déferlante. Je pense tout particulièrement à Louis du blogue «Un homme en colère» qui n’est ni adéquiste ni conservateur qui a réussi à écrire non pas un mais bien deux articles d’indignation à ce sujet avant les élections : «Voteurs voilés, démocratie violée» et «Une proposition intéressante, mais …». Ce qui est troublant est que Louis est ce que les gens appellent « de gauche » (je met des guillemets parce que je crois que toute étiquette simplificatrice de ce genre doit être prise avec un grain de sel). Non seulement est-il «de gauche» mais il est un des blogueurs politiques «de gauche» les plus lus au Québec et il a le mérite d’avoir établi le regroupement de blogeuse/rs «de gauche» du Québec (dont je fais moi-même parti). Louis fait donc parti d’un groupe que naïvement on croirait être le dernier à succomber à la démagogie xénophobe de cette fausse histoire du niqab : il est indépendant (je ne crois pas qu’il soit affilié à quelque conglomérat que ce soit) et «de gauche». Donc en pleine campagne électorale, un indépendant «de gauche» ne se préoccupe pas d’enjeux plus important que la de la fausse histoire du niqab!

 

Louis défend sa position contre le port du niqab pour aller voter avec les arguments suivants. Il dit qu’il veut prévenir contre la possibilité «que des gens se déguisent pour manipuler le vote». Mais alors il doit être le vote par courrier pour les gens à l’étranger car le vote peut être manipulé bien plus facilement de cette façon. Il dit qu’il est contre aussi par principe car «on est contre l[es] passe-droits et les privilèges à une minorité». Le problème, évidemment avec ce soi-disant argument c’est qu’il n’y a aucun passe-droit, la loi n’oblige personne à montrer son visage en entier, comme je l’ai déjà mentionner des centaines de personnes par élections votent sans même se présenter physiquement à un bureau de vote, je l’ai moi-même fait ! Empêcher des femmes de voter avec le niqab serait en fait leur enlevé un droit que tout autre se voit reconnaître !  Ce serait donc de la discrimination envers une minorité. Dernièrement Louis affirme que sa position en une de «logique et de respect de la loi, de nos valeurs et de notre système démocratique». Et bien non, la loi permet à quiconque, Louis inclus, d’allez voter avec un niqab et s’il veut respecter notre système démocratique il permettrait à tous et à toutes d’exercer leur droit de vote conformément à la loi électorale québécoise et canadienne.

 

Pour finir j’aimerais dire un mot sur le voile en générale.  Les gens disent souvent, dogmatiquement et sans trop y réfléchir, que le voile est un symbole de la soumission des femmes aux hommes.  Jusqu’à présent personne n’a put me justifier cette affirmation.  Le voile est un morceau vestimentaire, en soi il ne symbolise rien. Si une femme porte le voile de son propre gré (évidemment si elle en forcée la situation est toute autre mais cela a à voir avec le fait qu’elle est forcée de faire quelque chose et non pas avec le voile lui-même) comme c’est le cas pour la grande majorité des femmes qui le porte au Québec il n’y a aucune soumission de la femme à l’homme. Par contre si un homme, comme le directeur des élections par exemple, force les femmes de se dévoiler alors là soumission il y a. Les femmes (et les hommes aussi d’ailleurs) devraient être libres de s’habiller comme elles le souhaite.  Certains croient que le voile est un signe le la soumission des femmes parce que les hommes ne le portent pas.  Face à cette façon de voir les choses une petite comparaison avec le code vestimentaire «occidental» car on y retrouve exactement la même situation. En effet selon le code vestimentaire en vigueur dans la majorité de «l’occident», les hommes peuvent se dénuder la poitrine en public alors que cela est interdit (par la loi) pour les femmes. Considère-t-on que cela comme une manifestation de la subordination de la femme à l’homme ? Je ne crois pas. C’est n’est pas pareille me direz vous, la poitrine est une «partie privée» de la femme et c’est pourquoi elle est cachée dans le code vestimentaire «occidental». Mais pourquoi croyez vous que les cheveux des femmes sont cachés dans certaines cultures ? Justement parce qu’elles et ils considèrent les cheveux des femmes comme une «partie privée».  La conception de quel parties du corps peut être montrée en public est loin d’être universelle, elle varie dans le temps aussi bien que dans l’espace.  Les cheveux des femmes ont déjà été considérés comme une «partie privée» en occident, avez-vous déjà vu le film «La jeune fille à la perle» (bon d’accord ce n’est pas la plus scientifique des références anthropologique, mais cela sert à illustrer une idée)? Si oui vous vous souviendrez que quand Vermeer demande à la jeune fille en question d’enlever son «turban» elle est très gênée, très gênée parce que dans la culture hollandaise d’antan cela revenait à se dénuder pour une femme.  Plusieurs sociétés ne considère pas la poitrine féminine comme étant un objet aussi sexualisé qu’on le fait en occident : la société hawaïenne avant sa conquête par les États-Unis, le Swaziland et de façon plus notoire les plages méditerranéennes françaises sont ou étaient tous des endroits où les poitrines féminines ne sont ou n’étaient pas voilées.  Imaginez une Québécoise qui se retrouve dans un de ces lieux où il est coutume de ne pas voiler sa poitrine et qui se fait dire qu’elle doit dévoiler sa poitrine afin que tous et toutes puissent l’admirer car le fait de cacher sa poitrine n’est que l’expression de sa soumission envers les hommes québécois. Croyez-vous que la Québécoise se sentira libérée par ces gens ou bien opprimée et soumise ? Et de qui se sentira-t-elle le plus soumise, des hommes québécois ou des gens de sa terre d’accueille ?

 

Il y a un autre fait très intéressant à noter. Chez les sikhs d’Inde, les hommes se voiler les cheveux alors que les femmes ne le font pas, et pourtant, «l’occident» ne considère pas que ces hommes sont soumis aux femmes.  Et donc, pour conclure, le fait que les gens «d’occident» considère que le voile des musulmanes est un signe de soumission en dit plus long sur les occidentaux que sur les musulmanes.



Le Devoir et La Presse appuient la censure

18 09 2007

Vigile censuré par le devoir et la presseLe Devoir et La Presse (Power Corporation) veulent fermer le site internet indépendent vigile.net. La Presse (Power Corporation) a aussi envoyé une mise en demeure au journal Le Québecois. Voici un article repris de Capitaine Kébec à ce propos:

Vous connaissez Vigile? Votre réponse sera sûrement positive, mais pour ceux qui ne connaissent pas, c’est LA référence internet pour les souverainistes. Le site, entretenu et mis à jour par un seul homme (ou surhomme?) Bernard Frappier, présente une actualité quotidienne, du lundi au samedi, alimenté de toutes les sources journalistique, internet, télévisée et autres possibles. Il est régulièrement mis à jour et si une nouvelle de dernière minutes est disponible pendant la journée, il sera mis à jour une deuxième fois. Vigile, c’est le carrefour des indépendantiste sur le net : l’actualité qui y est présentée est celle se rapportant à la question nationale. En plus de présenter cette actualité à chaque jour, Vigile archive tout ce qui passe sur le site. C’est non seulement un site utile pour l’information, mais aussi pour la recherche.

 

Or, Vigile a récemment reçu une mise en demeure par La Presse et Le Devoir pour atteinte aux droits d’auteur. CEDROM-SNI, une compagnie d’archivage vous fait payer 2,50$ par article archivé que vous allez chercher. C’est cette compagnie qui détient les droits d’archivage pour La Presse et Le Devoir. Cette mise en demeure est la deuxième que le site reçoit. La première fois, en 1998, M. Frappier avait bien exposé les raisons qui le laissaient croire que Vigile respectait le droit d’auteur : le fairuse ou l’utilisation raisonnable. Ce concept répond au nouveaux enjeux sur le droit d’auteur à l’ère de l’internet. C’est une façon de laisser le droit de reproduire des articles sans exagérer et sans en tirer profit. M. Frappier avait donc suggéré au président de CEDROM-SNI de laisser un juge décider du litige. Le président n’a jamais donné suite.

Aujourd’hui il revient à la charge aidé du Devoir et de La Presse. Pourquoi les deux quotidiens montent-ils à la charge contre Vigile, alors que le site ne peut pas, logiquement, enlever beaucoup d’abonnements? Le site ne présente pas TOUS les articles des deux journaux, seulement ceux qui concernent un débat particulier.

Pour La Presse, c’est évident. Écraser un ennemi stratégique, écraser l’indépendance.

 

Mais pour ce qui est du Devoir? J’avoue ma déception. J’ai peut-être cru un moment que Le Devoir était un quotidien indépendant et indépendantiste, qu’il était pour la liberté d’expression et pour une circulation de l’information. J’ai été naïf.

M. Frappier a évidemment donné suite aux mises en demeures. Vous pouvez lire sa réponse ici.

J’encourage tout le monde pour qui la liberté d’expression est de mise dans une démocratie à faire parvenir son mécontentement à la fois au Devoir et à la Presse, comme l’a fait M. Philippe Trempe ici.



La neutralité de réseau

8 09 2007

Partie I:

Partie II:



L’essence (et son prix) au Canada et autres sujets intéressants

13 08 2007

J’aimerais vous présenter Les Alarmistes qui produisent des vidéos humoristiques (d’une certaine façon) sur la politique. Ils traitent de sujets aussi divers que l’aide humanitaire et la privatisation. D’ailleurs, dans un précédent billet je vous avais présenté un de leurs vidéos. Je vous encourage à regarder tous leurs vidéos et pour vous mettre l’eau à la bouche voici deux vidéos sur les pétrolières, l’essence, son prix et la production de pétrole au Canada. Ce qui me choque le plus dans ces vidéos est qu’on y apprend qu’au Canada les pétrolières (quoi qu’ayant des profits records, on le sait tous) bénifissient d’une exemption d’impôts de 3 milliards de dollars par année (sur un taux d’impôsition très bas à la base)! Juste pour mettre ça en perspectives, 3 milliards de dollars c’est prèsque 25% du budget annuel du Québec pour l’éducation!
Si vous avez aimer leurs vidéos, je vous conseilles d’aller sur leur site et de regarder leur vidéo «billet de banque».




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