La Françafrique de Sarkozy

30 09 2007

Ces vidéos peuvent être considérés comme étant à la suite de ceux du billet «Qu’est-ce que la Françafrique?».

PARTIE I:

De Chirac à Sarkozy 1
envoyé par sur_vivantPARTIE II:

De Chirac à Sarkozy 2
envoyé par sur_vivantPARTIE III:

De Chirac à Sarkozy 3
envoyé par sur_vivantPARTIE IV:

De Chirac à Sarkozy 4
envoyé par sur_vivantPARTIE V:

De Chirac à Sarkozy 5
envoyé par sur_vivant



Génocide d’indigènes en Argentine

29 09 2007

texte repris d’amerikenlutte, (pulse aquí para un texto en española):

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Le Chaco, province du nord-est de l’Argentine, fait l’objet de l’attention de certains médias en raison de la mort de dénutrition de plusieurs indigènes, morts utilisées avant les élections. En fait la situation est beaucoup plus dramatique que les quelques images montrées. Le Chaco est la cible d’entreprises de culture de soja (transgénique) qui sont en train de faire disparaître les forêts chaqueñas et les indigènes tobas qui y vivent. Ci dessous un article de Mempo Giardinelli. amerikenlutte

L’IMPENETRABLE OU L’AGONIE QOM

Ces derniers temps, la province du Chaco attire l’attention de tout le monde. Presse et télévision globale viennent surveiller les dommages de la malnutrition qui affecte des milliers d’aborigènes dans les forêts qui sont connues – maintenant improprement – comme L’Impénétrable (El Impenetrable”).

Ma collègue et amie Cristina Civale, auteure du blog Civilisation et Barbarie, du quotidien Clarin, m’invite à l’accompagner. Ce n’est pas la première invitation que je reçois, mais c’est la première que j’accepte. J’ai refusé de m’y rendre avant les récentes élections, parce que toute impression écrite est interprétée, évidemment, comme dénonciation électorale. Et je suis convaincu, depuis longtemps, que l’effroyable situation socio-économique dans laquelle se trouve les peuples originaires du Chaco, et son détournement socio-culturel, n’est le fait d’aucun gouvernement en particulier de ceux des 30 ou 40 dernières années (il y en a eu des civils et militaires ; des péronistes, dictatoriaux et radicaux) mais de tous.

D’abord nous nous sommes arrêtés à Sáenz Peña, la deuxième ville du Chaco (90 mille habitants), pour une visite clandestine – non demandée ni autorisée – à l’Hôpital Ramón Carrillo, le second le plus important de cette province. Civale prend des notes et interview des patients indigènes dans les salles, tandis que je parcours les couloirs mouillés sous les infinies fuites des plafonds, et regarde les parois défaites, dépeintes et sales, les cours sordides et un puits noir ouvert avec de l’eau stagnante près de la cuisine.

Bien que la devanture de l’hôpital ait été peinte récemment, il y a derrière une décharge d’ordures à ciel ouvert au milieu de deux pavillons. Du verre et des meubles cassés, des déchets, des radiographies, des décombres et des déchets chirurgicaux encombrent les salles où les patients sont seulement des corps absorbés par des maladies comme la tuberculose ou le mal de Chagas. Je suis impressioné par la quantité de gens allongés sur les sols, je ne sais pas s’ils sont des patients ou des familles, c’est pareil.

Un heure plus tard, sur le chemin jusqu’à Juan Jose Castelli – population de 30 mille habitants qui s’autoqualifie « Vestibule de l’Impénétrable » – l’amertume et la colère se perfectionnent en observant ce qu’il reste du Chaco boisé d’autrefois. Ce qui fut l’empire de quebrachos centenaires et d’une faune merveilleuse, sont maintenant des champs brûlés, des sols sablonneux et désertique, avec des racines attendant les pelleteuses qui prépareront cette terre pour le festival de soja transgénique qui dévaste notre pays.

Nous entrons – à nouveau par derrière – dans l’Hôpital de Castelli, qui est supposé s’occuper de 90 ou 95 pour cent des aborigènes de tout l’Impénétrable. Ce que je vois là moi frappe la poitrine, les tempes, les yeux : au moins deux douzaines d’êtres dans des conditions définitivement inhumaines. Ils ressemblent à des ex personnes, avec à peine de la peau sur les os, des corps comme ceux des camps de concentration nazis.

Une femme de 37 ans qui pèse moins de 30 kilos paraît en avoir plus de 70. Elle ne peut pas lever les bras, elle ne comprend pas ce qu’on lui demande. Cinq mètres plus loin une ancienne (ou cela y ressemble) est à peine un petit tas d’os sur un lit déglingué. L’odeur rance est insupportable, les mouches grasses paraissent être la seule chose saine, il n’y a pas de médecins en vue et il règne un épais silence, lourd et accusateur, comme celui des parents qui attendent près des lits, ou assis sur le sol du couloir, aussi ici, sur des couvertures crasseuses, calmes comme celui qui attend la Mort, cette condamnation qui, en plus, ici tarde à venir.

Je sens une nouvelle et croissante fureur, une impuissance absolue. Je demande à une jeune infirmière qui nettoie un meuble si c’est toujours ainsi. « Toujours », me répond elle en se relevant avec un chiffon sale dans la main, « bien que dernièrement ils en ont sorti beaucoup, depuis qu’a commencé à venir la télé ».

Elle est mince et un visage de bonne personne : on lui voit davantage de résignation que de ressentiment. Ils sont 44 infirmiers dans tout l’hôpital mais ils ne suffisent pas pour les trois tours. Ils travaillent huit heures par jour cinq jours par semaine et les universitaires perçoivent autour de mille pesos (250 euros) , et les contratuels moins de 600, comme elle. Les jours de pluie, celle-ci entre par les plafonds et ceci est un enfer, dit elle et indique les machimbres putréfiés et les puits noirs saturés qui débordent d’excrément dans les toilettes et les cours. Et tout est lavé avec de l’eau, rien de plus, parce que « nous n’avons pas de javel ».

Je marche par un autre couloir et j’arrive à Obstétrie et Pédiatrie. Là, ils sont tous tobas (indigènes). Une gamine pleure devant son fils, un petit sac d’os bruns avec deux yeux énormes que l’on regarde avec douleur. Un autre jeune dit qu’il ne sait pas ce qu’a sa fille mais il ne veut pas qu’elle meure, bien qu’il soit évident qu’elle est en train de mourir. Il y a une vingtaine de lits dans le secteur et dans touts la même chose : malnutrition extrême, crasse dans les draps, milliers de mouches, désolation et peur dans les regards.

Ensuite nous voyageons une heure et le tableau se fait de plus en plus grotesque. Nous nous arrêtons à Fortin Lavalle, Villa Rio Bermejito, les terres au-delà du Pont La Sirena, les endroits El Colchon, El Espinillo et plusieurs autres. Il y a des dizaines de baraques de boue et de paille, réduits infâmes où s’entassent des familles de l’ethnie Qom (tobas). Toutes, sans exception, dans des conditions sous-humaines.

Ces terres – plus de trois millions d’hectares – ont été vendues avec les aborigènes à l’intérieur. Ils sont plusieurs milliers et sont là depuis toujours, mais ils n’ont pas de titres, de papiers, ni ne savent comment les obtenir. Les amis du pouvoir, eux, oui les ont, et les font valoir. Le résultat est la dévastation de l’ Impénétrable : quand on coupe la forêt, les espèces animales disparaissent, elles s’éteignent. Les êtres humains aussi.

Et bien que quelques bonnes âmes urbaines disent le contraire, et que se scandalisent certains dirigents, dans le maintenant ex Impénétrable du Chaco des mots durs comme extermination ou génocide sont en vigueur.

Défilent devant nos yeux des malades de tuberculose, de Chagas, de lesmaniasis, des enfants qui ont seulement mangé de la farine mouillée dans de l’eau, entourés des chiens maigres et osseux comme leurs maîtres. Ils s’appellent Margarita, Nazario, Abraham, Maria et c’est la même chose. Ils disent presque tous être évangélistes, de l’Assemblée de Dieu, de l’Eglise Universelle, des “pentecopistes” ou des “anglicains”.

Involontairement ironique, j’évoque Yupanqui : “Par-ci, Dieu n’est pas passé”.

À la tombée de la nuit je suis cassé, brisé, et je ne peux que griffoner ces notes, indigné, conscient de leur inutilité. En repartant je vois dans un hameau une affiche déchirée sur le sol : “Avec la force de Rozas, votez liste 651″. Et sur le mur d’un ranch de boue, sûrement infesté de vinchucas (insectes qui transmettent le mal de Changas, NdT), je vois un coeur rouge comme celui des pasteurs médiatiques brésiliens de “Arrête de souffrir”. En dessous il est écrit : “Le Chaco mérite mieux. Votez Capitanich” (en septembre on eu lieu les élections à gouverneur de la province, NdT).

À environ 400 kilomètres de là, le scrutin final des élections avance lentement, nerveusement. Dans un bureau le ministre de la Santé de cette province continuera de nier tout cela, tandis que le gouverneur se prépare à être sénateur et à vivre à Buenos Aires, bien loin d’ici, comme presque tous les législateurs.

Jamais auparavant, le Chaco ni ce pays ne m’avaient fait mal autant.

Mempo Giardinelli, Pagina/12, 25 septembre 2007. Traduction: http://amerikenlutte.free.fr

Pour plus d’info sur le soya en Argentine voir ce vidéo .



Image du jour

29 09 2007

Pour plus d’info sur le soya en Argentine voir ce vidéo .



Qu’est-ce que la Françafrique?

26 09 2007

Voici une courte introduction sur la Françafrique:


Qu’est-ce que la Francafrique ?
envoyé par laVielesGensVoici un plus long vidéo pour en savoir plus:Partie I


De la françafrique à la mafiafrique1/7
envoyé par sur_vivantPartie II


De la françafrique à la mafiafrique 2
envoyé par sur_vivantPartie III


De la françafrique à la mafiafrique 3
envoyé par sur_vivantPartie IV


De la françafrique à la mafiafrique 4
envoyé par sur_vivantPartie V


De la françafrique à la mafiafrique 5
envoyé par sur_vivantPartie VI


De la françafrique à la mafiafrique 6
envoyé par sur_vivantPartie VII


De la françafrique à la mafiafrique 7
envoyé par sur_vivantEt ceci est une entrevue du Dr. Zagbla témoignant que la Françafrique est toujours bien vivante en Côte d’Ivoire.



Image du jour

21 09 2007



Banana Republic – Kenlo

13 09 2007



La «guerre civile» ivoirienne bis

9 09 2007

http://www.sidwaya.bf/photo_30-12-06/cote.jpg Et voici la perspective d’un écrivain sénégalais sur la question ivoirienne:

 

Fractures dans l’ex-empire colonial

Avertissement ivoirien à la « Françafrique »

Une crise politique a éclaté au Togo à l’occasion du coup d’Etat portant au pouvoir, le 5 février, au mépris de la Constitution, M. Faure Gnassingbé. Elle s’ajoute, en Afrique de l’Ouest, à celle de la Côte d’Ivoire, dans laquelle Paris est impliqué et mis en accusation pour les agissements récents des militaires français de l’opération « Licorne ». Lieu central et acteur important des luttes pour le pouvoir dans ses anciennes colonies, la France y est de plus en plus contestée.

Par Boubacar Boris Diop

Selon une idée répandue mais jamais clairement formulée, la culture de la violence a des racines profondes en Afrique. Cet a priori mène tout droit à une lecture raciale des luttes pour le pouvoir sur le continent comme expression de haines ethniques séculaires. Il n’est donc pas étonnant que les médias occidentaux s’obstinent à rendre compte du conflit ivoirien avec leurs clichés. Un chef d’Etat, M. Laurent Gbagbo, présenté comme un être à la fois brutal et roublard, voire un illuminé ; des rebelles « bons communicateurs » et des masses vociférantes de « jeunes patriotes ». Deux semaines après le déclenchement de la rébellion, le 16 septembre 2002, le ministre français des affaires étrangères, M. Dominique de Villepin, en proposait le mode d’emploi aux sénateurs de son pays : « La crise en cours s’appuie sur des éléments traditionnels. La mosaïque ethnique et religieuse que constitue la Côte d’Ivoire, marquée notamment par un clivage Nord-Sud, est en crise depuis la disparition d’Houphouët-Boigny. » Autrement dit : « Mesdames et messieurs, c’est toujours pareil dans notre bon vieux chaos africain. »

A ce compte-là, tout se vaut, et une situation choquante – la partition d’un pays important et la légitimation d’une rébellion armée – devient presque acceptable. Et, s’il est essentiel de dénoncer les ravages du discours ethniciste en Côte d’Ivoire (1), on ne doit pas se laisser fasciner par ses seuls effets, aussi spectaculaires et blâmables soient-ils. Occulter la dimension « françafricaine » des conflits conduit à une impasse. La Côte d’Ivoire n’en est pas là juste parce que Dioulas et Bétés ont découvert qu’ils ne peuvent plus vivre ensemble. En vérité, Paris reste un lieu central – et de moins en moins secret – de la crise.

Les intérêts français représentent un tiers des investissements étrangers et 30 % du produit intérieur brut (PIB) ivoirien (2). Depuis 1960, grâce à des contrats léonins, les sociétés françaises rapatrient 75 % de la richesse produite. En 1994, le président Henri Konan Bédié, successeur désigné de Félix Houphouët-Boigny, tente de corriger ces anomalies par la rétrocession de contrats d’exportation de café et de cacao à des géants américains et d’une licence de prospection de pétrole à la compagnie américaine Vanco : il sera destitué par un coup d’Etat, fin 1999.

M. Gbagbo cherche, lui aussi, à desserrer l’étau des entreprises françaises, dans un pays où Saur, EDF, Orange et Bouygues contrôlent les transports, l’eau, l’électricité et les voies de communication, tandis que la Société générale, la BNP et le Crédit lyonnais dominent le secteur bancaire. Une ouverture des marchés à la concurrence internationale a été amorcée : pour le troisième pont d’Abidjan et l’aéroport de San Pedro, Bouygues se révélait nettement moins compétitif que les Sud-Africains et les Chinois. Et la découverte d’un important gisement de pétrole à Jacqueville n’a pas été de nature à calmer les nerfs. Les pressions sur M. Gbagbo – soupçonné de vouloir se rapprocher des Etats-Unis – ont été si fortes qu’il a dû reculer fin 2004 et confirmer certains contrats français (3).

Nombre d’intellectuels africains se contentent d’instruire, par mimétisme, le procès du président. Pourtant, M. Gbagbo a fait de la Côte d’Ivoire un endroit dangereux pour les opposants, les étrangers et les journalistes. En mars 2004, une marche pacifique a été réprimée dans le sang : les Nations unies, dénombrant 120 morts, ont accusé le régime de graves violations des droits humains. Le 4 novembre 2004, en prélude aux attaques contre le QG des Forces nouvelles à Bouaké, le siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et celui du Rassemblement des républicains (RDR) ont été incendiés en même temps que ceux de trois journaux « mal-pensants ». Des « escadrons de la mort » ont ouvert un injustifiable cycle d’exécutions extrajudiciaires. On a cependant le sentiment d’une indignation sélective : comme le président zimbabwéen Robert Mugabé, M. Gbagbo semble surtout montré du doigt pour s’en être pris aux intérêts d’un pays occidental.

Mais si les émeutes de novembre 2004 n’ont pas arrangé ses affaires, elles n’en sont pas moins en train de changer le visage du conflit. En quarante ans de compagnonnage postcolonial, c’est la première fois que des vies de citoyens français sont menacées en Afrique à une si grande échelle. On s’était résigné à voir des Africains s’entretuer. La détresse de citoyens débarquant en pleurs à Roissy a presque fait oublier que des soldats français ont tué des civils ivoiriens dans leur pays ; et qu’un président étranger – M. Jacques Chirac – a donné l’ordre de détruire la flotte aérienne d’un Etat souverain pour rassurer 15 000 de ses compatriotes et venger la mort de neuf soldats.

Bref, même les plus sceptiques se voient forcés de reconnaître que Paris est un acteur important des luttes pour le pouvoir dans ses anciennes colonies. La France avait l’habitude d’agir en coulisse : les événements d’Abidjan l’ont contrainte à le faire à visage découvert. Il est tragique que des civils français, qui n’étaient pour rien dans la politique de leur gouvernement, aient dû payer cette clarification d’un prix si élevé. Les Africains ont pu découvrir à cette occasion que le roi était nu. Une forte présence militaire n’a pas permis à l’Etat français de garantir la sécurité de ses ressortissants dans son pré carré. Acculé à la défensive, il s’est empêtré dans des dénégations peu convaincantes.

Paris en position d’accusé

Dans son audition au Sénat le 4 octobre 2002, M. de Villepin a admis à mots couverts que les rebelles n’avaient pas agi seuls. « La situation, a-t-il dit, a évolué de telle sorte que des interrogations se sont fait jour sur d’éventuelles complicités ou soutiens extérieurs. » Quand il s’agit de la « Françafrique », un ministre français des affaires étrangères sait de quoi il parle. Chaque mot compte. Chaque silence aussi : il oublie d’ajouter que son pays est fortement soupçonné d’avoir financé la rébellion. La France, jusqu’ici souveraine dans « son » Afrique, se trouve en position d’accusée.

Les brefs accrochages du 7 novembre 2004 entre Forces armées nationales et soldats de l’opération « Licorne » n’ont pas d’intérêt militaire. Il serait toutefois imprudent d’en sous-estimer la charge symbolique. Même avant ces émeutes, et bien qu’elle agisse sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, « Licorne » était perçue comme une force d’occupation. La brutalité de sa riposte l’a confirmé, envoyant comme un signal, y compris aux autres Etats-clients du pré carré. Le poids de l’histoire peut trop facilement donner à ses jeunes soldats le sentiment d’être en garnison chez quelque peuplade des marches de l’Empire. Et si les chefs d’Etat africains – grands démocrates, comme chacun sait – ont pris fait et cause pour l’Elysée, il y a eu dans les pays francophones une condamnation énergique de ce qui devenait une sanglante expédition coloniale.

Déjà en janvier 2003, le Forum social africain d’Addis-Abeba avait averti : « Si elle persiste dans sa logique impériale actuelle, la France risque de multiplier les interventions militaires sur le continent au cours des prochaines années. (…) A la lumière du génocide rwandais de 1994, de la guerre civile du Congo en 1997 et des conflits en cours en Centrafrique et en Côte d’Ivoire, il est urgent pour les Etats africains francophones de réévaluer leurs relations avec l’ancienne puissance coloniale. »

La tournure prise par la crise ivoirienne devrait inciter les électeurs français à demander à qui de droit : que fait notre armée en Côte d’Ivoire ? Presque comique, la réponse habituelle des autorités françaises est néanmoins acceptée par une société prompte à gober le prêt-à-penser de ses dirigeants. Le Français moyen semble persuadé que 3 800 de ses soldats se trouvent en Côte d’Ivoire pour des raisons éthiques : sans eux, des gens à la machette facile auraient détruit leur propre pays. Certains invoquent le précédent rwandais, en oubliant au passage les responsabilités de la France dans le génocide de 1994 (4).

La Côte d’Ivoire a pour le gouvernement français – et certaines multinationales – une importance capitale. Ce n’est pas par amour de la paix que les éléments de « Licorne » y sont trois fois plus nombreux que ceux de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Cette force est pléthorique et lourdement équipée pour la protection de quelques milliers de personnes, dont le rapatriement massif a été curieusement exclu dès le début de la crise. Il est essentiel pour Paris de rester dans le jeu, même au prix de quelques victimes françaises.

Les gouvernements français, de gauche et de droite, ont toujours eu les mains libres dans l’ex-empire colonial. D’où des meurtres politiques ciblés, le pillage en règle des ressources et le soutien à des dictatures sanguinaires. Jusqu’ici, cela se faisait dans l’ombre. La fusillade de novembre 2004 s’est produite, elle, au grand jour.

En moins d’un an, la France a été mise en cause dans les termes les plus virulents par le président rwandais Paul Kagamé et par M. Gbagbo. Ce n’est pas un hasard. S’agissant de la Côte d’Ivoire, de nombreux signaux auraient dû être correctement interprétés depuis longtemps. Le sentiment antifrançais n’y est pas apparu en novembre 2004. Le lycée Jean-Mermoz et le Centre culturel français avaient été saccagés une première fois en mai 2004 ; un journaliste de Radio France internationale (RFI), Jean Hélène, a été assassiné le 21 octobre 2003, et un second, Guy-André Kieffer, est porté disparu depuis le 16 avril 2004 ; l’ambassade et le 43e BIMA (bataillon d’infanterie de marine) ont été plusieurs fois assiégés.

Tout cela est parti des accords signés à Linas-Marcoussis le 24 janvier 2003. Le gouvernement français, qui les a parrainés, a, au moins dans la forme, fait preuve d’arrogance. Peut-on réunir toute la classe politique d’un pays souverain dans un gymnase de banlieue et faire diriger les travaux par un simple fonctionnaire parisien ? Quel chef d’Etat ayant un peu de fierté pourrait accepter que l’on nomme un premier ministre, M. Seydou Diarra, même jugé neutre et plutôt respecté, hors du territoire national, et que l’on impose la promotion de chefs rebelles comme ministres de la défense et de l’intérieur ?

Depuis, les choses sont allées de mal en pis. Le mépris pour le sentiment national ivoirien a fait multiplier les maladresses. On a entendu M. de Villepin déclarer, après une rencontre avec M. Gbagbo : « J’ai demandé au président de renvoyer les mercenaires et de clouer ses avions au sol. » Ce qu’un journaliste français a résumé avec désinvolture : « De Villepin est allé remonter les bretelles à Gbagbo. »

Le résultat de ces provocations est désastreux. Les Français de Côte d’Ivoire en sont réduits à se demander : pourquoi ? Il leur sera difficile de se faire à l’idée de vivre la peur au ventre dans leur seconde patrie. On les a un peu oubliés, en France, après l’émotion des premiers moments. Peut-être seront-ils sacrifiés sur l’autel du réalisme. En temps « normal », M. Gbagbo aurait été liquidé ou chassé du pouvoir par un putsch cousu main. Cette option comporte désormais des risques. Les troubles d’Abidjan sonnent-ils le glas de la « Françafrique » ? Il serait bien naïf de l’imaginer. Pourtant, on aurait tort de n’y voir qu’un accident isolé. De telles émeutes peuvent survenir de nouveau dans nombre d’anciennes colonies françaises.

En Afrique, l’exaspération grandit, et le président ivoirien sait en jouer. M. Gbagbo ne fait pas rêver : personne ne s’aviserait de le prendre pour Sankara ou Lumumba. Il traîne le handicap d’être un président mal élu. Mais son talon d’Achille reste le climat de xénophobie encouragé qui fausse la lecture politique du conflit. S’il y a une volonté réelle de rupture avec le modèle néocolonial, il est essentiel pour sa crédibilité que soient définitivement soldés les comptes de l’« ivoirité » : le panafricanisme de Kwame Nkrumah et Cheikh Anta Diop est avant tout un humanisme.

On ne fera pas croire à certains Ivoiriens que leur président est un héros romantique venu leur apporter la liberté : ils ont affaire à un politicien retors et expéditif. Mais, s’il a pu retourner la situation en sa faveur, c’est qu’il s’est montré plus pugnace que la plupart de ses pairs. La Côte d’Ivoire n’est plus un territoire d’outre-mer. C’est un pays attaqué par des hommes en armes. Il n’est pas surprenant que son président veuille les faire revenir dans la légalité républicaine. N’importe qui à sa place aurait exigé le désarmement des rebelles.

Parce que M. Gagbo a le droit pour lui, l’exercice consistant à le diaboliser présente des limites. On peut aussi douter de l’autorité morale de ses censeurs, guère émus par l’implication de leur pays dans le génocide rwandais. Onze ans après, Abidjan et Bouaké sont de sanglants théâtres d’opérations pour l’armée française. Les médias français choisissent de traiter ce scandale comme un gros fait divers. Le refus de regarder la réalité en face est symbolisé par l’absence d’images du « nettoyage » de la capitale par les éléments de « Licorne ». Ces scènes effroyables que l’on n’a pas vues à Paris, les Ivoiriens, eux, ne les oublieront jamais. Même dans la « Françafrique », le temps du crime parfait est peut-être révolu.

Boubacar Boris Diop.

(1) Lire Colette Braeckman, « Grande fatigue des Ivoiriens », Le Monde diplomatique, septembre 2004.

(2) Lire Bernard Ahua, « La France se taille la part du lion dans l’économie ivoirienne », Manière de voir n° 79, « Résistances africaines », janvier-février 2005.

(3) Avec Bouygues pour la rénovation du terminal conteneurs du port d’Abidjan, et la Société de distribution d’eau, filiale de la Saur, pour la concession d’accès à l’eau potable jusqu’en 2007.

(4) Lire L’Etat français et le génocide au Rwanda, coordonné par Laure Coret et François-Xavier Verschave, Karthala, Paris, 2005.



La «guerre civile» ivoirienne

9 09 2007

Carte de l'AfriqueJe vous présente ici un article du Dr. Emmanuel Tano Zagbla, ivorien d’origine, à propos de la guerre civile ivoirienne:

POURQUOI ENCORE LA FRANCE ?

Chers compatriotes,

Je viens encore une fois vous livrer mes sentiments quant au dénouement de la crise dans notre cher Pays. La situation actuelle me semble être guidée d’une folie politique extraordinaire. En voici les motifs.

Au lendemain du Coup d’Etat manqué du 19 Septembre 2002, j’étais l’un des premiers à indexer la France comme l’auteur de ce coup. Les gestes de la Chiraquie et de ses mendiants africains vont alors se dessiner : de l’Etat Major Tactique implanté au milieu du pays par l’armée française jusqu’à l’accouchement des fameux accords de Linas Marcoussis me donneront raison . Le refus des autorités françaises d’appliquer les accords de coopération militaire marquait l’évidence du parrainage de la France vis-à-vis de ce qu’on se précipitait à qualifier comme une crise Ivoiro- Ivoirienne.

Cette guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, abondamment expliquée par notre très digne et respecté Président de l’Assemblée Nationale, Prof. Mamadou Koulibaly, doit porter chaque Ivoirien à réfléchir quant au retard accumulé par notre pays dans sa coopération avec la France. Avec la guerre qu’elle nous mène depuis Septembre 2002, nous comprenons aisément que notre pays n’a jamais eu un vrai partenaire au développement.

Et pourquoi allons-nous continuer à rêver lorsqu’on nous propose de belles paroles vidées de leur vrai sens comme partenaires au développement, bailleurs de fonds, aides au développement, etc. Où puise-t-on cet argent pour nous aider ? Que signifie le terme développement pour les Ivoiriens ?

En premier lieu, nous avons le devoir du respect envers nos Institutions, en cherchant de renforcer leurs capacités décisionnelles. Celà signifie que nous devons appuyer nos institutions lorsqu’elles s’engagent à améliorer les conditions de vie de la population. Lorsqu’on aura suffisamment à manger dans notre pays, que tous les habitants pourront se faire soigner dans les hôpitaux , dispensaires, et n’importe quel centre de santé, et que nos enfants seront tous inscrits dans les écoles, alors on pourra aussi parler de développement. Nous avons tous les moyens de notre développement ; malheureusement notre mentalité fait défaut ! Et pourtant, nous n’avons pas besoin des grandes puissances pour changer cette mentalité déficitaire envers notre pays, notre Peuple. Nous devons être moins dépendants des autres. Nous avons la chance d’avoir un pays riche en matières premières. La primauté de l’intérêt national doit inspirer toutes nos actions si nous voulons bâtir une Nation respectée et digne. Il faudrait que nous levions de la tête nos complexes du passé vis-à-vis de la « mère Patrie ». Nous avons assez de ressources nous permettant de traiter directement avec toutes les puissances étrangères dans tous les domaines sans devoir faire recours aux autres, surtout ceux qui cherchent à freiner notre épanouissement. Ainsi, si nous saurions faire bon usage des expériences acquises depuis le 19 Septembre 2002, notre pays s’en sortirait sans devoir subir d’autres humiliations, d’autant que nous aspirons à une émancipation dans tous les domaines, surtout économique. Ainsi, avons-nous le devoir de nous libérer définitivement du « Pacte Coloniale » , en formulant de nouvelles bases pour notre système économique.

Beaucoup ont rapidement oublié les fondements de la crise que traverse notre pays ; évitons d’évoquer des arguments qui n’ont rien à voir avec le rétablissement de la PAIX.

Je le disais depuis longtemps qu’il n’y aura pas d’élection en Côte d’Ivoire, du moins tant que la Chiraquie sera aux affaires en France. Nous avons qu’à convaincre les rebelles ivoiriens à rentrer dans la République, afin qu’ensemble, nous menions la guerre de libération de la Côte d’Ivoire.

Au lendemain de la barbarie devant l’Hôtel l’Ivoire, c’est-à-dire la massive tuerie d’Ivoiriens aux mains nues par l’armée française, je ne croyais pas qu’on allait revenir en arrière dans notre combat pour l’émancipation.

Certains frères et amis de part le monde voudraient bien savoir si nous avons une dignité en Côte d’Ivoire! Je me suis déjà posé cette question après avoir lu le programme de la visite de notre Premier Ministre en France (KONAN BANNY). Sans faux fuyant, je suis très déçu de l’orientation du PM quant à sa politique étrangère. Les Ivoiriens ne peuvent pas accepter aussi facilement ce retour dans les bras de la France. Cette France qui n’a que deux choses à faire dans notre pays: désarmer ses rebelles et retirer du sol Ivoirien toute son armée. Voilà le contenu du discours que le PM devrait livrer à la Chiraquie durant sa visite à Paris.

En se jettant à nouveau dans les bras de la France, le PM efface d’un seul coup tout les acquis du Peuple Ivoirien: l’émancipation par le sang versé par des milliers de compatriotes assassinés par la France et son armée. Comment peut-on oublier aussi facilement ces méfaits? Les Ivoiriennes et les Ivoiriens sont morts inutilement? Avec toutes les matières premières que nous avons, il ne serait pas aussi difficile de trouver un autre partenaire plus fiable. Et pourtant, notre Premier Ministre a de grandes compétences en matière économique. Il doit se valoriser dans ce sens, en créant une Banque Centrale de Côte d’Ivoire. Et oui, Mr Banny peut maintenir le plus longtemps possible son poste de Premier Ministre s’il le désire, à la seule condition qu’il mette en place un mécanisme portant création de la Banque Centrale de COTE D’Ivoire. Et d’ailleurs, c’est tout ce que les Ivoiriens demandent : l’émancipation du pays avec ses propres structures. On ne peut pas créer les conditions de développement avec l’actuel système monétaire axé sur le Franc CFA. La résolution de la crise ivoirienne doit être globale et définitive. Ceci dit, il y a deux voies à suivre :

- Entamer des discussions franches et sincères avec les autorités françaises portant sur la dénonciation des accords du Pacte Colonial ;

- Créer une monnaie nationale ivoirienne pour relancer notre économie. Voilà ce que doivent faire tous ceux qui aiment sincèrement la Côte d’Ivoire. Il est temps qu’on travaille pour nous et pas pour les autres.

Quant à la querelle autour du désarmement et de l’identification, je voudrais dire tout simplement que la présence massive de militaires de l’ONUCI et de la force Licorne dans notre pays devrait être une garantie pour initier le désarmement avant l’identification. C’est une question de logique, mais surtout de dignité pour les Ivoiriens. Malheureusement, nous sommes en train de perdre trop de temps avec ces arguments qui n’ont rien à voir avec la résolution de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire.

 

Dr. EMMANUEL TANO ZAGBLA –

ezagbla@yahoo.com

 

(Avant le voyage du PM Konan Banny à Paris)



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9 09 2007

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31 08 2007

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Film de la semaine

18 08 2007


Sur le même sujet, la situation actuelle au Nigeria:
On the same subject, the present situation in Nigeria:



L’eau en bouteille de Pepsi, Aquafina, est de l’eau du robinet

1 08 2007

http://www.mullinscenter.com/uploads/Dasani%20Image.jpgDasani de Coke et Aquafina de Pepsi sont en fait que de l’eau du robinet passé par un filtre comme un Brita (osmose inverse). Pepsi viens de l’admettre: http://aquafina.com/Aquafinapurificationdiagram.pdf. Les étapes 1 à 3 et 7 sont exactement les mêmes étapes que celles déjà appliquées à l’eau du robinet et les étapes 4 et 5 sont simplement un filtre Brita.

Voici un vidéo en anglais donnant plus de détailles: http://play.rbn.com/?url=demnow/demnow/demand/2007/aug/video/dnB20070801a.rm&proto=rtsp&start=15:03



«Produit du Canada»… mais cultivé en Inde

31 07 2007

http://www.abbyshot.com/newsletters/photos/made-in-canada.jpgSaviez-vous que les petits concombres marinés (dill pickles) et une foule d’autres produits qui portent la mention «Produit du Canada» n’ont pas nécessairement été cultivés ici, mais parfois en Chine, en Inde, en Thaïlande ou ailleurs?

La fin de l’article se trouve ici.



Argentine, le soja de la faim (OGM) (arte)

24 07 2007




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