La démission de l’amiral Fallon relance les hostilités en Irak

14 03 2008

repris du réseau voltaire:

Contrairement à ce qui a été écrit dans la presse dominante, l’amiral William Fallon n’a pas été limogé par ce qu’il s’opposait au président Bush à propos d’une attaque contre l’Iran. Il a démissionné de sa propre initiative après que l’accord qu’il avait négocié et conclu avec Téhéran, Moscou et Pékin ait été saboté par la Maison-Blanche. Le choix de l’administration Bush relance la guerre en Irak et expose gravement les GI’s face à une Résistance désormais soutenue de l’extérieur sans retenue.

Il était presque 22h GMT, mardi 11 mars 2008, lorsque le commandant en chef du Central Command, l’amiral William Fallon, annonça depuis l’Irak qu’il présentait sa démission. Immédiatement à Washington, le secrétaire à la Défense, son ami Robert Gates, dans une conférence de presse improvisée indiquait qu’il acceptait cette décision à regret. Dans les minutes qui suivirent, la rumeur d’une possible attaque états-unienne contre l’Iran se répandit partout dans le monde. En effet, la démission de l’amiral aurait été exigée par la Maison-Blanche à la suite de la publication d’un reportage par le mensuel Esquire [1] rapportant des propos « francs » de l’officier à propos du président Bush. Or, dans le même article, on pouvait lire qu’un renvoi de l’amiral marquerait le signal ultime de la guerre.

Pourtant, cette interprétation est erronée. Elle ignore l’évolution du rapport de forces à Washington. Pour comprendre ce qui est en jeu, revenons un instant en arrière. Nos lecteurs, qui ont été régulièrement informés dans nos colonnes des débats en cours à Washington, se souviendront des menaces de démission de Fallon [2], de la mutinerie des officiers supérieurs [3], des dessous d’Annapolis [4], et de l’infiltration de l’OTAN au Liban [5] que nous avons rapportés dans ces colonnes avant tout le monde ; des révélations qui ont été contestées lors de leur publication et qui sont aujourd’hui largement attestées. Nous ajouterons ici des informations inédites sur les négociations conduites par Fallon.

Le Plan Fallon

Alors que l’establishment états-unien avait approuvé l’entrée en guerre contre l’Irak dans l’espoir d’en tirer de substantiels profits économiques, il a progressivement déchanté. Cette opération génère des coûts directs et indirects démesurés, mais ne rapporte qu’à quelques uns. Dès 2006, la classe dirigeante s’est inquiétée de mettre fin à cette aventure. Elle contestait à la fois le surdéploiement des troupes, l’isolement diplomatique grandissant, et l’hémoragie financière. Elle trouva son expression à travers le rapport Baker-Hamilton qui condamnait le projet de remodelage du Grand Moyen-Orient, et préconisait un retrait militaire d’Irak coordonné avec un rapprochement diplomatique avec Téhéran et Damas.

Sous cette amicale pression, le président Bush fut contraint de limoger Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (lui-même membre de Commission Baker-Hamilton). Un groupe de travail bipartisan —la Commission Armitage-Nye— fut mis en place pour définir de manière consensuelle une nouvelle politique. Mais il s’avéra que le tandem Bush-Cheney n’avait pas renoncé à ses projets et utilisait ce groupe de travail pour endormir ses rivaux tout en continuant à fourbir ses armes contre l’Iran. Coupant court à ces manœuvres, Gates donna carte blanche à un groupe d’officiers supérieurs qu’il avait fréquenté à l’époque de Bush père. Ceux-ci publièrent, le 3 décembre 2007, un rapport des agences de renseignement discréditant le discours mensonger de la Maison-Blanche sur le prétendue menace iranienne. En outre, ils tentèrent d’imposer au président Bush un rééquilibrage de sa politique proche-orientale au détriment d’Israël.

L’amiral William Fallon exerce une autorité morale sur ce groupe —incluant l’amiral Mike McConnell (directeur national du renseignement), le général Michael Hyden (directeur de la CIA), le général George Casey (chef d’état-major de l’armée de terre), et plus tard l’amiral Mike Mullen (chef-d’état-major inter-armes)—. Homme de sang froid, doué d’une brillante intelligence, il est l’un des derniers grands patrons des forces armées à avoir servi au Vietnam. Préoccupé par la multiplication des théâtres d’opération, par la dispersion des forces et l’épuisement des troupes, il a ouvertement contesté un leadership civil dont la politique ne peut conduire les États-Unis qu’à la défaite.

Dans le prolongement de cette mutinerie, ce groupe d’officiers supérieurs fut autorisé à négocier une sortie de crise honorable avec l’Iran et à préparer un retrait d’Irak. Selon nos sources, ils imaginèrent un accord en trois volets :
- 1. Les États-Unis feraient adopter par le Conseil de sécurité une dernière résolution contre l’Iran pour ne pas perdre la face. Mais cette résolution serait vide et Téhéran s’en accommoderait.
- 2. Mahmoud Ahmadinejad se rendrait en Irak où il affirmerait les intérêts régionaux de l’Iran. Mais ce voyage serait purement symbolique et Washington s’en accommoderait.
- 3. Téhéran pèserait de toute son influence pour normaliser la situation en Irak, et faire passer les groupes qu’il soutient de la résistance armée à l’intégration politique. Cette stabilisation permettrait au Pentagone de retirer ses troupes sans défaite. En contrepartie, Washington cesserait son soutien aux groupes armés de l’opposition iranienne, notamment aux Moujahidines du peuple.

Toujours selon nos sources, Robert Gates et ce groupe d’officiers, encadrés par le général Brent Scowcroft (ancien conseiller national de sécurité), sollicitèrent l’aide de la Russie et de la Chine pour appuyer ce processus. D’abord perplexes, Moscou et Pékin s’assurèrent de l’assentiment forcé de la Maison-Blanche avant de répondre positivement, soulagés d’éviter un conflit incontrôlable.

Vladimir Poutine prit l’engagement de ne pas profiter militairement du retrait US, mais exigea qu’on en tire les conséquences politiques. Il fut donc convenu que la conférence d’Annapolis accoucherait d’une souris, tandis qu’une conférence globale sur le Proche-Orient serait organisée à Moscou pour débloquer les dossiers que l’administration Bush n’avait cessé d’envenimer.
De même Poutine accepta de faciliter le compromis irano-US, mais s’inquiéta d’un Iran trop fort à la frontière méridionale de la Russie. À titre de garantie, il fut convenu que l’Iran accepterait ce qu’il avait toujours refusé : de ne pas fabriquer seul son combustible nucléaire.

Les négociations avec Hu Jintao furent plus complexes, car les dirigeants chinois étaient choqués de découvrir à quel point l’administration Bush leur avait menti à propos de la prétendue menace iranienne. Il fallait donc d’abord rétablir la confiance bilatérale. Heureusement, l’amiral Fallon, qui il y a peu encore commandait le PacCom (zone Pacifique), entretenait des relations de courtoisie avec les Chinois.
Il fut convenu que Pékin laisserait passer une résolution anti-iranienne formelle au Conseil de sécurité, mais que la formulation de ce texte n’entraverait aucunement le commerce sino-iranien.

Le sabotage

Au premier abord, tout sembla fonctionner. Moscou et Pékin acceptèrent de jouer les figurants à Annapolis et de voter la résolution 1803 contre l’Iran. Tandis que le président Ahmadinejad savoura sa visite officielle à Bagadad où il rencontra en secret le chef d’état-major interarmes US, Mike Mullen, pour planifier la baisse de la tension en Irak. Mais le tandem Bush-Cheney ne s’avouait pas vaincu. Il sabota dès qu’il le put cette mécanique bien huilée.

Premièrement, la conférence de Moscou disparut dans les sables mouvants des mirages orientaux avant même d’avoir existé. Deuxièmement, Israël se lança à l’assaut de Gaza et l’OTAN déploya sa flotte au large du Liban de manière à relancer l’embrasement général du Grand Moyen-Orient, alors que Fallon s’efforçait d’éteindre les foyers d’incendie un à un. Troisièmement, la Maison-Blanche, habituellement si prompte à sacrifier ses employés, refusa de lâcher les Moujahidines du peuple.
Exaspérés les Russes massaient leur flotte au sud de Chypre pour surveiller les bâtiments de l’OTAN et envoyaient Sergeï Lavrov en tournée au Proche-Orient avec mission d’armer la Syrie, le Hamas et le Hezbollah pour rééquilibrer le Levant. Tandis que les Iraniens, furieux d’avoir été abusés, encourageaient la Résistance irakienne à casser du GI’s.

Voyant ses efforts réduits à néant, l’amiral Fallon démissionnait, seul moyen pour lui de conserver à terme son honneur et sa crédibilité face à ses interlocuteurs. L’interview d’Esquire, publié deux semaines plus tôt, n’est ici qu’un prétexte.

L’heure de vérité

Dans les trois prochaines semaines, le tandem Bush-Cheney va jouer son va-tout en Irak en faisant parler les armes. Le général David Petraeus, poussera à l’extrême son programme de contre-insurrection de manière à se présenter victorieux devant le Congrès, début avril. Simultanément, la Résistance irakienne, désormais soutenue à la fois par Téhéran, Moscou et Pékin, va multiplier les embuscades et chercher à tuer le maximum d’occupants.

Il appartiendra alors à l’establishment états-unien de tirer les conclusions du champ de bataille. Soit il jugera les résultats de Petraeus sur le terrain acceptables et le tandem Bush-Cheney terminera son mandat sans encombres. Soit, pour éviter le spectre de la défaite, il lui faudra sanctionner la Maison-Blanche et reprendre d’une manière ou d’une autre les négociations que l’amiral Fallon avait conduites.

Simultanément, Ehud Olmert interrompra les négociations initiées avec le Hamas via l’Égypte. Il chauffera la région jusqu’à la visite du président Bush en mai.

Cette fièvre régionale devrait redynamiser le dispositif Bush, qu’il s’agisse des investissements dans le domaine militaro-industriel du fonds Carlyle, au bord de la faillite, ou de la campagne électorale de John McCain.

Vu de Washington, faut-il continuer à sacrifier la vie des GI’s pour une guerre qui a déjà coûté 3 trilliards de dollars et faire haïr les États-Unis même par leurs plus fidèles partenaires alors qu’elle n’a rapporté qu’à quelques sociétés détenues par le clan Bush et ses amis ?

Thierry Meyssan



Film de la semaine: Saddam Husein, le procès que vous ne verrez pas

8 03 2008



Le Franc CFA: piller l’Afrique sans laisser de traces.

7 03 2008

repris de OCNUS:

Par Dr. Gary K. Busch 22/2/08

L’une des influences les plus importantes dans la vie économique et politique des Etats africains qui étaient des colonies françaises dans le passé c’est l’impact d’une monnaie commune ; le Franc de la Communauté Financière de l’Afrique (« CFA »). Il y a en effet deux francs CFA distincts en circulation. Le premier est celui de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMAO) qui comprend huit pays Ouest Africains ( Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo). Le deuxième c’est celui de la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) qui comprend six pays d’Afrique Centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée-Équatoriale et Gabon), cette division correspond à l’AOF (Afrique Occidentale Française) pré-coloniale et AEF(Afrique Equatoriale Française), avec l’exception que la Guinée-Bissau était une colonie portugaise et la Guinée Equatoriale une colonie Espagnole dans le passé.

Chacun de ces deux groupes produit son propre franc CFA. Le franc CFA de l’UEMAO est produit par la BCEAO( Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et le franc CFA de la CEMAC est produit par la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Ces monnaies étaient estimées à 100 F CFA pour chaque franc Français, mais après que la France a rejoint la zone Euro de la Communauté Européenne à un taux fixe de 6,65957 francs Français pour un Euro, le taux du CFA par rapport à l’Euro fut fixé à 665, 957 F CFA pour chaque Euro, maintenant le ratio de 100 pour 1. Il est important de noter que c’est la responsabilité de la Trésorerie Française de garantir la convertibilité du Franc CFA à l’Euro.

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La politique monétaire gouvernant une agrégation aussi diverses de pays est simplifiée parce qu’elle est en fait opérée par la Trésorerie Française, avec aucune aux autorités fiscales centrales ni de l’UEMAO, ni de la BEAC. Sous les termes d’accord qui mirent sur pieds ces banques et la CFA, la Banque Centrale de chaque pays est obligée de maintenir au moins 65% de ses réserves d’échanges étrangers dans une « compte d’opérations » tenu par la Trésorerie Française, de même que 20% en plus pour couvrir d’autres obligations financières.

Les banques centrales de la CFA imposent aussi un CAP sur les crédits étendus à chacun des Etats membres équivalent à 20% des revenus publiques de ce pays au cours de l’année précédente. Bien que la BEAC et la BCEAO aient des facilités de découvert avec la Trésorerie Française, les DRAWDOWNS sur ces facilités de découverts sont sujets au consentement de la Trésorerie Française. Le dernier mot c’est celui de la Trésorerie française qui a investi les réserves étrangères des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris.

En un mot, plus de 80% des réserves étrangères de ces pays africains sont déposées dans les « comptes d’opérations » contrôlés par la Trésorerie française. Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais ne possèdent pas de politiques monétaires propres à elles. Les pays eux-mêmes ignorent, il ne leur est même dit, quel pourcentage de la cagnotte de leurs réserves étrangères tenues par les la Trésorerie Française leur appartient en tant que groupe ou individuellement. Les gains de l’investissement de ces fonds dans la cagnotte de la Trésorerie Française sont supposés être ajoutés à la cagnotte, mais aucune comptabilité d’aucun de ces changes n’est adressée ni aux banques, ni aux pays. Le cercle limité des hauts cadres de la Trésorerie Française qui ont connaissance des montants des « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; qui savent s’il y a des bénéfices sur ces investissements ; ont la prohibition de ne livrer aucune de ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des Etats africains.

Cela rend impossible pour les Etats Africains de réguler leur propre politique monétaire. Les pays les plus inefficaces et les plus gaspilleurs sont capables d’employer les réserves étrangères des pays plus prudents sans aucune intervention significative des pays les plus riches et couronnés de succès. Le fait que, pendant que le PIB français grandit et que la parité de l’Euro face au dollar (principale monnaie du commerce international) apprécie, il y a le danger constant que le franc CFA pourrait être fixé à un taux d’échange très élevé. Ceci freine la croissance dans le commerce entre l’Afrique et le reste du monde et permet aux autres pays, spécialement en Asie, d’employer leurs taux d’échange plus flexibles pour gagner des parts de marché, supplantant l’Afrique.

La création et le maintien de la domination Française des économies de l’Afrique francophone sont le produit d’une longue période de colonisation française et la dépendance apprise des Etats africains. Pour la majeure partie de l’Afrique francophone, leurs banques centrales n’ont que des pouvoirs limités. Il y a des économies dont la vulnérabilité face à une économie de plus en plus globalisée s’accroît de jour en jour. Il ne peut y avoir de politique de commerce sans référence aux réserves. Les politiciens et les partis élus pour promouvoir la croissance, la réforme, les changements dans le commerce et les politiques fiscales sont relégués au second plan à moins qu’il n y ait l’approbation de la Trésorerie Française qui rationne leurs fonds. Il y en a plusieurs qui objectent à la continuation de ce système. Le Président Abdoulaye Wade du Sénégal a déclaré ceci très clairement : « L’argent du peuple africain bloqué en France doit être rapatrié en Afrique afin de profiter aux économies des Etats de la BCEAO. L’on ne peut pas avoir des milliards de milliards placés dans les marchés bousiers étrangers et en même temps dire qu’on est pauvre, et aller ensuite quémander de l’argent »

Comment Cela est-il Arrivé ?

Ce système de dépendance est une résultante directe des politiques coloniales du gouvernement français. Dans la période immédiate après-guerre, après la signature des accords de Bretton Woods en juillet 1944, l’économie Française avait besoin de se relever de toute urgence. Pour l’aider dans ce processus, elle créa le franc CFA au sein de ses colonies d’Afrique afin de garantir un marché captif pour ses produits. La décision principale qui découla des accords de Bretton Woods c’était l’abandon des Standards de l’Or. En un mot, le nouveau système donnait une place dominante au dollar. Les autres monnaies virent leur taux d’échange être indexé au dollar. Les réserves des banques centrales Européennes en ce temps là étaient constituées de monnaies à valeur douteuses d’après-guerre qui avaient été dévalorisées des fluctuations de la monnaie. Pour cette raison, la France avait besoin des monnaies de ses colonies pour soutenir sa compétitivité avec ses rivaux Américains et Britanniques. De Gaulle et Pierre Mendès, son principal conseillé économique, rencontrèrent des dirigeants africains et développèrent un pacte colonial qui garantirait que ceci dans un traité (avec des clauses publiques et des clauses secrètes). Le génie derrière tout cela c’était Jacques Foccart, le « Mister Africa » Français.

La décolonisation au Sud du Sahara ne se fit pas comme De Gaulle l’avait prévu. Il aurait voulu une Communauté Franco-Africaine qui interrompit l’indépendance totale. Mais lorsque la guinée de Sékou Touré vota « non » au référendum de 1958 concernant cette Communauté, l’idée fut effectivement morte. La Guinée fut propulsée dans les ténèbres à cause de sa décision et un semblant de Communauté fut mise sur pieds, mais l’appel à l’indépendance totale se montra difficile à résister.

Sans y être vraiment préparé, en 1960, De Gaulle avait à improviser des structures pour une collection de petits Etats nouvellement indépendants, chacun avec un drapeau, un hymne et un siège aux Nations Unies, mais souvent avec de petits atouts précieux. C’est à ce niveau que Foccart eut à jouer un rôle essentiel, celui d’un architecte d’une série d’accords de Coopération avec chacun des nouveaux Etats dans les secteurs des finances et de l’Economie, de la culture et l’éducation, et de l’armée. Il y avait onze pays impliqués à l’origine : Mauritanie, Sénégal, Côte d’Ivoire, Dahomey (actuel Bénin), Haute Volta(actuel Burkina Faso), Niger, Tchad, Gabon, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville et Madagascar. Le Togo et le Cameroun, anciens Territoires Administratifs des Nations Unies, furent aussi co-optés dans le club. Ainsi furent aussi, plus tard le Mali et les anciens territoires Belges (Rwanda-Urundi, actuel Rwanda et Burundi, et le Congo-Kinshasa), quelques-unes des ex-territoires portugais, ainsi que les Iles Comores et le Djibouti, qui avaient aussi été sous la domination française pendant plusieurs années mais devinrent indépendants dans les années 1970. Tout cet ensemble fut placé sous un nouveau Ministère de la Coopération, créé en 1961, séparé du Ministère des Affaires des Départements et Territoires d’Outre-mer (connus sous le DOM-TOM) qui les administraient tous auparavant.

La clé de tout ceci était l’accord signé entre la France et ses colonies nouvellement libérées d’Afrique qui embrigadèrent ces colonies dans l’étreinte économique et militaire de la France. Ce pacte colonial non seulement créa l’institution du franc CFA, mais aussi, il créa un mécanisme légal sous lequel la France obtint une place de choix dans la vie économique et politique de ses colonies.

Les accords du Pacte Colonial garantirent une préférence spéciale à la France dans les processus politiques, commerciaux et de la défense dans les pays Africains. Au niveau de la défense, il accepta deux sortes de contact continuel. Le premier était l’accord militaire ouvert sur la coopération militaire ou les accords d’Aide Militaire Technique (AMT), qui n’étaient pas légalement contraignantes, et pouvaient être suspendus selon les circonstances. Ils couvraient l’Education, la formation des soldats et des forces de sécurité Africaines. Le second type, secret et contraignant, consistait en des accords de défense supervisés et conduits par le Ministère de la Défense Français, qui servait de base légale pour des interventions Françaises. Ces accords permirent à la France d’avoir des troupes pré-déployées en Afrique ; en d’autres termes, des Unités de l’armée française présentes de façon permanente sur une base rotative dans des bases et des camps militaires en Afrique, entièrement gérées par les Français.

Selon l’Annexe II de l’accord de Défense signés entre les gouvernements de la République Française, de la République de Côte d’Ivoire, de la République de Dahomey et de la République du Niger le 24 Avril 1961, la France a la priorité dans l’acquisition de ces « matières premières classés comme stratégiques ». En effet, selon l’article 2 de l’accord, ‘la République Française informe régulièrement la République de Côte d’Ivoire ( et les deux autres) de la politique qu’elle compte adopter concernant les matières premières et les produits, en tenant compte des besoins généraux de la défense, de l’évolution des ressources et la situation du marché mondial ».

Selon l’article 3, « la République de Côte d’Ivoire (et les deux autres) informent la République Française des politiques qu’ils comptent suivre concernant les matières premières stratégiques et les produits, et les mesures qu’ils se proposent d’adopter afin d’appliquer ces politiques. » et pour conclure, l’article 5 :
« Concernant ces même produits, la République de Côte d’Ivoire (et les deux autres), pour les besoins de la défense, les réserve en priorité pour la vente à la République de France, après avoir satisfait aux besoins de la consommation interne, et ils importeront ce dont ils ont besoin prioritairement de la France. » la réciprocité entre les signataires n’était pas une négociation d’égal à égal, mais elle reflétait la dominance de la puissance coloniale qui avait, dans le cas de ces pays, une « indépendance » organisée quelques mois avant ( en Août 1960).

En résumé, le pacte colonial maintenait le contrôle de la France sur les économies des Etats Africains ; il prit possession des réserves de monnaie étrangères ; il contrôla les matières premières stratégiques de pays, il posta des troupes dans le pays avec le droit de libre circulation ; il exigea que tous les équipements militaires soient acquis de la France ; il prit en charge la formation de l’armée et de la police, il exigea que les hommes d’affaire français soient autorisés à avoir le monopole des entreprises dans des secteurs clés (Eau, Electricité, Ports, Transports, Energies, etc.). La France non seulement imposa des restrictions sur les importations de quantités de produits en dehors de la zone franc, mais aussi elle imposa des quantités minima d’importations de la France. Ces traités sont encore en vigueur et opérationnels.

La création d’un tel système n’était pas le produit de l’Assemblé Nationale Française ou le résultat d’aucun processus démocratique. C’était la résultante des politiques guidées par un groupuscule dans le bureau du Président, la « Cellule Africain », initialement présidée par Foccart. Pendant le demi-siècle passé, le puissante et secrète « Cellule Africaine » a surveillé les intérêts stratégiques de la France en Afrique, gouvernant sur un grand andain d’anciennes colonies françaises. Agissant comme une commande générale, la cellule utilise l’armée Française comme un marteau pour installer des gouvernants qu’elle estime conciliantes avec les intérêts français. En retour, ces pays donnent à des industries Françaises la primeur sur leur pétrole et d’autres ressources naturelles. Mettant à l’écart des canaux diplomatiques traditionnels, la cellule ne fait des rapports qu’à une personne : Le Président. Les liens serrés de la cellule au géant du pétrole Elf Aquitaine, dont les dirigeants furent emprisonnés pour corruption, était une source d’embarras. Et un ancien chef de la cellule a été condamné suite à des accusations de trafique d’armes en Angola. Ces problèmes politiques hautement controversés ne furent jamais soulevés avant aucunes des structures démocratiquement élues de la France. La politique africaine est le domaine privé du bureau du Président.

Cela était vrai de De Gaulle, Mittérand, Giscard d’Estaing et Chirac. Sarkozy n’a apparemment pas de contacts ou d’ambitions dans ce domaine et a laissé la Cellule de Chirac en place.

L’Impact du Pacte Colonial

Certaines des conséquences pour les pays africains de la continuation de la dépendance sont évidentes—manque de compétition ; dépendance de l’Economie française ; dépendance de l’Armée Française ; et la politique porte- ouverte pour les entreprises privées françaises. Cependant, il y a des différences subtiles qui ressortent.

Les compagnies Françaises en Afrique francophone, en vertu de leur statut oligarchique ou de monopole, contribuent pour une part substantielle au PIB de ces pays. De façon plus importante, ils sont très souvent le seul groupe de gros payeurs d’impôts. Dans plusieurs de ces pays, les compagnies françaises paient plus de 50% des impôts sur le revenu national recueillis. Cela leur donne un statut unique. Assez fréquemment, les français disent que sans les compagnies françaises, l’économie des pays africains s’effondrerait. Couplé avec l’incapacité d’accès à ses propres ressources naturelles pour un pays, cela est vrai sans l’ombre d’un doute. Cependant, il ne s’en suit pas que des compagnies privées d’autres pays comme les USA et la Chine ne pourraient pas contribuer également. C’est l’une des raisons pour lesquelles les Français sont si inquiets concernant l’ouverture à la compétition sur le marché.

Un autre aspect c’est l’incapacité pour les pays francophones à collecter les impôts des citoyens ordinaires. Dans un pays comme la Côte d’Ivoire qui a été divisé pendant un certain nombre d’années entre le Nord rebelle et le Sud loyaliste, la collecte des impôts dans les régions rebelles a été impossible. Les rebelles se sont engraissés avec les taxes et les frais imposés à leurs populations captives, ainsi que de la vente des biens volés de leurs régions. Ils ne veulent pas déposer les armes parce que cela aura un effet économique néfaste sur eux, pas uniquement politique.

Le manque d’une force citoyenne qui paie des taxes creuse un gouffre entre le gouvernement et les citoyens ; la responsabilité mutuelle manque à l’équation. C’est le devoir de l’Assemblée Nationale de légiférer des programmes basés sur l’approvisionnement de l’Etat en revenus, mais s’il y a des revenus insuffisants, l’Assemblée Nationale est frustrée dans son rôle. Si 80% des fonds vont en France en tant que contribution au projet CFA, il ne reste que très peu pour que les ministres et l’Assemblée Nationale les affectent aux projets sociaux.

Dans plusieurs pays francophones, souffrant dans des conditions de sécheresse, de manque de nourriture ; manque de soins de santé ; il n y a que l’ « Aide3 française aux trésors nationaux qui les soutiennent. Cette « aide » est très souvent leur propre argent que les Français ont acheminé jusqu’à eux.

Il y en a plusieurs en Afrique qui ont vu et compris le problème du franc CFA et le Pacte Colonial ; Mamadou Koulibaly, le Président de l’Assemblée Nationale de la Côte d’Ivoire a été un critique remarquable du Pacte Colonial et la dominance du franc CFA. Il a écrit un livre excellent sur le sujet et donne des conférences et des interviews sur ce sujet régulièrement. Le problème est que très peu comprennent l’iniquité fondamentale de ce système français ; y compris beaucoup d’africains.

Si les nations africaines veulent assurer leur croissance, et prendre part pleinement aux opportunités de la globalisation, elles doivent être libérées des fers de cet albatros colonial. Afin d’attirer d’autres investissements directs dans les économies, par opposition à juste un portefeuille d’investissement, cette situation doit changer. Dans les termes du Président Koulibaly, « En Afrique, nous n’avons pas besoin des armes, nos problèmes ne sont pas dus au manque d’argent. Ma conviction est que nous devons premièrement déclarer clairement nos droits d’appartenance sur notre propre terre et aux ressources de notre sol qui furent emportées par les colons lorsqu’ils conquirent nos pays, et qui sont encore emportés à travers le Pacte Colonial ».

Source:Ocnus.net 2007



«Kagame et ses 40 voleurs ont planifié, perpétré un génocide contre la nation rwandaise»

3 03 2008

repris de Congolite:

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/67/Carte_Rwanda.png/250px-Carte_Rwanda.png

26 février 2008 – Selon un juriste belge, Luc De Temmermane, l’enquête exécutée par la justice Espagnole permet de dire que « le génocide des tutsi » perpétré par l’ancien régime du Président Habyarimana, est une supercherie et tromperie de l’opinion publique mondiale pour accuser exclusivement les perdants de la guerre civile au Rwanda et surtout, mettre hors cause la responsabilité directe des représentants de la communauté internationale dans les évènements


dramatiques du Rwanda en 1994, préparés par le Fpr/Apr de Kagame et ses « 40 voleurs » depuis le 1 octobre 1990, date de l’invasion du Rwanda par une partie d’une armée étrangère. Découvrez, ci-après, le texte de l’exposé de De Temmermane, qui lève également un coin de voile sur l’agenda caché de Kagame pour le grand Kivu, en particulier, et le Congo, en général.

KAGAME ET SES 40 VOLEURS (dixit F. REYNTJENS)

Chers Netters,
Mesdames, Messieurs de la Presse,
Mesdames, Messieurs les Diplomates,
Mesdames, Messieurs les Magistats compétents,

Je me permets d’attirer votre attention particulière sur un témoignage (TAP-007) qui fait partie de l’acte d’inculpation par le Tribunal Central d’Instruction N° 4 de la Cour Nationale, Administration de la Justice du Royaume d’Espagne en date du 6 février 2008 qui met en cause directement le Président actuel du Rwanda et ses proches collaborateurs pour les crimes commis dans ce pays.

Ce témoignage circonscrit en 2 pages l’essentiel des explications qu’on peut donner aux massacres interraciales qui ont eu lieu au Rwanda entre le 1 janvier et le 31 décembre 1994, la période que le statut du Tribunal Pénal International pour le Rwanda a décrété comme la période « criminelle » au Rwanda qui, et une fois mis en place, a justifié, après des investigations supposées « objectives » de différents Procureurs, la poursuite des responsables militaires, politiques, économiques et religieux du Rwanda de l’ethnie HUTU (à l’exception d’un inculpe italo-belge, « journaliste » qui a plaidé coupable).

Je vous invite à découvrir ce témoignage avec moi :

4. [p.59] Le témoin TAP-007, militaire de profession appartenant à l’ethnie Hutu, réfugié en Ouganda en l’année 1973 et appartenant depuis l’année 1990 à l’organisation politique du Front Patriotique Rwandais – F.P.R. en Ouganda jusqu’à ce qu’il démissionne de son poste de secrétaire de la logistique du F.P.R. à Jinja/Ouganda en octobre 1993 (quoique décidant de rester membre de l’organisation du F.P.R. afin de ne pas être éliminé, selon ses dires), a exposé au cours de son audition judiciaire sa connaissance étendue des faits criminels perpétrés au Rwanda, et plus particulièrement depuis q’à cette période, en plus de servir l’appareil politique du F.P.R., il servait d’appui de réserve à l’A.P.R. depuis son lieu de résidence en Ouganda à la même époque (concrètement à Jinja).

Le témoin TAP-007 a dit confirmer intégralement lors de l’audition judiciaire -reconnaissant aussi le rapport consigné à toutes ses pages comme sien propre- un document original de témoignage écrit ainsi qu’une copie originale d’une carte remise par ce témoin depuis Cotonou (Bénin) en date du 10 août 1999 et envoyée à la Commission de l’ONU chargée d’enquêter sur le rôle de l’Organisation des Nations Unies dans le drame rwandais, documents qui correspondent avec chacun des documents originaux déposés -selon ce qu’il a pu démontrer- en enveloppe fermée devant le Notaire de Barcelone D. Lorenzo P. Valverde Garcia, sous le numéro 35 de son protocole en date du 13 juin 2003.

Le témoin TAP-007 était d’une importance stratégique pour l’A.P.R./F.P.R. parce qu’il s’agissait d’un militaire de l’opposition à partir de l’extérieur du Rwanda contre le Président de l’époque Habyarimana, tout en conservant de bonnes relations et des contacts avec les membres des Forces Armées Rwandaises – F.A.R. à l’intérieur du pays. Au cours de l’année 1990, il a fait connaissance avec les futurs officiels de l’A.P.R. qui étaient à ce moment membres de la National Resistance Army – N.R.A. (l’armée de l’Ouganda), comme par exemple Wilson Rutayisire, Alphonse Furuma, Frank Mugambaje et Joseph Karemera.

Selon les explications du témoin, déjà depuis le début, les membres de l’A.P.R./F.P.R. lui demandèrent de faire des efforts pour contacter les militaires su Rwanda afin de les attirer aux propres objectifs de l’organisation, tentant de faire oublier que deux années auparavant, soit vers 1988, l’A.P.R./F.P.R. naissante avait assassiné au moins un militaire Hutu. Il a expliqué les débuts de la guerre d’octobre [p.60] 1990 de manière plus complémentaire que le témoin TAP-003, témoignant que le général major Fred Rwigyema (qu’il a identifié comme le commandant en second de la N.R.A. et vice ministre de la Défense de l’Ouganda sous les ordres de Museveni; et à quel moment de la guerre il était Président de l’A.P.R. et du F.P.R.) voulait éviter au maximum les victimes civiles. De manière complémentaire au témoin TAP-003, il a expliqué que, une fois mort, Rwigema fut remplacé par Paul Kagame comme Chef du Haut Commandement militaire de l’A.P.R., tandis que le colonel Alexis Kanyarengwe (militaire Hutu de l’A.P.R. comme le témoin TAP-007, actuellement décédé) occupait le poste de Président de l’organisation politique F.P.R. Le témoin TAP-007 a dit avoir commencé à recevoir en Ouganda des informations relatives aux massacres de population civile parmi les populations conquises, commençant à découvrir un A.P.R./F.P.R. différent de ce qu’il avait imaginé, utilisant l’image des deux faces de la monnaie.

Plus tard, en août 1992, alors qu’il assistait à une réunion au Quartier Général situé à Mulindi (Rwanda), il a constaté que le F.P.R. ne souhaitait pas rechercher la paix, selon les propres paroles prononcées par Paul Kagame, affirmant utiliser les négociations de paix pour tirer profit de ses avantages, dans des buts strictement militaires, orientés dès le début sur la prise du pouvoir par la force. Ayant constaté comme témoin direct que, depuis le poste frontière de Gatuna jusqu’à Mulindi (poste frontière au nord du Rwanda avec l’Ouganda, les deux localités étant situées au nord de Byumba et Cyumba) toutes les localités par lesquelles il passait étaient complètement vidées de populations civiles (maisons abandonnées, champs non cultivés, absence de bétail), et il confirma comme témoin oculaire les consignes politico-militaires qu’il a entendues dans ce Quartier Général de Mulindi.

Le témoin TAP-007, lors de son retour en Ouganda, choisit de comparer ses appréciations avec des gens en qui il considérait avoir confiance, entre autres Murefru Leonard, le beau-père de Paul Kagame. Le témoin TAP-007 a confirmé lors de son audition militaire que le beau-père de Paul Kagame l’avait informé de toutes les stratégies élaborées par le FPR afin de s’assurer une victoire militaire, disant carrément que « Kagame ne peut pas travailler avec Habyarimana; il fallait que l’un des deux (Kagame ou Habyarimana) doive mourir… », révélant les lignes de base de l’époque des stratégies politico-militaires de l’A.P.R./F.P.R., stratégies qu’il [p.61] a confirmé et détaillé lors de l’audition judiciaire et qui se trouvaient contenues dans le document notarial prémentionné, et dont les principes de base peuvent se présenter de la manière suivante :

- Stratégie adoptée sur le plan militaire : former des cadres politico-militaires pour les envoyer sur le terrain dans le but de véhiculer l’idéologie du F.P.R. chez les Tutsi à moitié convaincus (entornos); infiltrer des petits groupes de 6 à 10 personnes avec une formation militaire spécialisée sur tout le territoire rwandais dans le but de perpétrer des actions terroristes planifiées en cascade contre la population, semer la panique, le chaos et le désordre afin d’obtenir un pays ingouvernable; infiltrer aussi en secret de petites brigades de militaires préparés à agir au jour « J »; rassembler le maximum d’équipement militaire.

- Stratégie adoptée sur le plan politique : diaboliser le régime de Habyarimana; provoquer la colère des Hutu en massacrant leurs congénères (plus particulièrement, tuer les leaders politiques Hutu en attribuant la responsabilité au régime Habyarimana et à son parti, le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement – M.R.N.D.); éveiller et exploiter la haine interethnique Hutu-Tutsi; camoufler l’identité ethnique du F.P.R. en recrutant des Hutu et rechercher un Hutu populaire pour le placer à la tête du mouvement politico-militaire du F.P.R. dans le but de créer l’image d’un mouvement fédérateur; infiltrer tous les partis politiques et mouvements de jeunesse; calomnier l’Eglise Catholique qui prêche en faveur de l’égalité des hommes et qui a contribué à l’éducation des masses populaires; liquider les prêtres Hutu; terroriser les missionnaires et religieux catholiques pour qu’ils abandonnent le Rwanda et assassiner les vieux missionnaires qui connaissent l’histoire du Rwanda et ceux qu’ils considèrent comme responsable de la perte du pouvoir après des siècles de domination Tutsi; menacer les troupes étrangères et manipuler la MINUAR.

- Stratégie adoptée sur le plan diplomatique et médiatique : infiltrer les missions diplomatiques étrangères accréditées à Kigali dans le but de filtrer les informations préalablement élaborées par la tête pensante du F.P.R./A.P.R.; informer les missions diplomatiques de toutes les actions criminelles perpétrées par le même A.P.R./F.P.R et [p.62] en attribuer la responsabilité aux extrémistes Interahamwe; mettre en fonction une station de radiodiffusion pour véhiculer l’idéologie du mouvement politico-militaire de l’A.P.R./F.P.R., diabolisant le régime de Habyarimana et son parti MRND, rompre l’unité en exacerbant un ethnisme destructeur contre les Hutu, le régionalisme et les haines entre partis politiques… (cette radio fut appelée « Radio Muhabura » et fut dirigée par un extrémiste Tutsi, le commandant Shabani Ruta -qui sera identifié plus avant comme étant le major Rutayisire Wilson-, une radio qui eut pour contre effet la création en réaction de la Radio des extrémistes Hutu, connue comme étant la Radio Télévision des Mille Collines – RTLM- et conçue pour faire le contrepoids en chemin inverse de « Radio Muhabura » et fomenter la haine ethnique contre les Tutsi).

Le témoin TAP-007 fut particulièrement explicite en relation avec les intentions de l’A.P.R./F.P.R. d’attaquer les membres de l’Eglise Catholique et plus spécialement les missionnaires qui avaient consacré de nombreuses années à servir le pays, institution à qui les membres de l’A.P.R./F.P.R. attribuent la responsabilité de la perte du pouvoir en l’année 1959 après des siècles d’exercice quasi exclusif du pouvoir, fait que l’on peut vérifier ultérieurement dans les faits criminels qui se succédèrent dans le pays contre les prêtres et les missionnaires, tant rwandais qu’étrangers, ainsi que le confirmeront et le détailleront aussi plus tard les témoins TAP-043 et TAP-002. Le beau-père de Paul Kagame a illustré sur un diagramme pour le témoin TAP-007 qu’il fallait procéder à l’élimination des trois « P », référés dans son témoignage écrit, et qui, de manière univoque, faisait référence aux actions de prise de contrôle contre l’Eglise et ses membres spécifiques ou symboliques. Le témoin TAP-007 a fait une référence explicite à des religieux rwandais et étrangers, dont il savait qu’ils furent assassinés, donnant comme exemple l’archevêque Mgr Nsengiyumva et les autres évêques, prêtres et religieux (crime au sujet duquel les témoins TAP-004 et TAP-002 ont apporté non seulement les faits, mais aussi les responsables directs, ainsi qu’il sera mentionné plus avant), Isidro Uzcudun (crime au sujet duquel le témoin TAP-038 rapporta non seulement les faits, mais aussi les responsables principaux), Joaquim Vallmajo (crime au sujet duquel les témoins TAP-002 et TAP-043 ont rapporté non seulement les faits, mais aussi les responsables [p.63] principaux), le prêtre canadien Claude Simard, le prêtre croate Vijeko et la religieuse belge Griet Bosmans.

Le témoin TAP-007 a fait référence explicite aux attaques de l’A.P.R./F.P.R. en février 1993, à Byumba et Ruhengeri (au sujet de quoi le témoin TAP-043 fit ultérieurement ample référence, en étant présent dans une des unités qui opéra l’attaque contre Byumba), coïncidant avec le témoin TAP-003 dans la reconnaissance de ce qu’il qualifia d’authentique boucherie humaine dans les massacres de Nyacyonga, une fois que la population civile fut regroupée en cet endroit.

Avant de donner sa démission comme logisticien du F.P.R. en Ouganda en octobre 1993, le témoin TAP-007 a comparé avec diverses personnes la situation au Rwanda, les massacres connus, la réalité de l’A.P.R./F.P.R., détaillant entre autres une conversation qu’il eut avec Rutayisire Wilson (en ce moment chef de la radio de l’A.P.R. « Radio Muhabura »), où en s’interrogeant sur les massacres de la population civile, il lui fut répondu que cela ressortait de la « même sagesse de Kayumba Nyamwasa et de Paul Kagame », ce qui signifie que le massacre de la population civile faisait partie de la politique officielle quoique discrète du F.P.R. et de ses dirigeants.

Ensuite, le témoin TAP-007 a fait référence dans son témoignage aux révélations du militaire de l’A.P.R., Lizinde Théoneste, et du major Furuma.

Lizinde Théoneste fut un militaire de l’A.P.R. de l’ethnie Hutu qui fut libéré par l’A.P.R. de son emprisonnement à Ruhengeri, afin de pouvoir l’incorporer parmi ses cadres, au point de l’inclure comme un des rares membres Hutu du High Command (Haut Commandement Militaire) et de l’avoir assassiné ultérieurement lors de son exil, de la même manière que l’ancien ministre de l’Intérieur du F.P.R., Seth Sendashonga (lui aussi de l’ethnie Hutu), apparemment par un commando spécial de l’A.P.R. (External Security Operations – E.S.O., sous le commandement de Jack Nziza, ainsi que le révéla le témoin TAP-002 dans son témoignage dont nous ferons connaissance ultérieurement), tous deux considérés comme « ennemis ». De même que les témoins TAP-003, TAP-043 ou TAP-002, Théoneste Lizinde a fait part à TAP-007 avant de fuir en décembre 1995, qu’il avait entendu Paul Kagame ordonner personnellement les massacres de civils à partir des appareils de télécommunication de l’A.P.R. [p.64], disant littéralement « Débarrassez ces imbéciles ». Théoneste Lizinde a également confirmé au témoin TAP-007 que Paul Kagame avait ordonné personnellement l’assassinat des évêques, prêtres et religieuses à Kabgayi, Gakurazo en 1994 (ce qui coïncide avec les témoins TAP-003, TAP-043 et TAP-002).

Le témoin TAP-007 a ensuite signalé les personnes qui, selon ce qu’il sait des faits en question, sont responsables de crimes de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, se concentrant sur les plus communs : Paul Kagame, Kayumba Nyamwasa, Charles Kayonga, James Kabarebe et Fred Ibingira.

Ce témoignage corroboré avec des dizaines d’autres et vérifications faites sur le terrain par les survivants, mais surtout par la disparition et la mort effective de centaines de milliers de citoyens Rwandais, nous permet de dire, sans risque de nous tromper :

1. le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS ont recruté des opposants hutu pour servir leur ambition de reprendre le pouvoir par les armes au Rwanda, perdu suite à une révolution sociale en 1959.

2. le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS ont préparé, planifié et exécuté les massacres de la population civile rwandaise.

3. le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS ont organisé, planifié et perpétré un « génocide contre la nation rwandaise » et un « génocide contre l’église catholique » les différents témoignages ne permettant plus de douter sur l’intention de commettre ces crimes.

4. le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS ont manipulé l’opinion publique mondiale, les missions diplomatiques et la MINUAR selon un plan bien établi depuis 1990.

5. le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS ont eu comme base, pour exécuter leurs plans machiavéliques qui ont coûté la vie à 1.000.000 de personnes en 3 mois, l’OUGANDA de MUSEVENI;

Il reste à ajouter à ces constatations qu’il ne fait aucun doute pour la justice française et Espagnole que le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS sont les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994, qui a déclenché ses massacres, selon l’aveu même du Procureur auprès du Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

Enfin, cette enquête précise et détaillé, exécutée par la justice Espagnole permet de dire que « le génocide des tutsi » perpétré par l’ancien régime du Président Habyarimana, est une supercherie et tromperie de l’opinion publique mondiale pour accuser exclusivement les perdants de la guerre civile au Rwanda et surtout, mettre hors cause la responsabilité directe des représentants de la communauté internationale dans les évènements dramatiques du Rwanda en 1994, préparés par le FPR/APR de KAGAME ET SES 40 VOLEURS depuis le 1 octobre 1990, date de l’invasion du Rwanda par une partie d’une armée étrangère.

A mon avis, et dans l’intérêt de la Vérité et de la Justice, il y a lieu de corriger vos analyses erronées depuis 14 ans, dues à la manipulation et la corruption de ceux qui ont été désignés pour faire « justice »

Bruxelles, le 25 février 2008

Luc DE TEMMERMAN

Lire aussi

Justice espagnole : déclic pour la fin de la terreur de Kagame en Afrique des Grands-lacs?



Film de la semaine: Iraq for sale

1 03 2008

Banned excerpts:



Films de la semaine

23 02 2008

Je vous présente trois films cette semaine:

Cover-Up: Behind the Iran-contra affair

Cointelpro: the FBI’s war on Black America

Les pays riches sont-ils en faillite?


Les pays riches sont-ils en faillite? 1
envoyé par edyes
Les pays riches sont-ils en faillite? 2
envoyé par edyes
Les pays riches sont-ils en faillite? 3
envoyé par edyes
Les pays riches sont-ils en faillite? 4
envoyé par edyes



Le rapport confidentiel de leurs excellences

20 02 2008

repris de la Lettre du Continent:

  Le rapport confidentiel de leurs excellences
 
    Le Quai d’Orsay a demandé aux ambassadeurs de France en poste sur le continent noir ce qu’ils pensaient de la politique en Afrique. Pas bête… Voici les réponses intelligentes.
 
A l’exception de quelques “opinions dissidentes” qui réclament “plus de multilatéralisation de l’aide ou une force navale en remplacement des bases militaires terrestres”, les ambassadeurs de France en Afrique sont pour la plupart favorables à un retour à la bonne vieille aide bilatérale, certains plaidant même pour une aide liée aux contrats pour les groupes français. “Face à l’arrivée des nouveaux venus, les entreprises françaises ont trop tendance à s’endormir sur leur capital historique, privilégiant le retour sur investissement rapide à la vision à long terme”, relève la synthèse du Quai d’Orsay des “contributions nourries, diversifiées et riches” des ambassadeurs. Ces chefs de poste notent cependant que ces sociétés, qui constituent “un socle solide” pour saisir les nouvelles opportunités sur un continent en plein boom, ont su “résister aux crises” comme celle de la Côte d’Ivoire. Les diplomates en profitent pour envoyer une boule puante sur leurs collègues de Bercy qui ferment les missions économiques ou réduisent le nombre de postes en “totale déphasage avec le dynamisme africain”.

L’image de la France est “brouillée”. Après avoir reconnu la réelle créativité des Africains pour utiliser “le levier concurrentiel” avec l’arrivée des nouveaux pays émergents (Chine, Inde, Malaisie, Indonésie, Brésil et pays du Golfe) et l’entrée à la vitesse grand V de la “jeunesse africaine dans le village global”, leurs excellences reconnaissent que l’image de la France en Afrique est “brouillée”. Ce qui, en langage diplomatique, est déjà très grave… “Moins négative qu’on ne pourrait le croire en Afrique anglophone (…), cette image oscille entre attirance et répulsion dans nos anciennes colonies, au gré du soutien politique ou des interventions militaires. Leur reproche balance, inconfortablement pour nous, entre l’accusation d’ingérence ou d’inaction suivant la posture adoptée”. Les diplomates estiment que “la présence militaire est reconnue sauf exception comme positive, pourvu qu’elle ne vienne pas en appui à des régimes peu recommandables et qu’elle soit limitée dans la durée. Nous ne devrons pas pour autant nous dispenser d’un réexamen des textes dépassés (accords de défense…)”. Il n’y a plus qu’à le demander gentiment au ministère de la défense…

Faire à nouveau claquer le drapeau tricolore ! Non seulement les “francophones les plus modérés” ont l’impression d’être “délaissés, voire de ne pas être payés en retour par une France en repli (immigration-visas, rédaction de l’aide, traitement des anciens combattants), avec le risque réel que les jeunes générations se détournent de la France pour rejoindre de nouveaux partenaires”. Mais les Africains en général se disent “fatigués de recevoir des leçons de morale, de bonne gouvernance et de gestion, mêlant arrogance et charité, de tous les contributeurs”. Cette critique s’applique aussi aux “conditionnalités” des institutions financières internationales. L’Union européenne, “premier contributeur en Afrique”, est ainsi exécutée par les ambassadeurs de France. Ils jugent qu’elle n’est plus “une alternative crédible à l’aide bilatérale du fait de sa faible efficacité”. Dommage de ne pas s’en être aperçu avant… Bref, leurs excellences souhaitent redéployer en grand le drapeau tricolore sur la hune de leur résidence et, si on leur donne des sous, reprendre la coopération de substitution ! “Notre compétence est particulièrement reconnue et attendue en matière de formation des formateurs, de gouvernance, de justice, de sécurité et d’environnement”, se rassurent les ambassadeurs.

La francophonie en berne à Paris, encore fleurie en Afrique. Au moment où l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) a, enfin, trouvé sa “maison” à Paris, avenue Bosquet, à un jet d’encre du Medef (patronat français), et que la chaîne francophone TV 5 est martyrisée par l’audiovisuel extérieur français, la demande de culture francophone serait forte sur le terrain. “La baisse des budgets, la saturation du réseau des établissements français, la diminution des bourses scolaires et surtout les restrictions en matière de visas pour études” ne répondent pas vraiment à l’engouement local pour la langue (et les manières) de Voltaire, se lamentent les ambassadeurs de France.



Appérçus de la Françafrique

15 02 2008

NOIR SILENCE, FX Verschave JT
envoyé par sur_vivant


trafic d’armes itw verschave
envoyé par sur_vivant



Film de la semaine: Histoire secrète du Biafra

9 02 2008


histoires secretes du biafra
envoyé par sur_vivant



Ce que pourrait acheter l’argent gaspillée en guerroyant en Iraq

9 02 2008



Opération « Juste Cause » au Venezuela ?

3 02 2008

repris du réseau Voltaire:

Le Journal « Le Monde » et la propagande de guerre états-unienne
Opération « Juste Cause » au Venezuela ?
par Romain Migus

Le quotidien français Le Monde, connu pour se comporter en fidèle relais de la propagande atlantiste, vient de reprendre à son compte les imputations de l’administration Bush contre le gouvernement vénézuélien l’accusant de participer au trafic mondial des drogues. Or, cette affirmation —qui n’est aucunement étayée et qui est contredite par les rapports de l’ONU— est un classique de Washington pour justifier d’opérations militaires.

 

L’homme d’affaires et trafiquant de drogues Walter Del Nogal (à gauche) a réussi à se faire photographier à l’issue d’une réunion publique avec la maire chaviste de Caracas, Juan Barreto (avec la canne). Une photo qui suffit à l’administration Bush et au Monde pour conclure qu’Hugo Chavez est impliqué dans le narco-trafic.

Le 8 août 2005, le gouvernement vénézuélien mettait fin à la collaboration qu’entretenaient ses services de lutte contre les drogues avec leurs homologues états-uniens de la Drug Enforcement Administration (DEA). La raison invoquée : les agents nord-américains passaient le plus clair de leur temps à des activités d’espionnage au lieu de la dite coopération. La DEA possédait notamment des bureaux au sein même du Bureau National Antidrogue vénézuélien (ONA, en espagnol), auxquels le propre directeur de l’ONA n’avait pas accès. Cette rupture avec la DEA n’isole pas le Venezuela dans la lutte anti-drogues puisque ce pays maintient 50 accords internationaux dans ce domaine avec 37 pays, la plupart européens [1].

Mais dès l’expulsion de la DEA, le problème de santé publique mondiale que représente la lutte contre le trafic des drogues allait se transformer au Venezuela en un thème récurrent de la guerre politico-médiatique.

Sans la DEA, les résultats s’améliorent

Et pourtant, sans les financements et la coopération états-unienne, le Venezuela allait rapidement afficher des résultats surprenants. Alors que les services vénézuéliens avaient saisi 43 tonnes de cocaïne en 2004, grâce à la collaboration de la DEA, ce chiffre allait augmenter à 77,5 tonnes en 2005 alors que la DEA était expulsée. Malgré une légère baisse en 2007 à 57,5 tonnes, les saisies de cocaïne au Venezuela restent largement supérieures à celles pratiquées avec la collaboration de l’agence états-unienne [2]. Selon l’ONU, depuis l’expulsion de la DEA, le Venezuela est depuis trois années consécutives le troisième pays comptabilisant les plus fortes saisies de cocaïne au monde. De nombreux parrains des drogues ont été arrêtés au Venezuela dans cette même période et certains ont été remis aux autorités colombiennes. De manière générale, le gouvernement vénézuélien a mis sous les verrous 4 000 trafiquants, ainsi que 68 fonctionnaires de police accusés de collaborer avec le crime organisé. Pour l’année 2007, le Venezuela a fermé 12 laboratoires clandestins qui produisaient jusqu’à 1 tonne de cocaïne par jour.

Le rapport mondial sur les drogues de l’ONU pour 2007 rappelle quelques chiffres éclairants. Le plus grand producteur de cocaïne est la Colombie avec 62 % de la production mondiale [3], le plus grand producteur d’opium au monde est l’Afghanistan qui concentre 92 % de la production [4]. Ces deux pays comptent sur une présence massive de l’armée des États-unis sur leur territoire, par le Plan Colombie pour l’un et l’occupation « Liberté Immuable » pour l’autre. Malgré l’occupation militaire états-unienne, le rapport de l’ONU nous enseigne que les résultats en matière de lutte anti-drogue dans ces pays sont catastrophiques. Pire, dans le cas de l’Afghanistan, la production a même augmenté entre 2005 et 2006.

En ce qui concerne la consommation, les États-Unis sont de très loin le plus grand consommateur mondial de drogues. À titre d’exemple, la ville de New York a une consommation de cocaïne par habitant près de 12 fois supérieure à celle de la ville de Paris. [5]

50 % de la cocaïne présente sur le territoire états-unien entrent par la côte Pacifique et 38 % entrent en longeant le littoral des pays d’Amérique centrale [6]. Autrement dit, 88 % de la cocaïne présente aux États-Unis ne transitent pas, selon l’ONU, par le Venezuela.

Le retour rapide sur les chiffres de la lutte contre les drogues au Venezuela nous semble nécessaire pour saisir l’ampleur d’un récent article du Monde, faisant du gouvernement vénézuélien un complice du trafic de drogue [7] . On y apprend qu’un homme d’affaire vénézuélien, Walter Del Nogal, est en passe d’être condamné en Italie pour trafic de drogue. Mais l’article précise que Del Nogal est réputé proche du gouvernement vénézuélien dont il aurait financé les campagnes de plusieurs élus, en jetant même le doute sur le président Chavez.

L’affaire Del Nogal

Revenons sur les faits. Del Nogal est arrêté à Palerme en septembre 2007. Le 4 octobre, le procureur général de la République bolivarienne du Venezuela, Isaias Rodriguez, rappelle que deux procureurs vénézuéliens enquêtaient déjà sur Del Nogal avant que ce dernier soit appréhendé en Italie [8]. Il souligne aussi que les autorités judiciaires vénézuéliennes ont offert leur coopération à l’enquête des juges italiens. Le 15 octobre, tous les biens, avoirs, sociétés, jets privés, voitures et immeubles appartenant à Del Nogal ont été saisis par la justice vénézuélienne et mis à la disposition de la ONA, comme le rappelle Le Monde. Quant aux accusations du quotidien du soir révélant une photo de Del Nogal (à gauche sur le cliché) avec le maire de l’agglomération de Caracas, Juan Barreto (de face, avec cravate, sur le cliché), ce dernier s’en est expliqué. Il s’agissait d’une réunion de membres de son parti politique avec de nombreux entrepreneurs afin de solliciter des fonds pour leurs campagnes électorales, ce qui est légal au Venezuela. De nombreuses photos ont été prises ce soir-là, des personnalités politiques s’affichant avec de nombreux entrepreneurs vénézuéliens, parmi eux Walter Del Nogal.

Quant à l’opposant social-démocrate Julio Montoya, cité par Le Monde, le maire Juan Barreto l’a menacé de porter plainte pour diffamation si celui-ci n’apportait pas des preuves formelles du lien supposé du maire de Caracas avec le trafic de drogue. Devant l’incapacité de Montoya d’apporter plus que la photo prise durant la soirée avec les entrepreneurs, les accusations ont cessé.

Du moins au Venezuela, puisque Le Monde revient à la charge, sans apporter de preuves supplémentaires. La suspicion est même lancée non seulement sur le maire de Caracas mais aussi sur des responsables du gouvernement ainsi que sur le propre président de la république, Hugo Chavez.

Ce journalisme d’imputation est habituel lorsqu’il s’agit du Venezuela. Mais on peut se demander pourquoi Le Monde et Paolo A. Paranagua, normalement si rapides à se lancer dans le lynchage médiatique et la désinformation sur le Venezuela, ont décidé de ne parler que maintenant d’une affaire qui a pourtant commencé, il y a plus de quatre mois. Qu’est ce qui les a motivé pour revenir sur un fait qui appartient désormais plus à la justice qu’à l’information en temps réels ?

Vers une opération « Juste Cause » au Venezuela ?

Le 20 janvier 2007, lors d’une visite en Colombie, le directeur du Bureau de la politique de contrôle des drogues de la Maison-Blanche —qui a rang de ministre et gère un budget de 19 milliards de dollars—, John P. Walters, a déclaré « qu’Hugo Chavez est en train de devenir un important facilitateur du trafic de cocaïne vers l’Europe et d’autres régions de l’hémisphère », comprendre les États-Unis.

Immédiatement, les media commerciaux vénézuéliens vont se faire l’écho des propos de Walters, d’autant plus qu’ils interviennent peu après la demande d’Hugo Chavez de considérer la FARC comme un groupe belligérant et non comme des « narco-terroristes ». L’intention de Walters est facilement compréhensible. Il s’agit d’accuser Hugo Chavez de collusion avec le trafic de drogue international. Cette accusation fut la pierre angulaire médiatique qui avait légitimé l’intervention des États-Unis au Panama en 1989, et dans une moindre mesure l’invasion de l’Afghanistan en 2001 (en plus du terrorisme). Ce fut aussi la raison invoquée pour la mise en place du Plan Colombie et le renforcement de l’aide militaire au gouvernement colombien dans sa guerre contre la guérilla. En bref, c’est une puissante arme dans la propagande de guerre préalable à toute intervention militaire.

Or comme nous l’avons vu, l’affirmation de John Walters est contredite par les faits. Autant le Rapport Mondial sur les Drogues de l’ONU, que le Mécanisme d’évaluation multilatéral de l’Organisation des États américains soulignent les excellents résultats du Venezuela dans la lutte anti-drogue.

La déclaration de John Walters va être démentie par le président du Bureau national anti-drogue vénézuélien, par l’ambassadeur du Venezuela à l’Organisation des États américains, par l’Assemblée nationale vénézuélienne, et par le président Chavez.

Qu’importe que le gouvernement vénézuélien et les organismes multilatéraux prétendent le contraire, les déclarations de John Walters ont pour but de créer l’illusion dans l’opinion publique mondiale que le gouvernement vénézuélien est lié au trafic des drogues en vue de légitimer les pires atrocités.

Pourquoi donc, quatre mois après les faits, le journal Le Monde et Paolo A. Paranagua décident de ressortir un fait divers pour peu qu’il concorde avec une énième offensive des États-Unis contre le Venezuela ?

Qui sommes nous pour le quotidien du soir et pour Paolo A. Paranagua ? Des lecteurs dignes d’une information objective ou de simples cibles de la propagande de guerre états-unienne ?

Rappelons que les statuts de l’Alliance atlantique, modifiés lors du cinquantenaire de l’Organisation, autorisent désormais les forces de l’OTAN à participer à des opérations militaires hors de leur zone géographique dans le cadre de la « guerre mondiale contre les drogues ».

Documents joints

  World Drug Report 2007, Nations Unies.
(PDF – 7.3 Mo)


Film de la semaine: Or noir au Tchad

2 02 2008


or noir tchad 90 mn
envoyé par sur_vivantL’armée française et la force européenne sont super bien bien implantés au Tchad. Les rebelles n’aurraient jamais puent prendre la capitale sans la bénédiction de la France. Total essaie-t-elle de reprendre le pétrole à Exxon, Rebels interposés?



La CIA sponsor du Dalaï Lama

22 01 2008

repris de RéactionismWatch:

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La CIA sponsor du Dalaï Lama
Jean-Paul Desimpelaere

Patrick French, alors qu’il était directeur de la « Free Tibet Campaign » (Campagne pour l’indépendance du Tibet) en Angleterre, a été le premier à pouvoir consulter les archives du gouvernement du Dalaï-Lama en exil. Il en a tiré des conclusions étonnantes.

Les Chinois ont-ils liquidé les Tibétains ?

Il en est arrivé à la conclusion dégrisante que les preuves du génocide tibétain par les Chinois avaient été falsifiées et il a aussitôt donné sa démission en tant que directeur de la campagne pour l’indépendance du Tibet (1).Dans les années soixante, sous la direction du frère du Dalaï-Lama, Gyalo Thondrup, des témoignages furent collectés parmi les réfugiés tibétains en Inde. French constata que les chiffres des morts avaient été ajoutés en marge par après. Autre exemple, le même affrontement armé, narrée par cinq réfugiés différents, avait été comptabilisée cinq fois. Entre-temps, le chiffre de 1,2 million de tués par la faute des Chinois allait faire le tour du monde.

 

French affirme que ce n’est tout bonnement pas possible : tous les chiffres concernent des hommes. Et il n’y avait que 1,5 million de Tibétains mâles, à l’époque. Il n’y en aurait donc quasiment plus aujourd’hui. Depuis, la population a augmenté pour atteindre presque 6 millions d’habitants actuellement, soit presque deux fois plus qu’en 1954. Chiffre donné et par le Dalaï-Lama et les autorités chinoises, étonnamment d’accord pour une fois.

 

Les observateurs internationaux (la Banque mondiale, l’Organisation mondiale de la santé) se rangent d’ailleurs derrière ces chiffres. N’empêche qu’aujourd’hui encore, le Dalaï-Lama continue à prétendre que 1,2 million de Tibétains sont morts de la faute des Chinois.

 

Le dalaï-lama est-il une sorte de pape du bouddhisme mondial ?

 

Ici, il convient de relativiser les choses. 6 % de la population mondiale est bouddhiste. C’est peu. En outre, le dalaï-lama n’est en aucun cas le représentant du bouddhisme zen (Japon), ni du bouddhisme de l’Asie du Sud-Est (Thaïlande), ni non plus du bouddhisme chinois. Le bouddhisme tibétain représente seulement 1/60e de ces 6 %. Et, enfin, il existe de plus au Tibet quatre écoles séparées. Le Dalaï-Lama appartient à l’une d’elles : la « gelugpa » (les bonnets jaunes). Bref, un pape suivi par peu de fidèles religieux, mais par beaucoup d’adeptes politiques…

 

Qui sont ses sponsors ?

 

De 1959 à 1972 :

 

- 180.000 dollars par an pour lui personnellement, sur les fiches de paie de la CIA (documents libérés par le gouvernement américain ; le dalaï-lama a nié la chose jusqu’en 1980).

 

- 1,7 million de dollars par an pour la mise en place de son réseau international.

 

Ensuite le même montant a été versé via une dotation du NED, une organisation non gouvernementale américaine dont le budget est alimenté par le Congrès. Le Dalaï-Lama dit que ses deux frères gèrent « les affaires ». Ses deux frères, Thubten Norbu (un lama de rang supérieur) et Gyalo Thondrup avaient été embauchés par la CIA dès 1951, le premier pour collecter des fonds et diriger la propagande et le second pour organiser la résistance armée.

 

La bombe atomique indienne : le bouddha souriant

 

Dès le début, c’est-à-dire quand il est devenu manifeste que la révolution chinoise allait se solder par un succès en 1949, les USA ont essayé de convaincre le dalaï-lama de gagner l’exil. Ils mirent de l’argent, toute une logistique et leur propagande à sa disposition. Mais le dalaï-lama et son gouvernement voulaient que les États-Unis envoient une armée sur place comme ils l’avaient fait en Corée et ils trouvèrent donc la proposition américaine trop faible. (Modern War Studies, Kansas University, USA, 2002). En 1959, les Etats-Unis parvenaient quand même à convaincre le dalaï-lama de quitter le Tibet, mais il fallait encore convaincre l’Inde de lui accorder l’asile. Eisenhower proposait un « marché » à Nehru : l’Inde acceptait le dalaï-lama sur son territoire et les Etats-Unis octroyaient à 400 ingénieurs indiens une bourse d’études afin qu’ils s’initient à la « technologie nucléaire » aux États-Unis. Le marché fut accepté2. En 1974, la première bombe A indienne fut affublée du surnom cynique de… « bouddha souriant »3.

 

1 “Tibet, Tibet”, P.French, Albin Michel, 2005.

2 Le major américain William Corson, responsable des négociations de l’époque, Press Trust of India, 10/8/1999.

3 Raj Ramanna, ancien directeur du programme nucléaire de l’Inde, 10/10/1997, Press Trust of India.



Film de la semaine: Sibel Edmonds: Kill the Messanger

18 01 2008

Désolé mais la version française semble avoir été censurée par google: Sibel Edmonds – Une femme à abattre

Mais il y a toute même cette bande annonce sous-titrée:



Analyse anarchiste de la politie iroquoise

7 01 2008

repris de NEFAC-MTL,

original article in english here.

Le 1e janvier c’est l’anniverssaire du soulèvement Zapatistes en 1994, un évènement qui changea les relations politiques dans toute l’amérique depuis, et qui remit surtout dans le portrait les autochtones. nous tenons a souligner cet évènement a notre façon.

Nous vous présentons ce texte qui retrace les liens qu’on peut retrouver entre nos aspirations libertaires et celles de nos frères et soeurs Iroquois. Alors que l’indigénisme latino-américain peut souvent être une source d’inspiration, plus près de nous, les autochtones sont aussi une inspiration, autant pour leur résistance présente, que pour un passé glorieux.

Un pamphlet en format PDF disponible auprès de l’Union Locale de Montréal en écrivant à : mtl(a)nefac.net

Il est a noter que l’original possède un glossaire ainsi que les notes de bas de pages.

————————

La société traditionnelle Rotinonshón:ni* (Iroquois), ou ” le peuple de la Maison Longue “, était matrilinéaire, stable, communautaire et, naturellement, horticole. Les Rotinonshón:nis ont formé une confédération de cinq nations, et ce, plusieurs générations avant l’arrivée des Européens. Ces nations unies sous le Kaianere’kó:wa ont embrassé la même politie (N.d.T. : politie : dans la Grèce ancienne, le terme politeia, dont l’équivalentfrançais politie est d’un usage plus rare que l’anglais polity, signifie à la fois “constitution” et “ensemble des citoyens”) mettant ainsi fin aux querelles intestines sans création d’un État centralisé, sans stratification de la population et sans exploitation économique.

” Où règne l’autorité en toute impunité “
Une étude anarchiste de la politie Rotinonshón:ni

D’après Stephen Arthur
Traduit par Louisane LeBlanc

” Dans ce contexte, leurs règles d’action sont très raisonnables et n’ont rien de barbare. Puisque leur survie dépend de leur union et, par le fait même, il est donc inimaginable que parmi un peuple où règne l’autorité en toute impunité – surtout à l’intérieur d’une jeune nation – que des événements provoquent une rupture et désunissent leur pensée. Afin de conserver cette stabilité, ils se réunissent en assemblée générale à tous les ans dans le village d’Onnontaé. Là, tous les représentants des diverses Nations sont présents afin de dévoiler leur requête mais aussi pour échanger des cadeaux nécessaires à leur satisfaction mutuelle et grâce auxquels ils maintiennent une bonne entente les uns envers les autres. “
François le Mercier, 1668 (1)

Certains historiens matérialistes affirment qu’une population stable et agricole doit inévitablement se transformer en une société hiérarchique et stratifiée au centre de laquelle un État centralisé et un système économique abusif existent afin d’éviter les guerres et de mettre fin aux querelles intestines. (2) Alors que ce fait est commun, il appert que la résolution des problèmes sociaux peut être envisagée d’une autre manière. C’était sur les rives sud du Kaniatari:io (lac Ontario) que s’était établit la société traditionnelle Rotinonshón:ni (Iroquois) (3) ou ” le peuple de la Maison longue “. Cette société était matrilinéaire, stable, communautaire et, naturellement, horticole. Les Rotinonshón:nis ont formé une confédération réunissant initialement cinq nations : Kanien’kehá:ka (Mohawk), Oneniote’á:ka (Onedia), Ononta’kehá:ka (Onondaga), Kaion’kehá:ka (Cayuga) et Shotinontowane’á:ka (Seneca). C’est plusieurs générations avant le premier contact avec les Européens (4) que ces nations se sont unies sous le Kaianere’kó:wa (la Grande loi de la paix), embrassant la même constitution (5) et mettant ainsi fin aux disputes intestines sans création d’un État centralisé, sans stratification de la population et sans exploitation économique.

Jared Diamond, un universitaire américain, allègue hypothétiquement que les sociétés égalitaires de chasseurs-cueilleurs sans État qui dépendent de l’agriculture et qui font face à une population grandissante, à des querelles intestines et à une mauvaise gestion des nouvelles ressources se questionnent sur leurs habilités à conserver des liens politiques horizontaux ainsi qu’une économie communautaire. (6) Toujours selon Diamond, la transition vers le monde matériel mène inévitablement à la création d’un État, auquel il fait allusion en le nommant kleptocratie (N.d.T : kleptocratie : État voleur), et qui malgré les révoltes des opprimés ne peut, dans un monde idéal, que changer le taux d’exploitation et d’oppression en nommant un nouveau groupe de kleptocrates. Dans la pensée de Diamond, ” la kleptocratie ” est indéniablement inhérente à la culture matérielle. (7)

Certains marxistes abondent dans le même sens que Diamond. Ils croient que la transition du communisme du chasseur-cueilleur vers le féodalisme et le capitalisme, pousse les sociétés à se créer industriellement des richesses sociales, fixant le communisme pour qu’il ne soit, à nouveau, qu’une simple option. Il y a au moins une exception majeure à ce déterminisme historique de mauvais aloi et à cette vision unilinéaire de l’évolution culturelle : la formation et la survie du Rotinonshón:ni dans le nord-est de l’Amérique du Nord.

Alors que Murray Bookchin, un anarchisteplutôt critique du marxisme, reconnait les valeurs de coopération et la nature pacifique des sociétés de chasseurs-cueilleurs, il soulève néanmoins les problèmes liés aux conflits entre les diverses factions :

” Entre les membres de leur propre groupe, tribu ou clan, les peuples préhistoriques et, plus tard, horticoles étaient généralement coopératifs et pacifiques, mais envers les membres des autres groupes, tribus ou clans, ils étaient plutôt belliqueux voir même quelquefois génocidaires dans leurs efforts à dépouiller l’ennemi et à s’approprier ses terres… Quant aux chasseurs-cueilleurs modernes, les conflits entre les tribus autochtones sont trop nombreux pour tous les citer… les tribus qui ont finalement fondé la Confédération iroquoise (la Confédération est elle-même nécessaire pour leur survie puisqu’ils allaient s’entretuer), suite aux conflits acharnés entre Mohawks et Hurons, se sont sauvées de leur propre extermination. Toutefois, ces conflits ont laissé de graves séquelles aux communautés huronnes. ” (8)

Les conflits que mentionne Bookchin ont eu lieu au Kaniatari:io et au lac Érié au XVIIe siècle. Ces conflits sont mieux connus sous l’appellation des ” Guerres du Castor ” étant donné le lien avec la traite des fourrures entre les Autochtones et les Européens. Les qualificatifs ” belliqueux ” et ” génocidaires ” que donne Bookchin aux conflits entre les Kanien’kehá:kas et les Wendats (Hurons) sont erronés. Plutôt que d’y voir une affaire de nettoyage ethnique ou de compétition économique, les conflits, pour une meilleure compréhension, devraient être considérés comme une guerre civile d’unification politique parmi la grande famille iroquoienne. Ce qu’il y a d’ironique dans la tirade que fait Bookchin contre l’anticivilisationisme contemporain qui mystifie le mode de vie primitif, c’est qu’il reconnaît que la formation du régime Rotinonshón:ni a mis fin à la guerre au sein de la Confédération des Cinq Nations sans vraiment lui donner son pesant d’or, mais surtout sans voir que cette réussite capitale est intrinsèquement liée à ses propres idées politiques.

Comment la paix s’installe chez les Rotinonshón:nis

L’histoire de la formation du Rotinonshón:ni a été transmise grâce à la tradition orale. Le récit Kaianere’kó:wa a été narré au moins en cinq langues amérindiennes similaires, puis traduit et transcodé en anglais. Plusieurs versions de ce récit existent selon les variantes et aucune de ces versions ne sont définitive. (10)

Dans une version que l’on retrouve fréquement à Ohswé:ken, (11) Tekanawí:ta est né d’une mère Wendat dans d’étranges circonstances sur les rives de la baie de Quinte. (12) Après une enfance difficile, Tekanawí:ta quitte sa communauté afin de transmettre un message de paix aux Iroquois. Il voyage vers le sud, traverse le Kaniatari:io et rencontre Aiewáhtha préparant un repas. Aiewáhtha, affligé par la perte de ses proches, se préparait à manger un homme qu’il avait massacré par vengeance. Tekanawí:ta a procédé à la cérémonie des condoléances pour Aiewáhtha afin de mettre un terme à cette dispute fratricide. De plus, il convainc Aiewáhtha de ne manger que de la chaire animale plutôt que celle des hommes. Finalement, il persuade Aiewáhtha de rennoncer à la guerre et de l’aider à propager la paix chez les Iroquois.

Selon la tradition orale transmise par les femmes, (13) Tekanawí:ta amadoue Tsikónhsase, la chef du clan matriarche. (14) Tsikónhsase est du clan Kakwa:ko (neutre) et elle préparait les guerriers et réglait des différents. (15) Elle décide d’appuyer Tekanawí:ta dans ses efforts pacifiques s’il octroie à l’intérieur du Kaianere’kó:wa plusieurs pouvoirs et responsabilités aux femmes, entre autres choses; les clans seront désormais matrilinéaires, ils devront être à la base de la souveraineté du peuple et la propriété collective, soit les terres agricoles, sera gérée par les femmes. De l’avis de l’auteure Shotinontowane’á:ka et professeure en Études Autochtones, Barbara Maan, les conflits sous-jacents à ce territoire doivent être interprétés comme étant liés à l’émergence de la culture productiviste : d’un côté, les femmes agricultrices et de l’autre, les chasseurs anthropophages dirigés par Thatotáhrho. Le rôle de Tekanawí:ta était d’unir les factions belligérantes, d’établir l’agriculture et la chasse comme moyen de survie ainsi que d’abolir le cannibalisme. (16)

Tekanawí:ta, Aiewáhtha et Tsikónhsase ont visité plusieurs villages iroquois. À la suite de leur rencontre avec les Kanien’kehá:kas, ils ont gagné leur support, tout comme chez les Oneniote’á:kas. Ils ont ensuite fait face au clan Ononta’kehá:ka où ils ont essuyé un échec devant Thatotáhrho. Chemin faisant, ils ont gagné la confiance des Kaion’kehá:kas. Finalement, ils rencontrent la nation occidentale des Shotinontowane’á:kas. Ces derniers sont tous convaincus du bien fondé de la démarche de Tekanawí:ta, Aiewáhtha et Tsikónhsase à l’exception des deux principaux chefs de guerre. Un accord est conclu lorsque les deux chefs de guerre sont nommés ratihnhohanónhnha (gardien des portes occidentales). Ils seront responsables de la protection de la Maison longue des Rotinonshón:nis contre les ennemis venant de l’ouest. Après avoir convaincu tous les Shotinontowane’á:kas, Tekanawí:ta, Aiewáhtha et Tsikónhsase retournèrent chez les Ononta’kehá:kas où une lutte acharnée contre Thatotáhrho éclata. (17) Tsikónhsase trouve une solution, elle suggère à Tekanawí:ta que le feu du conseil soit gardé par le clan Ononta’kehá:ka et que Thatotáhrho en soit le gardien. (18)

Tekanawí:ta avait plusieurs autres desseins pour le régime Rotinonshón:ni. Les 50 hommes prenant les décisions consensuelles au feu du conseil sont appelés rotiiá:ner et ils doivent portés des bois de cerf afin de démontrer qu’ils délaissent les guerres et qu’ils ne mangent que la chaire de cerf, plus celle des hommes. Les rotiiá:ner auront la ” couenne ” dure (N.d.T. “seven spans thick” dans le texte original) : ils seront patients et ne se choqueront pas aisément. C’est Tekanawí:ta qui trouva un nom pour tous les rotiiá:ner et statua que leur nom revivra au sein du clan matriarche, le iakoiá:ner, à leur décès (ou s’ils sont révoqués). Les iotiiá:ners ont la responsabilité de choisir les nouveaux rotiiá:ner qui ne peuvent être fils du dernier rotiiá:ner. Les iotiiá:ner ont aussi l’autorité nécessaire pour exclure du conseil les rotiiá:ner. Une clause spéciale a été émise afin que des orateurs puissent être inclus au conseil de Ononta’kehá:ka. Ces nouveaux orateurs devront être exemplaires et droits comme le Grand Pin – ohnkanetoten. Les ohnkanetotens auront droit de parole mais ne pourront voter lors du conseil; leur nomination mourra avec eux et ne pourra être transmise. Éventuellement, ” la Grande Loi de la Paix ” pourra être amendée pour inclure de ” nouveaux rameurs ” à la maison longue.

Les armes de guerre ont été enterrées sous l’arbre de la paix, mettant ainsi fin à toute possibilité de guerre entre les nations du Rotinonshón:ni. (19) (L’expression idiomatique ” enterrer la hache de guerre ” est née chez les Rotinonshón:nis.) Les quatre racines blanches de l’arbre de la paix s’étirent aux quatre points cardinaux semant la bonne nouvelle. Des règles ont été émises pour que chaque individu et chaque nation suivent les racines, trouvent refuge sous l’arbre de la paix et se joignent au Rotinonshón:ni. La cérémonie des condoléances destinées au endeuillés est codifiée ainsi que l’élaboration des parchemins wampums. Le Rotinonshón:ni sera guidé par des principes ” de paix, de force et de droiture morale “. Le dernier problème que doit résoudre Tekanawí:ta est celui du territoire de chasse : Tekanawí:ta déclare que tous les Rotinonshón:nis se partageront le territoire de chasse et qu’ils seront tous ” nourris du même bol “. (20)

” Un bol ” : L’économie collective du Rotinonshón:ni

” Ils ont toujours des vertus qui pourraient faire rougir de honte la plupart des Chrétiens. Les hospices ne sont pas nécessaire, il n’y a ni mendiants ni pauvres puisqu’il n’y a aucun riche dans ces communautés. Leur gentillesse, leur humanité et leur courtoisie en font des êtres généreux de ce qu’ils possèdent surtout qu’ils ne possèdent rien à l’exception des biens mis en commun. Un village entier doit être sans maïs avant qu’un individu ne souffre de la faim. Ils partagent également entre tous le fruit de leur pêche. “
Père Simon Le Moyne, 1657 (22)

Au XVIIe siècle, les Rotinonshón:nis vivaient dans des villes bien installés et entourées de palissades. Ces villes pouvaient accueillir jusqu’à 2000 âmes et la densité de la population était d’environ 200 personnes par acre. Ces communautés étaient les plus densément peuplées dans le Nord Est incluant les villages de colons européens, et ce, jusqu’au XIXe siècle. (23) Les champs communautaires entourant les villages Rotinonshón:nis pouvaient s’étendre sur un rayon d’environ dix kilomètres. Les cultivateurs ont toujours été très productifs même après que la population Rotinonshón:ni ait été grandement affaiblie par les guerres et les maladies.

Un indice de la quantité de la production agricole chez les Rotinonshón:nis est tirée d’une campagne militaire à leur encontre entreprise par Georges Washington, président des États-Unis, que les Rotinonshón:nis avaient surnommé Ranatakária – ” Destructeur de Ville “. (24) Durant la guerre d’indépendance américaine, en 1779, l’expédition militaire Sullivan-Clark a attaqué tous les villages des Nations Rotinonshón:nis sauf les villages Oneniote’á:kas. L’alliance des Oneniote’á:kas avec les États-Unis contre les autres groupes Rotinonshón:nis a mis en péril la paix au sein de la Ligue des Iroquois, paix qui date de la fondation de cette Ligue par Tekanawí:ta, et s’en suivirent de graves conséquences pour tous. Selon le compte rendu officiel de Sullivan, l’armée américaine aurait incendiée 40 villes et les champs avoisinants, détruisant ainsi 160 000 boisseaux de maïs; Anthony F.C. Wallace estime quant à lui que ” 500… habitations dans 2 douzaines d’établissements… et approximativement 1 million de boisseaux de maïs ” ont été détruits (25); et Allan Eckert évalue qu’au moins 50 villes et presque 1 200 maisons ont été brulé. La guerre d’indépendance américaine fut un désastre économique pour les Rotinonshón:nis plutôt qu’une défaite militaire.

Teiowí:sonte Thomas Deer rappelle que l’économie chez les sociétés traditionnelles Rotinonshón:nis est synonyme des concepts contemporains du communalisme et du socialisme : ” l’accent est mis sur la survie et le bien-être de la collectivité plutôt que d’être axé sur le succès et le confort individuel. De telles sociétés sont composées, entre autres, d’un groupe de volontaires qui, en coopération, travaille à subvenir au besoin du groupe en partageant le fardeau de ces tâches comme les fruits de ce labeur. Ce concept est appuyé dans le Kaianere’kó:wa par l’analogie du bol que tous les Haudenosaunees partageront. ” (26) Hunter Gray fait référence au communalisme tribal et aux mœurs de la tribu relatives aux responsabilités (mutuelles) des Rotinonshón:nis comme étant un ” socialisme du solstice d’été ” (N.d.T. : “strawberry socialisme” dans le texte original, en relation avec la fête des fraises chez les Amérindiens afin de célébrer le solstice d’été). (27)

En 1977, lorsque les représentants Rotinonshón:nis se sont adressés à l’Organisation des Nations Unies pour exposer leurs idées économiques, ils ont plaidé contre la propriété privée permanente et contre l’exclusion de certains citoyens des moyens de production. Ils ont suggéré que le résultat du concept d’aliénation de la propriété est l’esclavage. Ils affirment que leur refus de la marchandisation et de la consommation ostentatoire soutenu par l’idée qu’une redistribution éminemment juste permettrait à tous de jouir de biens matériels. La mise en œuvre de leurs concepts de l’économie et du travail demanderait la participation de la communauté entière et pas seulement celle de quelques familles nucléaires isolées. Tous, ont-ils déclaré, ont droit de manger, de se vêtir et de s’abriter. Personne ne devrait possédé une position de pouvoir économique envers qui que ce soit et il ne devrait pas y avoir de pénurie artificielle créée par le droit à la propriété. (28)

Est-ce qu’historiquement les Rotinonshón:nis avaient des propriétés privées? L’historien Daniel Ritcher avoue que l’économie des Rotinonshón:nis ressemble superficiellement au communisme. L’accès à la propriété privée, toutefois, dépendait de l’offre et de la demande, alors que les propriétés abandonnées pouvaient être utilisées par quiconque. De plus, en temps de pénurie, tout était partagé équitablement dans la communauté. (29) Ceci est un exemple d’usufruit (exercice des droits) du système de propriété avec lequel plusieurs anarchistes sont d’accord incluant Bookchin : ” une appropriation individuelle des biens, une revendication personnelle des outils, de la terre ou à toute autre ressource… est assez fréquente dans les sociétés organiques [i.e. aborigènes]… assez souvent le travail coopératif et le partage des ressources à une envergure qui pourrait être qualifiée de communiste… Mais, apparemment, le principal contraste de ces deux concepts est la participation au droit d’usufruit. ” (30)

Il y a lieu de souligner que les wampums (perles de coquillages liées les unes aux autres) étaient employés comme monnaie par les colons européens du Nord Est qui étaient sans devise. Les wampums, en plus des biens manufacturés appartenants européens, étaient échangés contre des peaux de castor. Chez les Rotinonshón:nis, toutefois, les wampums n’étaient pas utilisées comme de la monnaie. Ils étaient plutôt intégrés à leur diplomatie et étaient d’une grande valeur lors d’échanges de cadeaux, en fait, ils étaient presque entièrement réservé à l’assistance politique et sociale. On les utilisaient par exemple lors de la cérémonie des condoléances, pour reconnaître le choix des nouveaux chefs ou bien comme instrument mnémotechnique lors d’accords et de traités. (31)

Bien que les moyens de production des Rotinonshón:nis étaient collectifs, ils étaient fractionnés par genre. Les hommes étaient chargés du défrichage, de la chasse, de la pêche, de la diplomatie, des échanges et des guerres. Les femmes devaient s’occuper de la culture horticole à grande échelle, des soins donnés aux enfants ainsi que la vie communautaire du village. (32) Les efforts collectifs et la propriété commune de la terre n’empêchaient toutefois pas les individus de travailler séparément. De ce fait, le communalisme chez les Rotinonshón:nis peut être perçu comme volontaire.

” C’est en cellule familiale que les femmes cultivent les champs défrichés par leurs frères. Du moment que toutes participent au travail, elles doivent partager les récoltes communes. Chaque femme peut aussi entretenir son champ personnel, mais elle ne partage avec toutes ses récoltes que si elle a travaillé aux champs d’ohwachira. Une société d’assistance mutuelle ad hoc était quelquefois mise sur pied par ces femmes afin de participer à l’effort collectif même parmi les champs qui n’étaient pas sous la supervision des matriarches. ” (33)

“C’est nous qui avons la permission de répondre pour nos femmes”

” Écoutez et entendez ce que nous, femmes, avons à dire tout comme les Sachems; nous sommes les propriétaires de cette terre ET ELLE EST NOTRE! C’est nous qui la cultivons pour notre et leur usage.
Écoutez-nous puisque nous parlons des choses qui nous touchent, nous et nos enfants; vous ne devez penser du mal de nous quand nos hommes vous en diront plus puisque c’est nous qui leur avons dit. “
Femmes Seneca

” C’est nous qui avons la permission de répondre pour nos femmes puisque ce sont-elles qui décident ce qui doit être fait par les Sachems et par les guerriers. Alors écoutez leur conclusion; le commerce qui vous amène est source de complications et nous y pensons depuis un certain temps. Les plus sages de nos femmes ont dit que nos Sachems et nos guerriers doivent vous aider pour leur propre bien et celui de leurs
enfants. “
Sagoyawatha ” Red Jacket “, 1791 (34)

L’anthropologue anarchiste Harold Barclay souligne que ” égalitaire ne veut… pas dire qu’il y a nécessairement égalité entre les sexes et entre les différents groupes d’âge ” et que ” une véritable égalité entre les sexes est une rareté “. (35) Par contraste, les Rotinonshón:nis sont reconnus pour être un exemple de matriarcat, bien que, je ne sois pas d’accord avec la sémantique de ce terme. Tandis que la société Rotinonshón:ni est matrilinéaire et matrilocale, les femmes jouent un rôle dans les politiques consensuelles ainsi que dans la sélection et la révocation des hommes occupant des fonctions d’autorité; les femmes n’exercent pas de pouvoir sur les hommes comme les hommes exercent un pouvoir sur les femmes dans les sociétés patriarcales. L’anthropologue-archéologue Dean Snow donne cette explication : ” Les femmes iroquoises n’étaient ni des matriarches, ni des Amazones, ni des mégères. Elles étaient des femmes iroquoises, vivant dans une société non-hiérarchique dans laquelle leur rôle de cultivatrice était estimé à sa juste valeur et où l’appréciation de certain lien de parenté et une certaine importance politique leur a donné le pouvoir d’influer qu’elles n’auraient pas eu autrement “. (36)

Un autre anthropologue anarchiste, David Graeber, décrit les chevauchements des genres parmi les conseils :

” Les maisons longues étaient gouvernées par des conseils entièrement composés de femmes, qui, puisqu’elles contrôlaient le ravitaillement, pouvaient expulser n’importe quel homme marié selon leur volonté. Les villages étaient gouvernés par des conseils d’hommes et de femmes. Les conseils au niveau national et au niveau de la ligue étaient composés d’hommes et de femmes titulaires d’une fonction. Il est vrai que les conseils les plus dignes avaient plus de poids dans l’organisation comparativement à l’importance plutôt relative qu’avaient les conseils féminins. Au niveau de la maison longue, il n’y avait aucun conseil masculin, tandis qu’au niveau de la ligue, les conseils féminins avaient à peine un droit de veto sur les décisions prises par les hommes. Mais, il est tout aussi vrai que les décisions prises au bas de l’échelon avaient une plus grande influence dans la vie quotidienne. Dans le traitement des affaires de tous les jours, la société iroquoise semble avoir été ce qui ce rapproche le plus d’un cas documenté de matriarcat. ” (37)

Une autre indication des différences entre les Rotinonshón:nis et la société de colons européens provient de cette même campagne militaire menée par Sullivan en 1779 qui a détruit tant de villages Rotinonshón:nis. Pendant les préparatifs pour attaquer et détruire des villages, le général James Clinton remarque que les hommes Rotinonshón:nis ne violent jamais de femmes et que des mesures doivent être prises pour empêcher les viols que pourraient commettre les soldats américains. (38) Chez les Rotinonshón:nis, la violence envers les femmes, incluant la violence conjugale, était sévèrement punie par la famille de la victime. (39) Un homme violent ne pouvait être nommé roiá:ner. (40)

Le divorce était commun et facile, tellement que le Père Jacques Bruyas, missionnaire Jésuite, le voit comme le plus grand des pêchés chez les Rotinonshón:nis. Il s’explique en ces termes : ” Il y a autant de facilité à briser les mariages qu’à les célébrer – l’homme quitte sa femme et la femme quitte son homme, comme il leur plaît. ” (41) Puisque les hommes vivaient parmi le kahwá:tsire (clan matrilinéaire) de leur épouse, lors du divorce, l’ex-conjoint devait déserter le domicile. Comme la majorité des possessions communes étaient gérées par le clan matrilinéaire, les biens personnels de l’époux et de l’épouse étaient toujours clairement séparés. (42) Après le divorce, les enfants restaient avec leur mère (43) contrairement aux standards de la société européenne pour qui la propriété de l’enfant était paternelle, et ce, jusqu’à ce que la préférence de la garde soit donnée à la mère dans les années 1920. Kanatiiosh (Barbara Gray) a statué que ” les lois occidentales ont vu le jour dans une société hiérarchique qui, selon moi, est le reflet du traitement des femmes, ces dernière étant considérées comme des citoyennes de seconde classe. Alors que chez les Haudenosaunees, les lois ont pris vie dans une société démocratique axée sur l’égalité et le bien-être pour tous “. (44)

La planification familiale était nécessaire à ces femmes et souvent elles décidaient de limiter le nombre d’enfants puisqu’elles étaient responsables de l’agriculture et de toutes ces bouches à nourrir. Les herboristes Rotinonshón:nis connaissaient plusieurs médicaments abortifs et fertilisants. (45) Les missionnaires catholiques et le prophète Shotinontowane’á:ka Ganioda’yo qui a codifié le Karihwí:io ou le Gaiwiio (” le message de paix nouvelle “) prêchait, au début du XIXe siècle, contre le divorce et l’avortement tandis qu’ils insistaient sur l’importance de la relation entre époux au détriment des relations mère-fille. (46) Wallace, anthropologue psychologique et historien, décrit les réformes du Karihwí:io comme une ” sentence qui voue à l’échec le système traditionnel quasi-matriarcal “. (47) Kahentinetha Horn, rédacteur en chef du Mohawk Nation News, affirme que ” la structure politique a été modifié afin d’accommoder le Gaiwiio. Par exemple, au lieu que ce soit les mères de clan qui nomment les chefs comme la tradition le veut, ce sont les chefs qui choisissent les mères de clan. (48)

Au fil du temps, la traditionnelle maison longue a été remplacée par des demeures unifamiliales. Lorsque Lewis Henry Morgan a publié son étude classique d’ethnographie The League of the Ho-de’-no-sau-nee, or Iroquois en 1850, tout avait bien changé. Il observe que les femmes, seulement elles, étaient fouettées publiquement pour avoir commis l’adultère. (49) En 1924, contrairement aux politiques traditionnelles, un conseil de bande élu gouvernait sur l’Ohswé:ken; les femmes, à ce moment, avaient perdu leur droit de vote. (50) Chez les Onondagas, les Tonawandas et les Tuscaroras, les iotiiá:ner n’ont jamais perdu leur droit de sélectionner les rotiiá:ner. (51)

Au même moment ou les droits et les responsabilités des Rotinonshón:nis étaient mis à rude épreuve, les européennes établies en Amérique gagnaient certains de ces droits. Ce contraste est d’autant plus frappant lorsque l’on prend connaissance de l’histoire du féminisme américain d’après la professeure en Études Féminines, Sally Roesch Wanger, qui avoue que les relations entre les hommes et les femmes Rotinonshón:nis ont grandement influencé les suffragettes américaines comme Matilde Joslyn Gage, Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott. (53) Pendant que Gage se bat en justice pour pouvoir voter lors d’élections américaines, elle souligne que son adoption comme Karonhienhá:wis au sein du kahwá:tsire Loup, lui garantit le pouvoir de sélectionner les rotiiá:ner, lui procurant ainsi une représentation politique plus importante par le simple fait d’être adoptée par la Nation Kanien’kehá:ka qu’elle n’en détient comme citoyenne américaine. (54)

Cette différence en lien avec le suffrage était un fait bien connu des Rotinonshón:nis. Gawasco Waneh (Arthur Parker) a écrit en 1909 : ” Est-ce que la femme moderne américaine [qui] est une requérante devant l’homme, plaidant pour ses droits politiques, a déjà considéré que la femme rouge qui vivait dans l’État de New York il y a 500 ans avait beaucoup plus de droits politiques et une plus grande liberté que la femme civilisée du vingtième siècle? ” (55)

Les féministes modernes peuvent comprendre la division traditionnelle des rôles selon le sexe, comme étant moins qu’égalitaire. Quelques contemporains Rotinonshón:nis seront d’accords et avoueront que la division des rôles selon le genre est surrané toutefois, ils affirmeront aussi que cette division tire ses origines de l’impérialisme culturel des européens imposant leur vue des rôles assignés à chacun des sexes.

” Nous ne pouvons tenir au concept du guerrier qui est ” genré ” comme jadis et qui est ancré dans une vision obsolescente du rôle des hommes et des femmes. Les batailles que nous menons ne sont plus qu’essentiellement physiques; ainsi, l’idée préconçue du guerrier amérindien façonnée uniquement en terme masculin est surannée. Cette idée doit être repensée et reformulée, loin de la vision entièrement masculine des traditions, en un nouveau concept du guerrier, libre de toute connotation coloniale des genres, et il doit plutôt faire référence à ce qui importe vraiment dans les luttes que nous menons, soit les qualités et les actions posées par une personne, homme ou femme. ” (56)

Les ” Guerres du Castor ” n’ont pas eu lieu seulement à cause de la traite des fourrures

“Je te prends par le bras pour te mener ailleurs. Vous savez que les Hurons vivent entassés sous une seule maison et dans un seul pays. Je ne sais par quel accident nous nous sommes séparés. Il est maintenant temps de s’unir à nouveau. Je suis venu deux fois pour vous voir “, – d’abord à Montréal, parlant aux Français en votre absence; puis à Québec. ” C’est maintenant la troisième fois que je viens. ” 1656 (57)

Bookchin analyse rarement la politie des Rotinonshón:nis; les quelques fois où il le fait, il en est dédaigneux. Son déni lui fait répéter le mythe intellectuel et très commun que les conflits du XVIIe siècle, faussement appelés ” les Guerres du Castor “, étaient entretenus pour avoir la main mise sur l’économique de la traite des fourrures. Il est vrai que l’intérêt premier des européens dans ces conflits était de s’assurer un large approvisionnement de fourrures de castors abordables (en échange de biens produits exclusivement pour la consommation des amérindiens). Toutefois, il y a d’autres raisons potentiellement plus importantes pour que les Rotinonshón:nis prennent part à ces conflits.

” La guerre était endémique chez nos ancêtres préhistoriques et, plus tard, dans les communautés autochtones. Nonobstant les ci-hauts, les ” amérindiens écologiques ” apparemment pacifiques jouissent aujourd’hui d’un statut presque culte parmi la population blanche euro-américaine de classe moyenne. Quand un groupe étranger chassait le gibier excessivement sur leur habituel territoire, comme souvent cela ce produisait, ils étaient assez enclins à vouloir envahir cette région où était l’autre groupe voisin et réclamer ces ressources comme les leurs. Communément, après l’engouement pour l’enrôlement des guerriers, la guerre a gagné des attributs culturels et économiques. Dorénavant, les vainqueurs ne font plus que battre leurs ” ennemis ” véridiques ou choisis mais, ils les exterminent pratiquement. Prenez à témoin la destruction presque génocidaire des Hurons par leurs cousins Iroquois qui avaient en commun une langue et une culture. “
Bookchin (58)

Tel que démontré plus tôt, les Rotinonshón:nis ne formaient pas une société migrante. La majorité de leur victuaille provenait de l’horticulture alors, malgré la chasse excessive, ils n’avaient aucun besoin de se relocaliser sur le territoire détenu par d’autres. Au début de la colonisation européenne, les maladies ont grandement affecté la population en la diminuant, et ce, avant l’arrivée en masse des colons. Durant les Guerres du Castor, il y avait effectivement plus de terre disponible par personne à cause de la diminution de la population qu’il n’y en avait avant l’arrivée des européens. Alors que la guerre acquiert des attributs culturels et économiques, comprendre les Guerres du Castor seulement en fonction de la traite des fourrures et en fonction du rôle culturel de la guerre est définitivement trop simpliste. Bookchin à raison lorsqu’il affirme qu’il y a des similitudes linguistiques et culturelles entre les Wendats et les Rotinonshón:nis, en cela se trouve la clé pour comprendre la détermination avec laquelle les Rotinonshón:nis ont poursuivi ces guerres contre les nations Wendat, Kakwa:ko, Erielhonan (Érié), Tionontati (Pétun), Wenrohronon (Wenro), et Susquehannock.

Bookchin mentionne la montée des ” attributs culturels ” de la guerre. Un de ces attributs, la guerre de deuil, s’exerçait chez les peuples du nord de langue iroquoienne, pas seulement par les Rotinonshón:nis. Lorsqu’une personne décédait dans une communauté iroquoienne, les proches endeuillés s’attendaient à ce que le mort soit symboliquement remplacé dans les meilleurs délais. Contrairement à la notion de guerre totale que les colons européens avaient, la guerre de deuil n’était en fin de compte qu’un rituel et n’avait pas pour but l’élimination de l’ennemi, ni l’attaque de leur territoire. Le but était plutôt de faire des prisonniers afin de remplacer les morts. Les pertes parmi les guerriers mêlés aux guerres de deuil pouvaient aussi être appelés à être remplacés. Les victimes perdues en grand nombre étaient rares et lorsque ce se produisait, ces pertes étaient considérées comme une grande tragédie. Puisque les maladies étaient perçues comme des attaques hostiles provenant d’un intermédiaire inconnu, ces morts devaient être remplacés lors de guerre de deuil. Ce processus de remplacement des morts par l’assignation de leurs noms et de leurs responsabilités à d’autres est définit comme étant la reviviscence.

À une certaine époque, la guerre de deuil impliquait la torture et le cannibalisme, mais ces pratiques ont disparu de la société Rotinonshón:ni avant le début du XVIIIe siècle. La cérémonie des condoléances était au centre de la politie Rotinonshón:ni. Tekanawí:ta a procédé à cette cérémonie pour Aiewáhtha afin d’apaiser sa peine pour que la paix soit enfin possible entre lui et Thatotáhrho. Les condoléances mènent à la fin des querelles intestines mais aussi à la reviviscence, wampum à l’appui, des nouveaux titres à l’intérieur d’une nation pour remplacer les morts. La cérémonie des condoléances est reconnue pour avoir remplacée la guerre de deuil. Certains critiques affirment que la politie Rotinonshón:ni à simplement fait en sorte que les nations de la Confédération ont redirigé leur envie de guerroyer à l’extérieur du Rotinonshón:ni.

Les guerres entre les nations parlant les langues iroquoiennes ont débuté bien avant les premiers contacts avec les européens qui n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu en propageant des maladies épidémiques, l’usage des armes à feu et certaines autres armes blanches. Le Rotinonshón:ni est né à la suite d’une période de guerre, mais remarquablement ce ne sont pas toutes les nations des Grands Lacs parlant une des langues iroquoiennes qui se sont joints à la Grande Paix. Malgré le fait qu’ils soient de proches parents des Cinq Nations, les Susquehannocks ne se sont jamais joints au Rotinonshón:ni. À la fin du XVe siècle, ils ont déplacé leur village au sud de la rivière qui porte encore aujourd’hui leur nom. (59) Les similarités linguistiques entre les Susquehannocks et les Cayugas suggèrent que certains Susquehannocks ont été adoptés par la nation Cayuga alors que les autres se dirigeaient vers le sud. (60)

Darren Bonaparte mentionne une vieille tradition orale sur le Kaniatarowanénhne (maintenant connu sous le vocable Fleuve Saint-Laurent) : ” Jadis, il y avait ici une grande confédération de villages tout au long du fleuve Saint-Laurent. Après qu’une étoile filante eut détruit un de ces villages sur les berges du Saint-Laurent, la confédération s’est fractionnée, laissant deux ou trois petites Confédérations en état de veille qui, éventuellement, se sont montrées hostiles les unes envers les autres. Deux de ces confédérations étaient la confédération huronne, au nord du lac Ontario, et la confédération iroquoise; une troisième confédération pourrait être, selon les archéologues, celle des ” Iroquoiens du Saint-Laurent “. (61)

Lorsque Jacques Cartier a exploré le Kaniatarowanénhne pour la première fois en 1535, il a rencontré des communautés de langue iroquoienne tout le long du fleuve entre les principales colonies de Stadacona (près de la ville de Québec) et de Hochelaga (Montréal). Quand Samuel de Champlain est arrivé au fleuve en 1603, toutes les communautés de langue iroquoienne n’y étaient plus. Au début du XVIIe siècle, ” les Iroquoiens du comté de Jefferson avaient disparu probablement absorbés par les Iroquois. Les Iroquoiens du Saint-Laurent ont été intégrés à la confédération huronne qui avait déjà accueilli divers groupes des environs du Toronto moderne, de la rivière Trent et d’ailleurs au nord du lac Ontario “, (62) peut-être même que des groupes se sont joints au Kanien’kehá:ka. (63)

Le premier compte rendu publié relatant le contact entre les européens et les Rotinonshón:nis est celui de Champlain. En 1609, lui et ses alliés Algonquins rencontrent un groupe du Kanien’kehá:ka près de Crown Point. Champlain démontre aux Rotinonshón:nis l’utilité des armes à feu en tuant 50 des leurs dont trois rotiiá:ner Kanien’kehá:ka; l’un d’entre eux portait le nom de Aiewáhtha. (64) Cette défaite fut très grande selon les standards de la guerre de deuil. Les Français poursuivent leur alliance avec les Algonquins et les Wendats, tandis que les Rotinonshón:nis commencent à faire du commerce avec les Hollandais dès 1614. En 1615, Champlain amène les Wendats et les Susquehannahs à attaquer les Rotinonshón:nis dans le village Ononta’kehá:ka, tuant plusieurs hommes, incluant un autre roiá:ner. Au centre de la nation de la Grande Maison Longue, le village Ononta’kehá:ka était le gardien du feu du conseil et le cœur symbolique du Rotinonshón:ni. (65) Les armes à feu et les armes blanches forgées font dorénavant parties des guerres que se livrent les peuples de langue iroquoienne. (66) De la perspective des Rotinonshón:nis, l’accès aux armes et au métal est devenu une priorité déterminante de leur commerce avec les Hollandais qui échangeaient ces biens contre des peaux de castors. Il devient nécessaire d’assurer un approvisionnement constant en fourrures et de priver l’ennemi de ces peaux.

En 1634, la variole frappe chez les Rotinonshón:nis et la population est réduite de moitié (67), forçant la relocalisation des Cinq Nations alors qu’on fuit les villages infestés. Ce scénario de relocalisation devait leur sembler apocalyptique alors que les Rotinonshón:nis étaient engagés dans des luttes contre plusieurs nations autochtones et contre les Français, sans omettre tous les changements économiques et technologiques qu’ils vivaient. Les Wendats et d’autres nations furent, elles aussi, affligées des mêmes maladies contagieuses. Ces catastrophes sont sans précédent pour les sociétés Rotinonshón:nis et Wendats, mais aussi pour leur tradition culturelle de la guerre de deuil lancée pour remplacer les morts fait à la guerre.

Natoway rassemble dans son récit The Great Epic différentes traditions orales ainsi que des recherches historiques et archéologiques. Ce récit relate les différences chez les Wendats qui s’enrichissent puisque la politique Jésuite veut que les échanges n’aient lieu qu’avec des Wendats convertis au christianisme. Les Jésuites et le christianisme sont blâmés pour les maladies qui affligent les communautés. D’ailleurs les plus traditionnels des Wendats se joignent volontairement aux Kanien’kehá:kas et aux Shotinontowane’á:kas pour attaquer leurs frères, même que certains mènent les Wendats dans des guets-apens. (68) Graeber remarque les changements de l’organisation économique chez les Wendats mais ne souligne rien chez les Rotinonshón:nis : ” Delage allègue que c’est chez les Hurons convertis au christianisme que surgissent vraiment les nouveaux régimes d’appropriation des biens ainsi que la possibilité de s’enrichir personnellement; parmi les Cinq Nations rien ne semble avoir changé. ” (69)

Snow prétend que durant la dernière campagne des Rotinonshón:nis contre les Wendats en 1648, plus d’un millier de Wendats ont fuit leur village pendant que 700 autres sont faits prisonniers ou tués. L’automne suivant, l’armée Kanien’kehá:ka-Shotinontowane’á:ka compte plus de mille hommes dont les Wendats pris qui sont dorénavant ” hyper-intégrés ” à la société Rotinonshón:ni. Dès 1651, un autre groupe de 500 Wendats a été amené de force dans la nation Shotinontowane’á:ka, mais la pleine autonomie de leur village leur a été donnée. (70)

Les Guerres du Castor se poursuivent. Les Erielhonans, avec parmi eux les Kakwa:kos et les réfugiés Wendats, se sont dispersés vers l’ouest ou ont été absorbés par les Shotinontowane’á:kas, les Ononta’kehá:kas ou par d’autres nations Rotinonshón:nis. (71) Dès 1657, les Rotinonshón:nis ont vaincu leurs frères ennemis du nord comme de l’ouest. Les Kanien’kehá:kas et les Shotinontowane’á:kas iront à Québec pour convaincre les réfugiés Wendats de s’unir à eux. Selon Snow : ” Un village d’à peu près 570 Hurons est construit aux abords de trois villages Mohawks qui existaient à ce moment-là… [Une] décennie plus tard, les missionnaires Jésuites notent que les deux tiers du village Mohawk de Caughnawaga était constitué d’Hurons et d’Algonquins adoptés ou prisonniers “. (72) Les Tionontatis et les Wenrohronons ont aussi été attaqués, dispersés et intégrés par les Rotinonshón:nis.

L’histoire de la post-dispersion des nations Wendats, tel que décrite par John Steckley, suppose que les Ataronchronnons (Marais) ont disparu, que les Atahontaenrats (Chevreuil) ont joint les Shotinontowane’á:kas dans une communauté indépendante, que les Arendaeronnons (Roche) ont joint les Ononta’kehá:kas et que les Atinniawentens (Ours) ont joint les Kanien’kehá:kas. Les Atingeennonniahaks (Corde) représentent l’unique nation Wendat. (73)

Dans son histoire militaire des Rotinonshón:nis, Daniel P. Barr compare les comptes rendus des conflits et détermine que :

” Entre 1631 et 1663, les Iroquois ont attaqué les Hurons au moins 73 fois. Selon les archives, plus de 500 Hurons ont trouvé la mort durant ces raids et, étonnamment, 2000 ont été capturés et déportés chez les Iroquois – ces 2000 Hurons représentent le cinquième de la population post-épidémie. Ces chiffres sont probablement sous-estimés… Le nombre de captifs pris par les Iroquois durant les Guerres du Castor est en moyenne deux ou trois fois plus élevé que le nombre des ennemis tués. Ces deux scénarios illustrent que la capture des ennemis pour remplacer les pertes de la société iroquoise était la principale raison aux Guerres du Castor. Ces guerres ne sont pas qu’une série de conflits pour imposer la main mise des Iroquois sur la traite des fourrures, mais bien une lutte pour la survie des Iroquois par le truchement d’une vaste et longue guerre de deuil. ” (74)

Les descendants des Wendats capturés étaient très bien intégrés à la société Rotinonshón:ni et ils étaient perçus comme leurs alter ego. Un exemple notable est celui de Joseph Brant, Thaientané:ken, qui est un descendant de prisonniers Wendats prient par les Kanien’kehá:kas, et ce, aussi bien du côté de son père que du côté de sa mère. (75) Thaientané:ken est devenu un ohnkanetoten et il a mené ses troupes contre les États-Unis lors de la Révolution Américaine. Ses efforts ont permit d’établir la communauté à Ohswé:ken, soit le Territoire des Six-Nations de la rivière Grand. La ville de Brantfort lui doit son nom, tout comme la communauté mohawk Tyendinaga sur les rives de la Baie de Quinte. Il faut souligner à nouveau que les diverses versions du Kaianere’kó:wa affirment que Tekanawí:ta est originaire de la nation Wendat, que la iakoiá:ner Tsikónhsase provient de la nation Kakwa:ko et que Aiewáhtha est issu de la nation Ononta’kehá:ka, ensuite adopté par les Kanien’kehá:kas où il est devenu roiá:ner. De la perspective de plusieurs Iroquois, ils étaient tous les mêmes; le fait d’être membre d’une nation en guerre suffisait pour être frère.

La guerre se poursuit avec les Susquehannocks. Avec le temps, plusieurs d’entre eux ont été pris par les Rotinonshón:nis, quelquefois par la nation Oneniote’á:ka. Les derniers Susquehannocks ne furent pas prisonniers, mais plutôt massacrés par les colons anglais du Maryland. ” Dès le printemps de 1669, un village d’Indiens catholiques s’installe en permanence aux alentours de la mission de LaPrairie, Saint-François-Xavier des Prés. Les premiers colons autochtones provenaient de différents groupes ” d’Iroquois libres “, des Ériés, des Hurons et des Susquehannocks pris par les Oneidas. ” (76) Ultérieurement, plusieurs Kanien’kehá:kas se sont joints à eux et éventuellement, cette communauté se déplacera vers Kahnawà:ke.

En 1713, la plupart des Iroquois de la nation Taskarorahaka (Tuscarora), qui se battaient contre les colons de la Caroline du Nord, sont allés vivre avec les Rotinonshón:nis. Dès 1722 ou 1723, ils se sont joints aux Cinq Nations des Rotinonshón:nis (devenu les Six Nations), vivant dans des communautés autonomes. Ils ne pouvaient pas présenter de roiá:ner au conseil, mais ils pouvaient être représentés par les Oneniote’á:kas et les Kaion’kehá:kas. (78)

Alors qu’il y avait peut-être des motivations économiques et culturelles qui ont poussé les Rotinonshón:nis à participer et à poursuivre les Guerres du Castor, les résultats de ces conflits ne suggèrent pas le génocide de leurs opposants. Il faut plutôt comprendre ces guerres comme l’unification politique de la plupart des peuples nordiques parlant les langues iroquoiennes sous le Kaianere’kó:wa. Il faut souligner que selon Wallace ” l’adoption était très fréquente durant le siècle sanglant des Guerres du Castor et des guerres des colonies, tellement que certains villages iroquois étaient composés principalement de prisonniers de guerre adoptés officiellement. ” (79) L’adoption était manifestement une forme d’unification politique des peuples ayant la langue iroquoienne en commun plutôt qu’une assimilation, puisqu’ils partageaient déjà des affinités culturelles. Plusieurs villages étaient autonomes. Les Guerres du Castor doivent être interprétées comme une guerre civile sanglante parmi les peuples iroquois dans un contexte de grande tragédies dévastatrices, et non pas comme un conflit génocidaire axé sur le contrôle des ressources. De plus en plus, ont fait référence aux Guerres des Iroquois pour parler des Guerres du Castor – ce qui semble faire beaucoup plus de sens puisque la majorité des combattants étaient des iroquois. Ultérieurement, le contexte a permis de considérer les Guerres du Castor comme étant le pendant contemporain de la Guerre civile anglaise et de la guerre de Trente Ans qui s’est déroulée sur le continent européen. Ces trois guerres ont été combattues avec le même genre d’arme. Dans son récit The Great Epic, Natoway dépeint les guerres du Castor comme étant une tentative d’usurpation de l’autorité des ohnkanetotens et des chefs de guerres, menant la maison longue des Rotinonshón:nis à se fractionner et finalement à s’effondrer durant la Révolution Américaine. (80)

Le 27 août 1999, les quatre nations Wendat qui ont survécu se sont unifiées sous ” l’arbre de la fraternité “. Les artisans de la paix proposent que cette unité s’appuie sur ” la paix, la force et la droiture morale ” menée par des chefs ayant la ” couenne dure “. Il semble qu’enfin le message du Kaianere’kó:wa ait été accepté par tous les Wendats.

Le Kaianere’kó:wa : une constitution apatride?

Certains ont été tentés de présenter une traduction et une transcription particulière du Kaianere’kó:wa comme une analyse constitutionnelle de science politique. Tout dépendant de la version du Kaianere’kó:wa, une analyse peut mener à la conclusion qu’a Donald S. Lutz : le Rotinonshón:ni n’était pas une confédération de démocratie participative entre des nations égales, mais plutôt une oligarchie transmise par les liens du sang dans laquelle les Kanien’kehá:kas avaient le privilège de faire des propositions au conseil. (81) Lutz ne consulte que les versions du Kaianere’kó:wa publié par Gawasco Waneh (Arthur Parker). En fait, son analyse ne se fie que sur une seule version écrite par Dayodekane (Seth Newhouse) et ignore les autres versions approuvées par les rotiiá:ner de Ohswé:ken, qui sont d’ailleurs incluses dans le livre de Gawasco Waneh. D’après Snow, ” la version de Newhouse nous apprend plus sur les conditions politiques en vigueur aux abords de la Rivière Grand à la fin du XIXe siècle qu’elle ne nous en apprend sur la formation de la Ligue “. (82) Le Grand Conseil des Haudenosaunees ne croit qu’aucune version ne doit être privilégiée et que ” plusieurs chefs traditionnels ont la forte impression qu’aucune des versions écrites n’incorporent tous les faits transmis oralement “. (83)

Atsenhaienton (Kenneth Deer) s’objecte à ce que le Kaianere’kó:wa ait été nommé ” la Grande Loi ” ainsi qu’à tous ceux qui le voit de cette manière : ” ce n’est pas une loi : ce sont des balises pour aider les peuples à vivre et coexister en harmonie… Ils jettent un coup d’œil à la Grande Loi et l’interprètent comme des avocats de droit constitutionnel le feraient. Ce n’est pas ce traitement qui lui était destiné “. (84) Même si nous ne devons lire le Kaianere’kó:wa d’une manière légale, on retrouve parmi ses principes une métaphore de l’amendement : ” l’ajout de rameurs ” à la maison longue. Ce qui signifie que les rencontres du Rotinonshón:ni traditionnel n’impliquaient pas seulement les rotiiá:ner, mais bien tous les iroquois afin d’assurer la justesse du pouvoir des rotiiá:ner. (85)

L’influence qu’a eu l’étude du Rotinonshón:ni de Lewis Henry Morgan sur le concept d’une société communiste apatride de Marx et de Engel est bien connue. Dans l’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Engel résume la description de la société Rotinonshón:ni faite par Morgan :

” Sans soldats, gendarmes ni policiers, sans noblesse, sans rois ni gouverneurs, sans préfets ni juges, sans prisons, sans procès, tout va son train régulier. Toutes les querelles et toutes les disputes sont tranchées par la collectivité : ceux que cela concerne, la gens ou la tribu, ou les différentes gentes entre elles, – c’est seulement comme moyen extrême, et rarement appliqué, qu’intervient la menace de vendetta, dont notre peine de mort n’est d’ailleurs que la forme civilisée, nantie de tous les avantages et de tous les inconvénients de la civilisation. Bien que les affaires communes soient en nombre beaucoup plus grand que de nos jours, – l’économie domestique est commune et communiste dans une série de familles, le sol est propriété de la tribu, seuls les petits jardins sont assignés provisoirement aux ménages, – on n’a quand même nul besoin de notre appareil administratif, vaste et compliqué. Les intéressés décident et, dans la plupart des cas, un usage séculaire a tout réglé préalablement. Il ne peut y avoir de pauvres et de nécessiteux – l’économie domestique communiste et les gens connaissent leurs obligations envers les vieillards, les malades, les invalides de guerre. Tous sont égaux et libres – y compris les femmes. Il n’y a pas encore place pour des esclaves, pas plus qu’en général pour l’asservissement de tribus étrangères. ” (86)

Alors qu’Engel souligne à raison l’économie communautaire, l’égalité des sexes et horizontalité politique de l’organisation Rotinonshón:ni, il oublie de mentionner qu’il n’y avait aucune hiérarchie sociale en lien avec le prestige des responsabilités politiques La définition anthropologique d’ ” égalitaire ” est trop étroite. Il y a quelques ” sociétés hiérarchiques dans lesquelles les situations prisées sont d’une manière ou d’une autre limitées, et ce, dans le but que tous ceux qui ont suffisamment de talent pour occuper ces positions n’y arrivent pas. Une telle société peut être ou ne pas être stratifiée. Ceci étant dit, une société peut limiter drastiquement ses situations de prestige sans pour autant nuire à l’accès de tous ses membres aux ressources de base desquelles la vie dépend “. (87) Tandis que le nombre des rotiiá:ner et des iotiiá:ner sont limités par le Kaianere’kó:wa à certains kahwá:tsires, les situations de ohnkanetoten sont ouvertes à tous les hommes s’étant démarqués; ils sont choisis par le conseil des rotiiá:ner. Tel qu’expliqué précédemment, le travail dans la société Rotinonshón:ni était communautaire et cette société avait une éthique de la consommation représentée par l’économie communautaire ” du bol “, alors que même si les situations de prestige y existaient, aucune de ces situations ne pouvaient mener à l’accumulation ou à la redistribution de la richesse.

Graeber, qui comme anarchiste est passablement méfiant de tout ce qui est hiérarchique, dit du Rotinonshón:ni traditionnel que ” malgré l’organisation complexe de la Confédération, en tout respect, la société était majoritairement égalitaire. Les titulaires d’une charge, homme ou femme, étaient élus parmi un bassin d’héritiers possibles; les charges, au moins celles des hommes politiques, étaient perçues comme une responsabilité plutôt qu’une récompense puisqu’il n’y avait aucune gratification matérielle et cela garantissait aux titulaires de ne détenir aucun pouvoir coercitif. ” (88)

Alors qu’on affirme souvent que les rotiiá:ner étaient traditionnellement choisis de clans matrilinéaires précis et que ce n’était pas tous les kahwá:tsires qui pouvaient les nommer, cela variait selon l’époque et la localisation. Teiowí:sonte décrit les débats modernes sur l’hérédité : ” Pour certain, l’hérédité est l’essence même de la gouvernance Haudenosaunee ainsi qu’un facteur intégral de la sélection des chefs… Pour d’autre, ce concept représente l’infiltration de la corruption des européens dans la sélection des chefs Haudenosaunees et l’emprise du système des classes envahissant notre concept de démocratie avec les notions de royauté. De même, les défenseurs qui sont contre le concept d’hérédité croient au développement assez récent de cette convention non-traditionnelle issue de la colonisation. ” (89) Snow affirme que ” chaque nation dispose de ses propres mécanismes internes pour choisir et organiser ses Chefs de Ligue “. (90) Il ajoute que les fonctions d’ohnkanetotens ont été créées spécifiquement pour gérer les hommes avides de pouvoir qui venaient des clans matrilinéaires non-éligibles pour présenter des rotiiá:ner. (91) Snow argumente qu’avec le temps, les rangs ont sûrement fait en sorte que la classe politique se distinguait du commun des Rotinonshón:nis, tout comme la classe d’esclaves constituée de prisonniers non-adoptés (92) – situation qui était prédominante lors des Guerres du Castor.

Graeber soutient aussi que ” un compte rendu de cette époque souligne qu’effectivement la société était divisée en classe : les prisonniers adoptés faisaient le gros des basses besognes tandis que les membres adoptés par les familles avaient droit de mort sur ces esclaves pour la moindre infraction ou impertinence commise… Cette période de brutalité exceptionnelle ne dura pas très longtemps : les enfants de ces prisonniers furent considérés comme des membres à part entière du clan qui les adopta. ” (93) Comme nous l’avons vu avec l’histoire de Thaientané:ken, les descendants des adoptés ont les mêmes droits politiques que le commun des Rotinonshón:nis et ils pouvaient être choisis comme ohnkanetotens. C’est sans contradiction que Snow décrit aussi le peu d’autorité qui venait avec le rang : ” même si les hommes choisis par chaque ohwachira se rencontraient au conseil du village, ils avaient peu d’autorité outre leur personnalité flamboyante, ce qui signifie que la persuasion du face-à-face était loi. ” (94) Kanatiiosh met l’accent sur ” le fait qu’être chef ou mère de clan est tout aussi important que qu’être une personne sans titre puisque tous ont la responsabilité de préserver et de protéger la Grande Loi de la Paix. ” (95)

Bonaparte, qui a lui-même déjà été élu chef du Conseil des Mohawks d’Akwesasne (97), ne croit pas que les rotiiá:ner devraient être appelés ” chefs ” : ” plusieurs d’entre nous n’approuvons pas l’usage du terme “chef” puisque ce terme est trop générique. Il y a le chef des pompiers, le chef de police, le chef d’état-major, etc. Ces fonctions donnent aux personnes qui les occupent les habilités nécessaires pour prendre des décisions pour le groupe, tandis que nos “royaners” sont des facilitateurs pour que le groupe arrive à un consensus et qui, par la suite, prennent acte de cette décision. ” (98) En effet, le plus important dans la prise de décisions chez les Rotinonshón:nis était de toujours atteindre le consensus. Snow a allégué que les Rotinonshón:nis ” ont mis l’accent sur le consensus plutôt que sur le pouvoir exécutif, sur l’unanimité plutôt que sur la règle de la majorité et sur l’égalité plutôt que sur la hiérarchie “. (99) Taiaiake pousse son raisonnement jusqu’à écrire que ” le pouvoir non-consensuel sur les autres est contraire à la tradition. Peu importe les raisons pour lesquelles est utilisé cette autorité arbitraire, les rapports de domination sont mauvais “. (100) Richter décrit un État où le suffrage est universel car le vote aux conseils est possible pour tous ceux ayant atteint l’âge de la majorité. (101)

Pour ceux qui sont familiers avec les organisations où “l’assemblée” parle d’une même voix, comme ce fut le cas lors des manifestations contre le néo-libéralisme des entreprises (la lutte anti-globalisation ), ceux-ci remarqueront plusieurs similarités avec la description que fait Kahentinetha Horn des prises de décisions au sein du Kanien’kehá:ka :

” Personne ne peut imposer aux autres ses propres volontés ou ses propres décisions, tous doivent comprendre le point de vue de l’autre et accepter leur libre arbitre. Le but n’est pas d’atteindre l’accord absolu mais bien la compréhension totale. S’il n’y a pas d’accord alors le consensus est celui du statu quo. Si tous sont d’accords, ils entérinent la décision… En prenant part au processus des prises de décisions, peu importe l’idée amenée, les besoins et l’attitude de chacun doivent être considérés et doivent être complémentaires à la décision. De plus, chaque individu à le devoir de s’impliquer et d’amener directement ses idées lors des discutions du clan auquel il appartient. La décision finale sera très satisfaisante pour certains, acceptable pour d’autres et relativement admissible pour le reste; c’est ce qui confère aux décisions de refléter les idées de tous les groupes. Ceci est un processus lent et prudent qui requiert la compréhension totale de chaque individu et qui ne représente pas la décision d’un seul “chef”. La personne qui explique les décisions est un porte-parole. ” (102)

C’est l’absence d’un monopole de force et l’absence d’un pouvoir de coercition de l’autorité dans le Kaianere’kó:wa qui définit l’étatisme des polities. C’est un accord mutuel de non-agression entre les membres visant principalement le maintient des relations pacifiques plutôt qu’un guide de règles pour que l’élite règne sur le reste de la société. Richter a statué ” que l’exercice de l’autorité coercitive était pratiquement inconnu ” chez les Rotinonshón:nis (103), et que ” leurs valeurs politiques étaient essentiellement non-compétitives “. (104) Graeber croit que ” l’appareil politique entier était perçu par ses créateurs comme une manière de résoudre les disputes meurtrières. La Ligue était moins qu’un gouvernement ou qu’une alliance mais plutôt une série de traités établissant les bonnes relations entre les nations et donnant aux organisations le pouvoir de prévenir les querelles tout en maintenant l’harmonie parmi les cinq nations fondatrices du Rotinonshón:ni. Malgré leur réputation de guerriers sanglants, les Iroquois voyaient l’essence de l’action politique comme la voie de l’élaboration de la paix. ” (105)

La justice chez les Rotinonshón:nis est la responsabilité de tous et plus particulièrement de ceux appartenant aux familles matrilinéaires. L’accent était mis sur la consolation faite au kahwá:tsire pour leurs pertes et sur la régulation par l’opinion populaire du comportement social plutôt que de miser sur une justice administrée par une classe spécialisée. Pour certain, offrir des wampums à la famille d’une victime de meurtre équivaut à une réparation par paiement, comparable à la compensation de la ” valeur d’un homme ” (N.d.T. : wergild dans le texte original) chez les européens du nord, alors que Morgan signale que ” l’offrande de wampums blancs n’était pas un dédommagement pour la vie d’un défunt, mais la confession d’un crime regrettable et la demande du pardon. Cette offrande de paix, pour laquelle tous les amis mutuels faisaient pression pour qu’elle soit acceptée, résultait, sous cette influence, en une réconciliation réelle sauf, par exemple, lors d’un cas qualifié de meurtre prémédité. ” (106)

L’interprétation de Wallace est reprise dans l’analyse de la justice Rotinonshón:ni que fait Engel : ” Les comportements n’étaient pas influencés pas l’édit de lois appuyé par une force policière, la magistrature ou la prison mais bien par une tradition orale soutenue par le sens du devoir, la peur des commérages et l’appréhension de représailles par sorcellerie. Le simple larcin ou le vol à main armée ainsi que le vandalisme étaient des actes presqu’inconnus. L’opinion publique, utilisée à bon escient, était souvent suffisante pour dissuader quiconque de commettre un crime puisque l’opinion publique était au centre de cette affaire : la faiblesse même du criminel. ” (107) En outre, Kanatiiosh soutient que ” la hiérarchie des colons européens amène la compétition, la compétition amène la colère, du ressentiment, de la haine et peut mener à la revanche, ce qui ne fait qu’amplifier le cercle vicieux de la violence. La société occidentale dépend de l’emprisonnement, des amendes et d’autres punitions qui supposément aident à maintenir l’ordre social. ” Elle exprime un contraste entre le système coercitif de punitions et les principes légaux du Kaianere’kó:wa qui crée ” une communauté où les gens ont un respect mutuel pour le groupe entier plutôt qu’un intérêt axé leur propre personne. Peut-être qu’un peu de spiritualité, de honte, de culpabilité ainsi que le respect des autres et de la collectivité serait des ingrédients à inclure dans la recette pour un vrai système de justice. ” (108)

À répétition, Richter décrit la politie traditionnelle des Rotinonshón:nis comme une ” société apatride ” (109) et comme ” un système dépendant du respect volontaire “. (110) Son insistance sur les différences entre le Rotinonshón:ni et les états coloniaux était contemporaine et vaut la peine d’être examinée :

” Préserver et faire la paix était le but de la Ligue et, en conséquence, le Grand Conseil n’entreprendra pas de mettre en place certaines fonctions politiques et certaines caractéristiques diplomatiques des États organisés en gouvernement pour la prise de décisions. Au début du XVIIe siècle, la Ligue avait quelques caractéristiques communes : les Cinq Nations avaient chacune leurs propres politiques étrangères, elles n’avaient aucune envie de mettre en péril les stratégies d’unification et elles n’avaient pas de gouvernement central tel que le terme est habituellement compris des Américains. En effet, à l’égard de plusieurs problèmes, les plus ou moins dix villes iroquoises autonomes étaient souvent aux antipodes, et ce, aussi souvent qu’il y avait consensus. La Ligue n’a pas été créée pour remédier aux manquements, d’ailleurs les Iroquois ne percevaient apparemment pas qu’il y ait quelconque manquement… “
Daniel Richter, Ordeal of the Lounghouse (111)

Alors que la définition exacte d’ ” état” est insaisissable, personne ne peut nier que les États exercent un monopole légal sur la violence et qu’ils doivent jouer un rôle coercitif à l’égard des citoyens. Selon le degré de contrôle coercitif sur les membres, nous pouvons nous imaginer, à une extrémité, le spectre d’un état totalitaire et, à l’autre extrémité, le spectre d’une société apatride, l’anarchie. Les sociétés qui sont plus stratifiées et organisées par rangs sont plus étatiques. Dans les limites de ce spectre, la politie Rotinonshón:ni penche plus vers le pôle des apatrides puisque les rangs y sont extrêmement rares et qu’il n’y a pratiquement pas d’autorité contraignante ni d’économie stratifiée.

L’historien anarchiste George Woodcock croit que la politie du Rotinonshón:ni contribue à une confédération apatride : ” un conseil de sachems, sélectionnés par les femmes qui doivent leur influence à leur main mise sur l’agriculture, joue un rôle important : notez que ce conseil n’interfère pas dans les affaires des tribus, de cette manière, il n’est qu’un organisme coordonnateur de la vraie confédération plutôt que le gouvernement d’un état “. (112) Francis Jennings, historien colonial, reconnaît que c’était ” une ligue d’amitié et d’assistance mutuelle, mais… une ligue de consultation et de contrat plutôt qu’un gouvernement régit par des lois”. (113) Les nations membres ” n’ont jamais cédé leur pouvoir de prendre des décisions individuellement; souvent elles luttaient pour dominer la ligue et quelquefois (rarement) elles en venaient aux coups. Ces phénomènes peuvent aussi être observés parmi les villes et les villages coloniaux alors que, tout au long de leur existence les tribus iroquoises maintenaient leur indépendance locale, les colonies sont graduellement tombées sous un contrôle central de plus en plus efficace. ” (114) Toutes les Nations Rotinonshón:nis sont égales peut importe le nombre de clans, la grandeur du territoire ou la taille de sa population. (115) Bookchin, celui-là même qui suggère si souvent que la démocratie des assemblées municipales (N.d.T : town hall meeting) de la Nouvelle-Angleterre est la pierre angulaire du municipaliste libertaire, aurait mieux fait de suivre le conseil de Mitchel Cohen et d’examiner la politie du Rotinonshón:ni comme un exemple de l’idéal qu’il préconise :

” Les assemblées municipales, selon Bookchin, sont l’équivalent américain du polis des Grecs – alors pourquoi ne tente-t-il pas plutôt de rivaliser avec les conseils tribaux des Iroquois ou avec les mille et une autres formes non-européennes? Réunies, les communautés locales forment potentiellement, toujours selon Bookchin, un “municipalisme fédéré”. Toutes les autres formes, particulièrement celles créées par les autochtones, sont perçues comme inférieures. Dans l’analyse de Bookchin, les communautés amérindiennes sont diminuées à cause de leur manque de débats municipaux rationnels. L’organisation des colonisateurs déforme les idées de Bookchin malgré lui-même, paralysant les mouvements écologiques radicaux et sapant leur potentiel. ” (116)

Anarchisme amérindien

Alors que Bookchin n’a pas reconnu les similarités entre ses idées politiques anti-autoritaires et la politie traditionnelle du Rotinonshón:ni, il appert aussi que certains Rotinonshón:nis éliminent d’emblée de telles comparaisons. Dans un essai se voulant dissuasif afin que les Rotinonshón:nis ne participent pas, en tant qu’alliés, aux manifestations contre les rencontres de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) tenues dans la ville de Québec en avril 2001, Teiowí:sonte affirme que ” la plateforme et les aspirations de ces groupes, particulièrement les anarchistes, tentent d’éliminer toutes les autorités structurées. Anarchie est un mot grec signifiant sans gouvernement. Leurs croyances sont contraires à celles du Kaianere’kó:wa et menacent l’existence du gouvernement Haudenosaunee si ces groupes atteignent leur but ultime. ” (117)

Au moins un des camarades de Teiowí:sonte du Mouvement Wasáse, Taiaiake, n’est pas d’accord avec l’interprétation que fait Teiowí:sonte de l’anarchisme. D’autres, tel Ward Churchill, ont vu des traits communs entre l’amérindianisme et l’anarchisme. (118) Taiaiake, originaire d’un Kanien’kehá:ka traditionaliste et cumulant l’expertise d’une carrière universitaire en sciences politiques, en histoire et en gouvernance autochtone, plaide formellement pour un ” anarchisme amérindien “. (119) Loin de voir l’anarchisme comme une gêne au rétablissement du Kaianere’kó:wa comme la politie moderne du Rotinonshón:ni, Taiaiake comprend l’anarchisme comme une sorte de philosophie politique qui est ” fondamentalement anti-institutionnelle, radicalement démocratique et entièrement dévouée aux changements par l’action ” (120) et qui doit être combinée à la vision de la société juste des amérindiens. D’autant plus que les communautés existent en termes philosophiques, elles doivent être de plus en plus vues comme des stratégies et des praxis :

” Il y a des liens philosophiques entre les amérindiens et certains courants de l’anarchisme qui passent par la liberté d’esprit et par les idéaux de la société juste. Le parallèle entre les idées critiques et les visions du futur post-impérialisme ont été relevées par quelques penseurs, mais ce que l’on peut nommer anarchisme amérindien reste pourtant à être élaboré en une philosophie cohérente. Il y a aussi d’important liens stratégiques entre les amérindiens et les anarchistes dans la manière d’être et de voir le monde… un rejet des alliances avec les systèmes légalement oppressifs, la non-participation dans les organisations qui perpétuent la relation coloniale ainsi que la conviction que le changement passe par l’action, la résistance physique et la confrontation envers le pouvoir de l’état. C’est sur ce dernier point que les liens ont déjà été relevés entre les groupes Onkwehonwe et les groupes d’activistes non-amérindiens dans le mouvement anti-mondialisation. ” (121)

En définissant l’universalité des principes amérindiens, la position de Taiaiake n’est pas seulement anti-étatiste mais aussi explicitement anti-hiérarchie : ” Le statut de nation pour les amérindiens traditionalistes est en contraste avec la notion dominante de “l’état” : il n’y a pas d’autorité absolue, pas d’application des décisions de manières coercitives, pas de hiérarchie et pas d’entité judiciaire distincte. ” (122) Il va aussi loin que de dire que la coopération continue avec l’État est ” moralement inacceptable “. (123)

Peut-être que l’anarchisme et les luttes des autres mouvements sociaux ont eu un effet sur l’amérindianisme. Tandis que Taiaiake est un ardent défenseur pour le retour de la politie traditionnelle, il remarque que ” ce ne sera pas comme avant. Nos idées sur l’injustice peuvent nous mener à confronter nos frères ainsi que les injustices implantées par leur système de gouvernement. ” (124)

Les similarités entre l’anarchisme et l’indigénisme sont abondamment relevées puisque les anarchistes sont solidaires des luttes autochtones de Oaxaca jusqu’à Ohswé:ken. Certains vont aussi loin que d’affirmer que l’indigénisme est l’ancêtre de l’anarchisme (126) – cette revendication semble encore plus plausible dans le cadre d’une étude anarchiste de la politie Rotinonshón:ni. Teiowí:sonte a appelé la politie traditionnelle du Rotinonshón:ni le ” paradis socialiste original ” à cause de son influence sur le socialisme de Marx. (127) Les féministes des États-Unis ont reconnu l’influence du Rotinonshón:ni sur leur vision de l’égalité. La politie traditionnelle du Rotinonshón:ni a démontré que l’évolution culturelle n’est pas unilinéaire. Il y a une alternative à l’exploitation économique et à la société stratifiée, hiérarchique et patriarcale – nous devons la construite immédiatement sans attendre oisivement que la culture matérielle ait complété son développement dans un futur lointain. Il y a une alternative à la kleptocratie. Aujourd’hui, c’est possible!




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