Carte de l'AfriqueJe vous présente ici un article du Dr. Emmanuel Tano Zagbla, ivorien d’origine, à propos de la guerre civile ivoirienne:

POURQUOI ENCORE LA FRANCE ?

Chers compatriotes,

Je viens encore une fois vous livrer mes sentiments quant au dénouement de la crise dans notre cher Pays. La situation actuelle me semble être guidée d’une folie politique extraordinaire. En voici les motifs.

Au lendemain du Coup d’Etat manqué du 19 Septembre 2002, j’étais l’un des premiers à indexer la France comme l’auteur de ce coup. Les gestes de la Chiraquie et de ses mendiants africains vont alors se dessiner : de l’Etat Major Tactique implanté au milieu du pays par l’armée française jusqu’à l’accouchement des fameux accords de Linas Marcoussis me donneront raison . Le refus des autorités françaises d’appliquer les accords de coopération militaire marquait l’évidence du parrainage de la France vis-à-vis de ce qu’on se précipitait à qualifier comme une crise Ivoiro- Ivoirienne.

Cette guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, abondamment expliquée par notre très digne et respecté Président de l’Assemblée Nationale, Prof. Mamadou Koulibaly, doit porter chaque Ivoirien à réfléchir quant au retard accumulé par notre pays dans sa coopération avec la France. Avec la guerre qu’elle nous mène depuis Septembre 2002, nous comprenons aisément que notre pays n’a jamais eu un vrai partenaire au développement.

Et pourquoi allons-nous continuer à rêver lorsqu’on nous propose de belles paroles vidées de leur vrai sens comme partenaires au développement, bailleurs de fonds, aides au développement, etc. Où puise-t-on cet argent pour nous aider ? Que signifie le terme développement pour les Ivoiriens ?

En premier lieu, nous avons le devoir du respect envers nos Institutions, en cherchant de renforcer leurs capacités décisionnelles. Celà signifie que nous devons appuyer nos institutions lorsqu’elles s’engagent à améliorer les conditions de vie de la population. Lorsqu’on aura suffisamment à manger dans notre pays, que tous les habitants pourront se faire soigner dans les hôpitaux , dispensaires, et n’importe quel centre de santé, et que nos enfants seront tous inscrits dans les écoles, alors on pourra aussi parler de développement. Nous avons tous les moyens de notre développement ; malheureusement notre mentalité fait défaut ! Et pourtant, nous n’avons pas besoin des grandes puissances pour changer cette mentalité déficitaire envers notre pays, notre Peuple. Nous devons être moins dépendants des autres. Nous avons la chance d’avoir un pays riche en matières premières. La primauté de l’intérêt national doit inspirer toutes nos actions si nous voulons bâtir une Nation respectée et digne. Il faudrait que nous levions de la tête nos complexes du passé vis-à-vis de la « mère Patrie ». Nous avons assez de ressources nous permettant de traiter directement avec toutes les puissances étrangères dans tous les domaines sans devoir faire recours aux autres, surtout ceux qui cherchent à freiner notre épanouissement. Ainsi, si nous saurions faire bon usage des expériences acquises depuis le 19 Septembre 2002, notre pays s’en sortirait sans devoir subir d’autres humiliations, d’autant que nous aspirons à une émancipation dans tous les domaines, surtout économique. Ainsi, avons-nous le devoir de nous libérer définitivement du « Pacte Coloniale » , en formulant de nouvelles bases pour notre système économique.

Beaucoup ont rapidement oublié les fondements de la crise que traverse notre pays ; évitons d’évoquer des arguments qui n’ont rien à voir avec le rétablissement de la PAIX.

Je le disais depuis longtemps qu’il n’y aura pas d’élection en Côte d’Ivoire, du moins tant que la Chiraquie sera aux affaires en France. Nous avons qu’à convaincre les rebelles ivoiriens à rentrer dans la République, afin qu’ensemble, nous menions la guerre de libération de la Côte d’Ivoire.

Au lendemain de la barbarie devant l’Hôtel l’Ivoire, c’est-à-dire la massive tuerie d’Ivoiriens aux mains nues par l’armée française, je ne croyais pas qu’on allait revenir en arrière dans notre combat pour l’émancipation.

Certains frères et amis de part le monde voudraient bien savoir si nous avons une dignité en Côte d’Ivoire! Je me suis déjà posé cette question après avoir lu le programme de la visite de notre Premier Ministre en France (KONAN BANNY). Sans faux fuyant, je suis très déçu de l’orientation du PM quant à sa politique étrangère. Les Ivoiriens ne peuvent pas accepter aussi facilement ce retour dans les bras de la France. Cette France qui n’a que deux choses à faire dans notre pays: désarmer ses rebelles et retirer du sol Ivoirien toute son armée. Voilà le contenu du discours que le PM devrait livrer à la Chiraquie durant sa visite à Paris.

En se jettant à nouveau dans les bras de la France, le PM efface d’un seul coup tout les acquis du Peuple Ivoirien: l’émancipation par le sang versé par des milliers de compatriotes assassinés par la France et son armée. Comment peut-on oublier aussi facilement ces méfaits? Les Ivoiriennes et les Ivoiriens sont morts inutilement? Avec toutes les matières premières que nous avons, il ne serait pas aussi difficile de trouver un autre partenaire plus fiable. Et pourtant, notre Premier Ministre a de grandes compétences en matière économique. Il doit se valoriser dans ce sens, en créant une Banque Centrale de Côte d’Ivoire. Et oui, Mr Banny peut maintenir le plus longtemps possible son poste de Premier Ministre s’il le désire, à la seule condition qu’il mette en place un mécanisme portant création de la Banque Centrale de COTE D’Ivoire. Et d’ailleurs, c’est tout ce que les Ivoiriens demandent : l’émancipation du pays avec ses propres structures. On ne peut pas créer les conditions de développement avec l’actuel système monétaire axé sur le Franc CFA. La résolution de la crise ivoirienne doit être globale et définitive. Ceci dit, il y a deux voies à suivre :

– Entamer des discussions franches et sincères avec les autorités françaises portant sur la dénonciation des accords du Pacte Colonial ;

– Créer une monnaie nationale ivoirienne pour relancer notre économie. Voilà ce que doivent faire tous ceux qui aiment sincèrement la Côte d’Ivoire. Il est temps qu’on travaille pour nous et pas pour les autres.

Quant à la querelle autour du désarmement et de l’identification, je voudrais dire tout simplement que la présence massive de militaires de l’ONUCI et de la force Licorne dans notre pays devrait être une garantie pour initier le désarmement avant l’identification. C’est une question de logique, mais surtout de dignité pour les Ivoiriens. Malheureusement, nous sommes en train de perdre trop de temps avec ces arguments qui n’ont rien à voir avec la résolution de la guerre de la France contre la Côte d’Ivoire.

 

Dr. EMMANUEL TANO ZAGBLA –

ezagbla@yahoo.com

 

(Avant le voyage du PM Konan Banny à Paris)