La clé du succès des Dumont, Harper, Sarkozy, Bush de ce monde
25 09 2007Beaucoup de gens (dont moi-même) se demander comment il se fait que Mario Dumont, Jean Charest, Stephan Harper, George Bush, Nicolas Sarkozy et compagnie puissent récolter autant de votes. Il y a plus d’une semaine, quelque chose est arrivé qui m’a fait comprendre une partie de la réponse. Ces politiciens arrivent très bien à contrôler quels seront les sujets débattus. Bien entendu, ces politiciens ont un avantage naturel : vu que leurs programmes sont très favorables aux grandes entreprises, les enjeux qu’ils veulent débattre sont les enjeux qui sont naturellement poussés par les gros groupes médiatiques qui forment la majorité des médias (au Québec par exemple, presque tous les quotidiens sont la possession de seulement deux grandes entreprises : Power Corporation des Desmarais et Québecor des Péladeau), c’est normal. Mais la situation est en fait bien pire que ça. Le problème c’est que le reste des gens se laissent facilement emporter par la vague déferlante des conglomérats médiatiques. C’est facile a comprendre, les gens veulent donner leur avis sur le champs à propos du «sujet chaud» du jour et les gens le font sans se donner la peine trop penser au fond de l’affaire et en ayant fraîchement en tête l’opinion véhiculée par ces médias.
Pour illustrer mon propos j’aimerais donner le cas du vote des femmes voilées au Québec. Ce cas s’insère dans l’islamophobie croissante de l’«occident» (similaire à l’anti-sémitisme de naguère [qui n’était pas du tout limité à l’Allemagne] qui a conduit aux atrocités que l’on sait) qui au Québec se manifeste par l’hystérie des «accommodement raisonnables» attisée par les médias. Notons en passant que toute cette histoire des «accommodements raisonnables» a débuté par un fait divers insignifiant que certains médias ont insistés de mettre en premier plan : le givrage de fenêtres d’un YMCA afin d’«accommoder» une communauté juive voisine. Notons que quand ce fait divers fut révélé par les médias, il n’y avait aucun conflit, aucun antagonisme entre qui que se soit, le YMCA et la communauté juive avaient déjà réglé, en bon voisins, tout différent qui aurait put y avoir entre eux. Cela n’a pourtant pas empêché les journalistes des médias dominants de s’indigner à la une.
Mais revenons au cas du vote des femmes voilées. On est 4 jours avant les élections du Québec du 26 mars 2007. La ville de Montréal vient de demander plus d’argent pour les logements sociaux anticipant une nouvelle crise du logement au printemps. Les étudiant(e)s se mobilisent contre le dégel des frais de scolarité et font campagne contre les candidats qui refusent de garantir qu’ils ne dégèleront pas les frais de scolarités. Tous ces enjeux vont bientôt être balayés sous le tapis, un journaliste demande au directeur des élections du Québec si une femme portant le niqab (voile couvrant toute la figure sauf les yeux) pourra voter aux élections sans se dévoiler. Le directeur répond que oui, selon la loi électorale du Québec il n’y a aucun problème à ce qu’une femme vote sans se dévoiler. L’hystérie s’empare des médias et de … Boisclair, alors chef du Parti québécois (!?!). On ne parle plus que du niqab. Le jour de l’élection arrive et, l’ADQ de Dumont remporte 41 sièges à l’assemblée nationale, une performance époustouflante pour un parti n’ayant jamais remporté plus de 5 sièges!
Mais s’en était pas fini pour le niqab, oh non! Le 17 septembre dernier il y a eu des élections partielles fédérales dans trois comptés du Québec. Que s’est-il passé moins de deux semaines avant ces élections? Un journaliste, encore, va demander aux directeur des élections du Canada si une femme portant le niqab pourra voter sans se dévoiler. La réponse du directeur est la même que celle qu’avait initialement donné son homologue québécois. Le feu prend aux poudres et les médias et les partis ne parlent plus que de cela. Quelques jours plus tard, surprise, on se réveille avec un député conservateur au Saguenay, bastion imprenable du Bloc québécois!
Le problème évidemment est que toute cette histoire du niqab n’est que fabrication des médias et n’a aucun fondement dans la réalité. Aucune femme au Québec n’a jamais fait la demande de voter en portant un niqab. Mais plus sérieusement encore, moi, un homme non musulman, j’ai le droit de voter sans montrer mon visage à la fois aux élections du Québec et aux élections fédérales, d’ailleurs, je l’ai déjà fait (et je ne suis pas le seul) sans aucun problème, alors pourquoi les femmes musulmanes serait-elles privée de ce droit simplement parce qu’elles sont musulmanes? Tou(te)s les Québécoises et Québécois peuvent voter sans montrer leur visage et plusieurs centaines d’entres eux le font à chaque élections sans que cela n’ait jamais causé aucun problèmes, pourquoi cela causerait-il un problème particulier avec les femmes musulmanes? En effet, il est possible de voter par correspondance, par courrier, sans même jamais se présenter dans un bureau de vote si on affirme être à l’extérieur du territoire durant les élections! Ceux et celles qui veulent empêcher les femmes portant le niqab de voter veulent-ils aussi empêcher les gens hors du Québec ou du Canada de voter sous prétexte qu’on ne peut les identifier adéquatement?
Avant de poursuivre j’aimerais prendre le temps de souligner ici que cette façon de créer de faux problèmes et ensuite de proposer de fausses solutions à ces «problèmes» fut, au cours de l’histoire, une des méthodes les plus efficaces à l’instauration de dictatures. On peut par exemple mentionner le cas d’Hitler. Selon les Nazi tous les maux de l’Allemagne trouvaient leur source chez les Juifs (le faux problème) et on devait donc enlever certaines libertés aux Juifs (la fausse solution). Mais pour prendre le pouvoir absolu Hitler avait besoin de plus de ça, il mit le feu au Reichstag (parlement) et accusa les communistes du délit (le faux problème) et donc interdit les communistes et prit le pouvoir absolu (la fausse solution). On peut aussi penser au cas du Rwanda. Avant les Belges les Tutsis et Hutus vivaient en harmonie. Pour installer leur pouvoir les Belges dirent aux Tutsis que le problème avec l’organisation actuelle était que les Hutus étaient trop bêtes et stupides pour faire quoique ce soit d’important (faux problème). Seuls les Tutsis plus intelligents en était capable. La (fausse) solution était donc de créer un État d’apartheid avec les blancs à l’apex, les Tutsis au sommet et les Hutus à la base de la pyramide hiérarchique. Un autre exemple très élégant est celui du faux problème de «l’ivoirité» en Côte d’Ivoire.
Maintenant pour revenir au niqab, le plus choquant dans cette histoire, et c’est ce qui m’a incité à écrire le présent texte, est que même des gens normalement raisonnables, même des gens normalement opposés à une xénophobie aveugle se sont laissés entraînés par la déferlante. Je pense tout particulièrement à Louis du blogue «Un homme en colère» qui n’est ni adéquiste ni conservateur qui a réussi à écrire non pas un mais bien deux articles d’indignation à ce sujet avant les élections : «Voteurs voilés, démocratie violée» et «Une proposition intéressante, mais …». Ce qui est troublant est que Louis est ce que les gens appellent « de gauche » (je met des guillemets parce que je crois que toute étiquette simplificatrice de ce genre doit être prise avec un grain de sel). Non seulement est-il «de gauche» mais il est un des blogueurs politiques «de gauche» les plus lus au Québec et il a le mérite d’avoir établi le regroupement de blogeuse/rs «de gauche» du Québec (dont je fais moi-même parti). Louis fait donc parti d’un groupe que naïvement on croirait être le dernier à succomber à la démagogie xénophobe de cette fausse histoire du niqab : il est indépendant (je ne crois pas qu’il soit affilié à quelque conglomérat que ce soit) et «de gauche». Donc en pleine campagne électorale, un indépendant «de gauche» ne se préoccupe pas d’enjeux plus important que la de la fausse histoire du niqab!
Louis défend sa position contre le port du niqab pour aller voter avec les arguments suivants. Il dit qu’il veut prévenir contre la possibilité «que des gens se déguisent pour manipuler le vote». Mais alors il doit être le vote par courrier pour les gens à l’étranger car le vote peut être manipulé bien plus facilement de cette façon. Il dit qu’il est contre aussi par principe car «on est contre l[es] passe-droits et les privilèges à une minorité». Le problème, évidemment avec ce soi-disant argument c’est qu’il n’y a aucun passe-droit, la loi n’oblige personne à montrer son visage en entier, comme je l’ai déjà mentionner des centaines de personnes par élections votent sans même se présenter physiquement à un bureau de vote, je l’ai moi-même fait ! Empêcher des femmes de voter avec le niqab serait en fait leur enlevé un droit que tout autre se voit reconnaître ! Ce serait donc de la discrimination envers une minorité. Dernièrement Louis affirme que sa position en une de «logique et de respect de la loi, de nos valeurs et de notre système démocratique». Et bien non, la loi permet à quiconque, Louis inclus, d’allez voter avec un niqab et s’il veut respecter notre système démocratique il permettrait à tous et à toutes d’exercer leur droit de vote conformément à la loi électorale québécoise et canadienne.
Pour finir j’aimerais dire un mot sur le voile en générale. Les gens disent souvent, dogmatiquement et sans trop y réfléchir, que le voile est un symbole de la soumission des femmes aux hommes. Jusqu’à présent personne n’a put me justifier cette affirmation. Le voile est un morceau vestimentaire, en soi il ne symbolise rien. Si une femme porte le voile de son propre gré (évidemment si elle en forcée la situation est toute autre mais cela a à voir avec le fait qu’elle est forcée de faire quelque chose et non pas avec le voile lui-même) comme c’est le cas pour la grande majorité des femmes qui le porte au Québec il n’y a aucune soumission de la femme à l’homme. Par contre si un homme, comme le directeur des élections par exemple, force les femmes de se dévoiler alors là soumission il y a. Les femmes (et les hommes aussi d’ailleurs) devraient être libres de s’habiller comme elles le souhaite. Certains croient que le voile est un signe le la soumission des femmes parce que les hommes ne le portent pas. Face à cette façon de voir les choses une petite comparaison avec le code vestimentaire «occidental» car on y retrouve exactement la même situation. En effet selon le code vestimentaire en vigueur dans la majorité de «l’occident», les hommes peuvent se dénuder la poitrine en public alors que cela est interdit (par la loi) pour les femmes. Considère-t-on que cela comme une manifestation de la subordination de la femme à l’homme ? Je ne crois pas. C’est n’est pas pareille me direz vous, la poitrine est une «partie privée» de la femme et c’est pourquoi elle est cachée dans le code vestimentaire «occidental». Mais pourquoi croyez vous que les cheveux des femmes sont cachés dans certaines cultures ? Justement parce qu’elles et ils considèrent les cheveux des femmes comme une «partie privée». La conception de quel parties du corps peut être montrée en public est loin d’être universelle, elle varie dans le temps aussi bien que dans l’espace. Les cheveux des femmes ont déjà été considérés comme une «partie privée» en occident, avez-vous déjà vu le film «La jeune fille à la perle» (bon d’accord ce n’est pas la plus scientifique des références anthropologique, mais cela sert à illustrer une idée)? Si oui vous vous souviendrez que quand Vermeer demande à la jeune fille en question d’enlever son «turban» elle est très gênée, très gênée parce que dans la culture hollandaise d’antan cela revenait à se dénuder pour une femme. Plusieurs sociétés ne considère pas la poitrine féminine comme étant un objet aussi sexualisé qu’on le fait en occident : la société hawaïenne avant sa conquête par les États-Unis, le Swaziland et de façon plus notoire les plages méditerranéennes françaises sont ou étaient tous des endroits où les poitrines féminines ne sont ou n’étaient pas voilées. Imaginez une Québécoise qui se retrouve dans un de ces lieux où il est coutume de ne pas voiler sa poitrine et qui se fait dire qu’elle doit dévoiler sa poitrine afin que tous et toutes puissent l’admirer car le fait de cacher sa poitrine n’est que l’expression de sa soumission envers les hommes québécois. Croyez-vous que la Québécoise se sentira libérée par ces gens ou bien opprimée et soumise ? Et de qui se sentira-t-elle le plus soumise, des hommes québécois ou des gens de sa terre d’accueille ?
Il y a un autre fait très intéressant à noter. Chez les sikhs d’Inde, les hommes se voiler les cheveux alors que les femmes ne le font pas, et pourtant, «l’occident» ne considère pas que ces hommes sont soumis aux femmes. Et donc, pour conclure, le fait que les gens «d’occident» considère que le voile des musulmanes est un signe de soumission en dit plus long sur les occidentaux que sur les musulmanes.






Texte intéressant. Évidemment, nous n’avons pas à être d’accord sur tout, même si nous partageons un peu les mêmes idées de gauche.
Ceci dit, si vraiment il est si facile de voter sans se présenter physiquement, alors voilà une excellente solution pour les femmes voilées qui refusent de se dévoiler. Une solution qui ne portera pas atteinte à leurs convictions religieuses.
Sinon, je maintiens que la loi doit être la même pour tous et que tous doivent voter à visage découvert, sans exception.
Et je crois qu’il y a une profonde différence entre visage voilé et poitrine voilée. Le visage n’est pas tout à fait un endroit à connotation sexuelle, contrairement à la poitrine.
Merci tout de même pour la réflexion.
Bonjour Louis, et merci pour ta réponse
“Sinon, je maintiens que la loi doit être la même pour tous”
). Mais si la loi est changée pour empêcher les femme de voter avec le niqab, alors là la loi ne sera pas pareille pour tout le monde: toi et moi auront le droit de d’aller voter avec nos masques de lutteurs mais la bonne femme n’aura pas le droit d’y aller avec son niqab. On se retrouvera un peu comme la situation actuelle en France assez surréaliste: la loi statue qu’il est interdit d’afficher des signes ostentatoires de religion dans un établissement scolaire, or lorsque j’ai étudié en France, le voile y était bien évidemment interdit mais cela n’empêchait pas pleins de gens (dont des profs) de porter des crucifix autour du cou!! PIRE, dans l’établissement même il y avait une aumônerie catholique et ce n’était par qu’une jolie relique du XVIe siècle, c’était une aumônerie où on disait la messe à tout les dimanches et où les catholiques pouvaient aller prier et se recueillir en tout temps!!!
Tout à fait d’accord, et la loi EST pareille pour tous et toutes! Si tu veux aller voter en portant un masque de lutteur tu as le droit selon la loi actuelle (bien que tu risque de te faire regardé de travers
“Et je crois qu’il y a une profonde différence entre visage voilé et poitrine voilée. Le visage n’est pas tout à fait un endroit à connotation sexuelle, contrairement à la poitrine.”
) toi qu’il y avait un temps au Québec (et en Europe) où les chevilles (et a fortiori les mollets et a fortiori les jambe enières) des femmes avaient une forte connotation sexuelle et montrer sa cheville était l’équivalent moderne pour une femme en mini-jupe de montrer ses bobettes! Et encore pire pour les mollets, si tu demandais à une femme de l’époque de dévoiler ses mollets ce serait lui faire un sérieux affront et lui témoigner d’un immense manque de respect. Et pourtant, aucune Québecoise ou Québecois (en bas de 50 ans du moins) aujourd’hui associe le moindre tantinet de connotation sexuelle à la cheville et au mollet!
Mais c’est exactement mon point. Ce qui a une connotation sexuelle n’est pas universel, comme j’ai mentionné plus haut, au Swaziland la poitrine des femmes n’a pas plus de connotation sexuelle que les cheveux des femmes ici. C’est d’ailleurs pourquoi les femmes peuvent s’y promenner la poitrine à l’air.
Rappel (même si tu n’étais p-ê pas né encore
Juste pour en rajouter sur le mollet, au moyen âge (donc avant Cartier) même les hommes ne pouvaient dénuder leurs mollets qui avaient une forte connotion sexuelle mais ils portaient des collants bien serrés pour courtiser les demoiselles en révélant partiellement leur mollets bien moulés lors des balles ou autre évènements mondains (les aguicheurs!!).
Donc en conclusion, pour toi les cheveux d’une femme n’ont pas de connotation sexuelle (je suis pareil à cet égare) mais pour la femme qui porte le voile peut-être que oui! En tous cas, à l’origine c’est bien la raison.
Merci…C’est la première fois que je trouve quelqu’un capable de comprendre le problème (ou le décalage) qui se pose à chaque discussion sur le voile.
Je suis une jeune belge d’origine marocaine (et je ne porte pas le voile) et je me suis presque résignée à devoir me justifier à chaque discussion sur le voile.
C’est encourageant de se dire que certains ont compris l’enjeu culturel et l’importance de dépasser l’idée que la culture occidentale est forcément meilleure ou supérieure aux autres. Elle est juste différente.
La lecture de ce post est tombé au bon moment :p. Les personnes qui ne vivent pas à cheval sur plusieurs cultures ne veulent pas toujours faire l’effort de comprendre au lieu de juger. Je suppose que le deuxième choix est moins fatiguant…Et c’est assez décourageant de se dire qu’on ne sera jamais totalement comprise car en réaction, certains choisissent de se contenter de vivre dans “leur” communauté (je déteste ce mot qui divise plus qu’il n’unit).
Bref, j’arrête ma tirade pour vous remercier. Un regain d’espoir vers plus de compréhension!
Merci pour le gentil commentaire Ikram