Paradis fiscal 101

24 01 2008

text de Benoît Perron repris de la Tribu du Verbe (le texte a depuis été enlevé mais peut être accédé via l’archive internet):

http://linsubversible.blog.lemonde.fr/files/les_paradis_fiscaux_en_2003_4.jpg

(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Ça dure depuis l’Antiquité – L’évasion est illégale mais pas l’évitement

Présent au Québec depuis quelques années, Sovereign offre une formation complète sur les paradis fiscaux par l’entremise d’annonces placées régulièrement dans La Presse et Les Affaires. En association avec le Groupe Forsythe International Inc., les journées de formation se déroulent soit à l’Hôtel Crown Plaza à Montréal ou à l’Hôtel des Gouverneurs de l’Île Charron à Longueuil. Coût de la formation : 150 $ plus taxes. Désireux d’en savoir davantage, j’ai composé le numéro de téléphone apparaissant au bas de l’annonce et c’est le directeur général Jacques Lépine en personne qui m’a répondu.
Je lui ai demandé s’il m’était possible d’assister à la formation qu’il offrait prochainement à l’Hôtel des Gouverneurs à titre de journaliste. Embarrassé, il m’a répondu que la présence dans la salle d’un journaliste pourrait indisposer certains de ses clients. Devant le mutisme de rigueur dans ce milieu cloîtré, j’ai dû revoir ma tactique. Quelques semaines plus tard, j’ai repris contact avec Lépine non pas en tant que journaliste mais en tant qu’investisseur potentiel. Sa réponse fut nettement plus favorable.

Jacques Lépine est consultant et directeur général de la firme Sovereign Company Services (Canada) Ltd de Saint-Léonard depuis trois ans. Il est détenteur d’un MBA (Maudit Baveux en Affaires, dixit Michel Chartrand). Avant de joindre les rangs de Sovereign, il dirigeait la International Company Services (USA) Ltd, une entreprise spécialisée dans les conseils professionnels sur l’évitement fiscal dans des paradis fiscaux.

Sovereign possède des bureaux un peu partout dans le monde : Îles Vierges Britanniques, Canada, République Tchèque, Gibraltar, Hong Kong, Irlande, Île de Man, Japon, Portugal, Russie, Espagne, Afrique du Sud, Îles Turks et Caïcos, Royaume-Uni, États-Unis et Grèce.

Tout ce que vous n’avez jamais osé demander sur les paradis fiscaux

Je me suis donc rendu tel que convenu à l’Hôtel des Gouverneurs de Longueuil par un magnifique jeudi ensoleillé suivre une formation authentique sur les paradis fiscaux. Après avoir acquitté les frais de 150 $ et m’être fait remettre des notes de cours d’une centaine de pages (en anglais et en français) intitulées Tout savoir sur les paradis fiscaux, j’ai pris place parmi un groupe d’environ 40 personnes.

Après s’être présenté, Jacques Lépine fait un tour de salle, question de mieux connaître les gens présents dans la salle. 75 % des gens présents sont des comptables venus écouter l’Oracle leur refiler les meilleurs tuyaux pour sortir l’argent du pays en toute légalité, tuyaux qu’ils factureront ensuite grassement à leurs meilleurs clients. Le reste est composé d’avocats, de fiscalistes et de quelques hommes d’affaires qui éviteront soigneusement de se nommer. Selon Lépine, la plupart des gens qui assistent à ses formations sont des comptables.

D’entrée de jeu, Lépine fait une mise en garde. Il ne veut pas inciter personne à faire de l’évasion fiscale (illégale) mais nous informer sur les paradis fiscaux qui existent dans le monde, comment y avoir accès, y faire des affaires en minimisant les impacts fiscaux de nos transactions grâce à l’évitement fiscal (légal). Lépine mentionne, pour mieux nous rassurer, que toutes les banques canadiennes sont installées dans des paradis fiscaux par l’entremise de filiales « off shore ».

Suivez l’exemple de Paul Martin

Les conseils qu’offre Lépine visent à exploiter les failles dans la loi anti-évitement canadienne et permettent à des margoulins de sortir leur argent du pays en toute impunité de façon légale. Pour Lépine, il est plus facile de sortir du fric du Canada que de le sortir de la France, parce que nos lois sont plus floues. Au Canada, pour éviter d’attirer l’attention du fisc, il faut faire des placements corporatifs avec motif commercial dans une corporation « off shore » (International Business Corporation ou IBC). C’est l’arme absolue de l’évasion fiscale et elle offre une confidentialité en béton pour les capitaux flottants d’origine douteuse ou mafieuse. Cependant, il importe de ne pas faire affaire dans le paradis fiscal avec une banque canadienne « off shore » pour éviter des pressions politiques pour retracer l’origine de l’argent douteux.

Toutes les raisons sont bonnes pour créer une IBC : investissement, location, gestion de portefeuille, import-export, assurances, brevets, holdings, expédition, etc. Dans ce dernier cas, Lépine cite comme exemple le ministre canadien des Finances Paul Martin qui utilise une IBC dans un paradis fiscal (Bahamas) pour éviter l’impôt sur sa flotte de navires, la Canada Steamship Lines. Pour Lépine, si Paul Martin le fait, c’est que cela doit être légal. À savoir si c’est moral, c’est une autre affaire.

Le fisc a l’œil sur les lettres en provenance des Bahamas

Un comptable dans la salle se lève et pose la question suivante à Lépine : lui est-il possible de devenir citoyen des Îles Turks et Caïcos tout en restant citoyen canadien pour ainsi pouvoir revenir à sa guise au Canada pour profiter de ses soins de santé exceptionnels et de sa qualité de vie, car il ne désire pas prendre toute sa retraite dans ce paradis fiscal ? Pour 50 000 $ US, Lépine peut vous procurer une seconde citoyenneté dans n’importe lequel paradis fiscal de votre choix et cela en un peu plus de 24 heures, et tout est légal.

Un homme d’affaires présent dans la salle demande à Lépine comment il pourrait s’y prendre pour « brouiller les pistes » au fisc canadien pour son IBC incorporée au Liechtenstein. L’homme a déjà séjourné trois mois dans ce paradis fiscal mais il ne s’y plaît pas et préfère vivre au Québec tout en ne payant que moins de 5 % d’impôts. Lépine lui a suggéré de venir le rencontrer à son bureau pour une consultation à 300 $ l’heure. Un détail pour quelqu’un qui ne paie presque pas d’impôts au pays. Pour des montages financiers plus complexes, Lépine fait affaire avec Me Marcel Racicot, avocat chez Desjardins, Duchesnes, Stein et Monast. Pour la constitution de fiducies « off shore », c’est l’avocate Ginette Méroz (présente lors de la formation) qui prend la relève.

Les services offerts par Lépine sont très nombreux, mais les plus prisés sont : création d’une fiducie active ou passive (2000 à 3000 $ US), création d’une corporation «off shore » (2000 $ US), ouverture d’un compte « off shore » (500 $ US), devenir un directeur nominal (nominees agent) ou agent de correspondance (750 $ US).

Le paradis terrestre, c’est un paradis fiscal

Lépine conclut la formation en jurant, la main sur le cœur, qu’il est là pour offrir des services internationaux et non pour juger de ce qui est bien ou mal pour ce qui est de placements ou d’investissements étrangers. Ponce Pilate a dit sensiblement la même chose il y a 2000 ans, en pleine décadence.

J’ai quitté l’Hôtel des Gouverneurs en état de transe, la tête remplie de projets. Désormais, je pourrais moi aussi utiliser le système en toute impunité, légalement et jouir d’une retraite dorée à 40 ans. Liberté 55, c’est pour les paumés. Il suffit d’avoir le fric et les contacts et faire comme tous les autres margoulins dont le seul objectif est de prendre l’oseille et de se tirer ! Pendant 2000 ans, et question de nous garder sous sa tutelle, l’Église nous a promis le paradis à la fin de nos jours. Une fadaise. L’Oracle Lépine m’a promis un paradis fiscal sur le champ, la culpabilité en moins. Pour ce qui est de la morale… enfin !

Loin des yeux, loin de l’impôt

Jacques Lépine définit le paradis fiscal comme étant un pays, qu’il soit sur un continent ou sur une île, où les impôts sont tenus au niveau zéro ou à un niveau très bas. Les paradis fiscaux existent depuis l’Antiquité mais se sont surtout développés à partir de 1945. Les grands États y voyaient l’occasion de faciliter certaines opérations, tandis que les petits États y voyaient le moyen d’attirer des capitaux. L’expression «off shore » (loin du rivage) est utilisée par analogie avec les bateaux qui, hors des eaux territoriales américaines, permettaient de boire et de jouer en paix au temps de la prohibition (1920-1930). D’ailleurs, c’est durant cette période que naissent des paradis fiscaux pour des motifs économiques, destinés à soustraire les fortunes privées à l’impôt: Île de Man, Bahamas, Liechtenstein, Suisse, Luxembourg, etc. Un bon paradis fiscal doit garantir trois choses : un excellent secret bancaire, une fiscalité très basse (moins de 5 %) ou inexistante et une excellente protection juridique (le paradis fiscal ne doit pas reconnaître les crimes commis en dehors de sa principauté).

Une deuxième citoyenneté dans les vingt-quatre heures

Selon le gourou Lépine, les paradis fiscaux ne veulent pas l’argent sale issu du trafic de drogue et des armes, mais acceptent volontiers l’argent provenant de l’évasion fiscale en toute confidentialité. Cependant, pour profiter pleinement d’un paradis fiscal, certaines précautions doivent être prises. Celui qui incorpore une compagnie enregistrée dans un paradis fiscal (qui n’est en réalité qu’une vulgaire boîte aux lettres) doit s’assurer que la correspondance postale n’est pas envoyée à son adresse postale au Canada. Lépine mentionne que dans les années 80, le gouvernement canadien avait demandé à ses fonctionnaires postaux d’ouvrir toutes les correspondances en provenance des Bahamas, de refiler les noms à Revenu Canada, de refermer les enveloppes et de les expédier à leur destinataire canadien. Puis Revenu Canada a attendu la période des impôts pour voir quels contribuables effectueraient de fausses déclarations d’impôt.



Image du Jour: les États Big Brother.

20 01 2008

États Big Brother

cliquez sur l’image pour l’agrandir

Source: http://www.privacyinternational.org/article.shtml?cmd%5B347%5D=x-347-559597 



Introduction aux agences d’assurance-crédit à l’exportation: Création de risque, génération de dette et garantie de destruction de l’environnement.

13 12 2007

EDCanada

repris de ECA-Watch:

« Il existait une vive inquiétude parmi les membres de la Task Force face au manque de normes environmentales appliquées aux activités de développement des agences bilatérales de prêts commerciaux et de crédit. A quelques exceptions notables près, les exigences concernant l’évaluation environnementale imposées aux agences d’aide bilatérales des membres du Comité d’aide au développement ne s’appliquent pas aux branches commerciales du financement gouvernemental bilatéral. Pratiquement chaque membre a cité des exemples où le manque de planification environnementale adéquate dans les projets financés par de telles organisations avait crée des problèmes écologiques et sociaux significatifs. L’avis était que les dommages environmentaux résultant de telles entreprises étaient beaucoup plus importants que les dommages crées par un manque de cohérence parmi les bailleurs de fonds bilatéraux. » (OECD Development Assistance Task Force Report : Coherence in Environmental Assessment Practical Guidance on Environmental Assessment for Development Co-operation Projects, May 1996).

L’impact des Assureurs-Crédit sur le développement et l’environnement…

Alors que nombre de citoyens connaissent les institutions globales célèbres telles que l’Organization Mondiale du Commerce, peu connaissent les organisations plus obscures, mais d’influence égale, connues sous le nom d’agences d’assurance-crédit à l’exportation (Assureurs-Crédit). Les Assureurs-Crédit des grands pays industrialisés pourraient maintenant être considérés comme la catégorie d’institutions publiques la plus importante au monde de la finance internationale. Depuis quelques années les Assureurs-Crédit des pays appartenant à l’Organisation pour la Coopération et le Développment Economique (OCDE) tels que les Banques d’import-export des Etats-Unis et du Japon, Hermes guarantee en Allemagne, la COFACE en France et SACE en Italie ont subventionné presque 10% du commerce mondial, approchant une valeur annuelle de 500 milliards de dollars en exports soutenus par des prêts, des garanties et des assurances gouvernementaux. Les prêts à plus long terme et les garanties des Assureurs-Crédit de l’OCDE ont été multipliés par quatre entre 1988 et 1996, de 26 milliards de dollars à 105 milliards de dollars par an. Plus de la moitié de ces prêts et garanties, au moins 50 milliards de dollars par an, a été affectée à des projets d’infrastructure importants dans des pays en voie de développement, plus que la totalité des fonds investis par toutes les agences d’aide bilatérale et multilatérale. Un nombre significatif de ces projets tels que les barrages et les installation de production d’énergie de grande envergure, les activités minières, les routes dans des forêts vierges tropicales, les oléoducs, les installations chimiques et industrielles, les projets de sylviculture et de plantation pour n’en parler que de quelques-uns uns, ont des impacts sociaux et environnementaux très graves. Pour la plupart les Assureurs-Crédit n’ont aucun mandat de développement ni d’obligations en ce sens, cependant ils constituent la plus grande partie de la dette dans les pays en voie de développement, soit en 1996 quelque 24% de la dette totale et 56% de la dette auprès des agences officielles.

Les Assureurs-Crédit manquent de politiques et de standards communs de base dans les domaines environnementaux et sociaux… Comme l’indique les conclusions du rapport de OCDE cité ci-dessus, il existe un contraste frappant entre les politiques des Assureurs-Crédit –orientées presque exclusivement vers la promotion des exportations ­– et celles des agences d’aide au développement et des banques multilatérales de développement, telles que le Groupe de la banque mondiale. Tandis que les agences d’aide bilatérale et les banques multilatérales de développement ont adopté des procédures environmentales et sociales détaillées, la plupart des Assureurs-Crédit et des agences publiques d’assurance ont peu, et souvent aucunes, normes dans ces domaines. Par conséquent, les mêmes pays qui ont approuvé des politiques environnementales et sociales pour leurs agences d’aide et pour le Groupe de la banque mondiale, les subvertissent à travers leurs agences d’assureurance-crédit.

La création de risque dans une course vers le fond…Les Assureurs-Crédit se font une concurrence acharnée, et sont rapides à soutenir des projets que d’autres banques de développement et même d’autres Assureurs-Crédit ont refusé pour des raisons environmentales ou sociales. Ceci mène à ‘une course vers le fond’ qui encourage l’absence ou l’abaissement des normes. L’exemple le plus connu est celui du barrage chinois des Trois Gorges, où en 1996, les Assureurs-Crédit allemand, suisse et canadien se sont fait la course pour financer un projet que la Banque mondiale et la Banque américaine d’import-export avaient refusé de soutenir à cause de problèmes environnementaux. Actuellement une opposition croissante en Chine appelle à la réduction et même à l’arrêt de ce projet gigantesque dont les coûts de construction dépassent les plusieurs milliards de dollars et mènera au transfert forcé de 1,8 million de personnes.

Le G8 appelle à l’adoption de normes environnementales communes… Depuis quelques années, des ONGs environnementales, des parlementaires progressifs et quelques gouvernements ont commencé à demander que tous les Assureurs-Crédit adoptent des politiques environnementales et sociales communes. En mai 1999 les ministres de l‘OCDE ont demandé que les Assureurs-Crédit continuent « à renforcer des approches environnementales communes » et rendent compte du progrès achevé lors de la prochaine réunion du Conseil des Ministres au printemps 2000. Le Communiqué du G8 de 1999 est allé beaucoup plus loin, déclarant que «nous travaillerons au sein de l’OCDE vers des directives environnmentales communes pour les agences de crédit à l’export. Nous espérons compléter ce travail pour la réunion du G8 de 2001. »

Mais les Assureurs-Crédit refusent d’entreprendre des actions significatives…Les Assureurs-Crédit de l’OCDE se sont réunis à Paris du 24 au 25 février 2000, en session spéciale sur l’environnement. Elles devaient essayer de trouver un accord au sujet de leurs engagements pour répondre aux exigences des ministres du G8 et de l’OCDE. Dans l’absence d’un contrôle et d’une pression internationale suffisante, cependant, les Assureurs-Crédit semblent chercher des moyens d’éviter des modifications sérieuses de leurs approches. Jusque-là ils n’ont pu se mettre d’accord que sur un échange d’information environnementale au sujet de projets particulièrement désastreux et dans lesquels plusieurs Assureurs-Crédit sont impliqués. Par ailleurs, certains tentent de suggérer que le simple échange d’information et un intérêt symbolique pour les questions environnementales au niveau le plus superficiel constitue « des principes directeurs environnementaux communs ».

ACE en Afrique

Pour en savoir plus sur les ACE en Afrique, cliquez ici.



Corruption flagrante de la Banque Mondiale aux Comores, qui est derrière?

5 11 2007

MAES

(Gauche: la Mission d’assistance électorale et sécuritaire aux Comores de l’Union Africaine (MAES) dirigée par Francisco Madeira du Mozambique; Droite: carte des Comores)

Vous avez-peut-être remarqué dans le fil rss de la Lettre de l’Océan indien dans la barre de droite de ce blogue, il y une semaine environs, une nouvelle à propos des Comores. La lettre de l’Océan indien (cliquez ici pour voir l’article, c’est le premier) rapporte entres autres que la compagnie de construction, Modiaco, du président nouvellement élu en juin dernier, Mohamed Ali Saïd, de l’île de Mohéli (Mwali) «a raflé la plupart des marchés dans l’île financés par la Banque mondiale via le Fonds d’appui au développement communautaire (FADC) dont la directrice régionale pour Mohéli n’est autre que sa cousine Mme Rainati». La Lettre continue pour dire: «Fin septembre, le président Mohamed Ali Saïd est parvenu à confisquer pour sa société le marché de la construction du siège de Comores Telecom à Mohéli, lequel avait pourtant été remporté sur appel d’offres par une firme concurrente, propriété d’un certain Ahmal Maka. Ce dernier a tout d’abord porté le litige devant le tribunal correctionnel de l’île avant de se déjuger. Suite aux pressions du gouvernement local, assorties de menaces précises sur sa société et son emploi (Maka est le représentant local de la compagnie privée Comores Aviation), il a fini par retirer sa plainte à la veille de l’audience et a demandé à son avocat, maître Mohamed, de ne pas effectuer le déplacement à Mohéli.»

De la corruption aussi flagrante ne peut pas avoir lieu sans que les responsables de la BM le sache. Et s’ils le savent et le tolère c’est qu’ils sont complices. Mohamed Ali Saïd serait-il donc l’agent corrompu d’une puissance étrangère qui l’enrichit avec les fonds de la Banque Mondiale (qui ultimement est l’argent des contribuables des pays «riches»)? Pour y voir plus claire, revenons en arrière un peu.

carte des Comores

Les Comores sont un pays composé des trois îles très stratégiquement situées dans l’Océan indien entre le Mozambique et le Madagascar qui était une colonie française jusqu’en 1975. Mais même après leur indépendance officielle, les Comores ne sont jamais devenu indépendant de la France qui a gradé un contrôle financier, économique, militaire et politique sur les îles. Le contrôle financier s’opère à partir de la Banque centrale des Comores qui n’est qu’un appendice de la Banque de France. En effet, les Comores n’ont aucun contrôle sur leur propre monnaie, la valeur du franc comorien est fixé au franc français (et donc maintenant à l’euro) par la Banque de France à un taux décidé par cette dernière. Par ailleurs, la Banque centrale des Comores (qui d’ailleurs siège Place de France) n’exerce même pas de contrôle sur les taux qui sont basés sur l’EONIA qui reflète l’économie européenne et non l’économie comorienne et n’exerce qu’un contrôle nominal sur les plafonds d’avance et de refinancement (c’est-à-dire la quantité maximale d’argent qu’elle va prêter) et n’a qu’un contrôle partagé des taux de réserves minimales. Notons par ailleurs que la seule banque commerciale des Comores, la Banque pour l’Industrie et pour le Commerces – Comores, est possédée à 51% par BNP-Paribas. Ce système de contrôle financier, la France l’applique à travers le monde à ses anciennes colonie: les États d’Afrique de l’ouest ont la BCEAO, les États d’Afrique centrale ont la BEAC et les îles du pacifique ont l’Institut d’émission d’outre-mer. La France, qui rafle 28% des exportations comoriennes et qui est responsable de 20% de ses importations exerce un grand contrôle sur l’économie comorienne. Militairement, les Comores ont signé une pacte de défense qui les subordonne militairement à cette dernière. Politiquement, la France, à l’aide de ses services secrets, a constamment appuyé des coups d’États contre les politiciens comoriens qui ne lui plaisaient pas. Voici un petit apérçu:

Bob Denard, «la mains des services secrets français en Afrique» est la personne clée dans la vie politique comorienne de son indépendance à la mort de Denard le mois dernier. Les deux paragraphes qui suivent sont, sauf pour quelque phrases et modifications, directement repris de Wikipédia.

L’indépendance fut déclarée unilatéralement par la République fédérale islamique des Comores, le 6 juillet 1975, par la voix de l’Anjouanais Ahmed Abdallah. Quelques jours après l’indépendance, le 3 août 1975, Bob Denard, très sûrement sous les ordres de Jacques Foccart, envahit la Grande Comore, organise un coup d’État avec 50 hommes et place Ali Soilih au pouvoir. Ahmed Abdallah est délogé de l’île d’Anjouan par une centaine de mapinduzi (militaires militants) encadrés par des mercenaires. Il part alors en exil en France. Les trois îles sont sous la responsabilité d’Ali Soilih, un révolutionnaire qui instaure un régime socialiste et indépendantiste. Les relations entre la jeune république et l’ancienne puissance coloniale se tendent rapidement. Le 3 mai 1978, Denard renverse le président Ali Soilih et Ahmed Abdallah accède au pouvoir le 21 mai. Ali Soilih est exécuté dans son bureau. Abdallah est accueilli de façon triomphale et proclame à des journalistes occidentaux médusés : « Il faut que je me refasse ». Il est élu le 23 octobre 1978 président de la République fédérale islamique des Comores. Il est le seul candidat. Denard crée pour lui la « garde présidentielle », force de police et militaire de près de 600 hommes dont 17 officiers français. En 1981, avec l’élection de François Mitterrand (qui avait été ministre de l’Intérieur de Pierre Mendès-France), Denard perd le soutien de la France et crée la SOGECOM. En 1982, Abdallah dissout tous les partis politiques et créé le parti unique Union Comorienne pour le Progrès (Parti bleu). Peu à peu, le régime devient dictatorial, encadré par les mercenaires de Denard qui contrôlent le pays et évitent plusieurs tentatives de coup d’État. Le Front démocratique de Moustoifa Cheikh tente pourtant d’exister. Le parti sera démantelé, accusé d’activités subversives. Ses militants sont jetés en prison et torturés. Réélu le 30 septembre 1984 le parti bleu remporte la totalité des sièges à l’Assemblée fédérales le 22 mai 1987. Il ouvre son pays aux investisseurs étrangers, surtout sud-africains, dans les domaines du tourisme et de la pêche, mais aussi d’arme, contournant les embargos. En échange Moroni devient une base arrière pour des opérations contre le Mozambique notamment qui essaie de se libérer du joug colonial portugais. Entretenant des rapports ambigus avec les mercenaires, à la fois fidèle serviteur et maître, la corruption se développe de façon considérable.En 1989, pressentant un nouveau coup d’État, Abdallah demande à Denard de désarmer. Abdallah est tué, dans son bureau par un militaire de la garde. Denard est blessé. Denard, impopulaire et soupçonné de meurtre dans le pays, est évacué quelques jours plus tard par les troupes parachutistes françaises. Le 27 novembre 1989, Djohar, alors président de la Cour Suprême et le demi-frère de Soilih, devient Président par intérim et est ensuite élu le 11 mars 1990 Président, dans des élections contestées face à Mohamed Taki Abdulkarim. Il chasse les mercenaires mais est finalement renversé par Denard avec l’appui de la France et exilé de force à la Réunion, présenté comme fou (de façon très semblable à la façon dont Aristide a été contrait à l’exile par la France, les ÉU et le Canada en 2004). L’intérim est exercé par Ibrahim Ahmed Alidi, puis il revient au pouvoir. Le 11 janvier 1994, la France essaie de déstabiliser le pays économiquement en dévaluant le franc comorien d’un tier (rappelons nous que la Banque de France a le contrôle absolu de la valeur du franc comorien) en espérant que cela provoque la chute de Djohar. Les Comores étant grandement dépendant des importations pour la nourriture entre autre, la chute de la valeur du FC augmente considérablement le coût des importations des Comores et donc le coût de la vie. L’économie comorienne chute, la dette croît, les salaires ne sont pas payés, … Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1995 se déroule opération Azalée, Denard renverse Said Mohamed Djohar avec une trentaine d’hommes débarqués de Zodiacs. Une fois la mission terminée, ce dernier est ensuite rapatrié vers la métropole par le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, service secret français. Après un court intérim, les premières élections libres sont organisées et Mohamed Taki Abdulkarim, candidat qui semble avoir le soutien de la France, est élu en mars 1996.

Fait intéressant à noter, en 1954, Denard a été reconnu coupable de complot pour assassiner contre le chef du gouvernement français, Pierre Mendès-France, et condamné à 14 mois de prison. Mendès-France dénonce très vivement, à partir d’octobre 1950, l’engagement militaire français dans la guerre d’Indochine et devient l’un des principaux opposants au conflit. Après une première tentative infructueuse pour former un gouvernement en 1953, Mendès-France est finalement investi président du Conseil avec une forte majorité le 18 juin 1954, quelques semaines après la défaite française à la Bataille de Dien Bien Phu, pour faire la paix en Indochine. Il assume en même temps que la présidence du Gouvernement, la direction de la diplomatie et aboutit finalement le 20 juillet 1954 à la conclusion des Accords de Genève qui mettent fin au conflit. Sitôt le dénouement de la crise indochinoise, il engage des pourparlers qui prépareront l’émancipation de la Tunisie. En voyage à Tunis, il promet unilatéralement l’autonomie interne à la Tunisie dans un discours le 31 juillet. Si Denard travaillait aussi pour les services secrets français à ce moment on est face d’une situation particulière ou les services secrets français ne sont pas aux ordre du gouvernement français mais préfèrent éliminer ce dernier afin de préserver la mainmise de la France sur ses colonies!

Mais retournons aux Comores. Mohamed Bacar président de l’île Anjouan (Nzwani) qui était à la tête d’une junte militaire qui avait pris le pouvoir de l’île et qui a depuis été élu dans des élections organisées par lui-même que le gouvernement central des Comores, et l’Union Africaine ne reconnaissent pas, veut plus d’indépendance pour son île.  En fait il semblerait qu’il veuille se séparé des Comore et se rattacher à la France (il aurait affiché des banderoles disant:  »Anjouan française au sein de la République française »). Il dit avoir reçu le soutient de la France ce qui est fort crédible vu qu’il a reçu sont matériel pour faire ses élections de l’île Mayotte (Maore) qui est sous administration française et que l’Union des Comores a essayer de reprendre militairement Anjouan sans succès, or l’Union a un accord militaire avec la France qui aurait donc dû l’aider à reprendre Anjouan mais qui évidemment ne l’a pas fait.

Mohamed Ali Saïd est par contre un de ceux qui prennent des gestes des plus concrets contre Bacar: il a imposé une taxe de 14% sur les produits venant de Anjouan est empêche les gens de se rendre à Anjouan.  Par ailleurs, les États-Unis ont été très présents lors des élections, avec entre autres, l’ambassadeur des ÉU qui exhorta les Comores à l’Union (i.e. exhorta Anjouan de ne pas se séparer) et de procéder à des éléctions libres et transparentes (i.e. contre les élections qui ont eu lieu à Anjouan) dans les journaux.  Les États-Unis sont aussi le pays qui ont largement le plus d’influence au sein de la Banque Mondiale. Se pourrait-il qu’à cette heure où les États-Unis cherche à s’implanter beaucoup plus fortement en Afrique à la fois économiquement et militairement comme en témoigne leur nouvelle base militaire au Djibouti qui aura 1500 soldats pour venir concurrencer les 2900 soldats français dans ce même pays. Se pourrait-il que Mohamed Ali Saïd soit l’agent des ÉU pour leur implantation dans ce pays stratégique historiquement dominé par la France?

sources:



Image du jour: Les prisons et les vols secrets de la CIA

13 10 2007

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Image du jour

20 09 2007

Membres Bilderberg 2007

Notez que la liste diffère de celle que l’on peut trouver ici. Je ne pourrais dire laquelle est plus exacte. Par exemple la liste ci-haut dit que David Rockerfeller n’y a pas assisté alors que indymedia marseille dit qu’il a assisté. Notez la présence de Philip Zelikow qui a dirigé la commission sur le 11 septembre.




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